Enfin, les merchans de ceste ville, qui avoient toutjours persisté de vouloir employer les deniers de leurs draps et de leurs laynes au dict Hembourg, en aultres merchandises, pour les transporter par deçà, ont accordé de recepvoir, icy, quarante mille livres esterlin, qui sont cent trente trois mille escuz, et mettre de dellà, ez mains du dict Quillegrey, pareille somme, oultre qu'on dict qu'on y a porté un nombre d'angellotz en espèces, ainsy que je l'ay ci devant mandé.

En quoy, encor qu'on me donne entendre que c'est pour fère fondz au dict lieu, affin de s'en servyr, au besoing, ez affères que la dicte Dame pourra avoir contre le duc d'Alve, si crains je que ces deniers, ou partie d'iceulx, aillent à fère quelque nouvelle levée ou payement d'Allemans pour fère durer la guerre de France; car ceulx de la nouvelle religion ont, de long temps, miz en avant qu'on pourroit, sur le crédit de la dicte Dame et sans aulcunement la nommer, fère tenir, par la voye mesmes d'Envers ou de Franquefort, de l'argent au duc de Deux Pontz, comme estant proprement sien, ou à luy envoyé, et se rembourcer, puys après, icy, de ces prinses de mer, et, en tout évènement, il faut fère estat que ce sera aultant d'argent contant en Allemaigne pour ceulx de la nouvelle religion.

Ceulx de ce conseil, qui tendent à la paix, ont, puys peu de jours, faict office si exprès envers la dicte Dame pour la retirer de toutes ses pratiques, qui se mènent au préjudice des trettez qu'elle a avec les princes ses voysins, que si les propres conseillers du Roy, du Roy Catholique et de la Royne d'Escoce eussent esté présens, l'on m'a asseuré qu'ilz n'y eussent peu rien fère de mieulx en ce, mesmement, qui peult concerner, pour leur regard, l'honneur de la couronne de ceste princesse, la foy de ses promesses, son sèrement, la mauvaise estime qu'elle s'acquiert de favoriser une cause tant contraire à l'authorité des princes, et si adversaire à sa propre qualité, et qui luy attirera la guerre sur les braz; sans rien obmettre de la nécessité de ses finances, ny de celle de ses subjectz, qui, par faulte de commerce, commancent de murmurer, et se préparer à quelque rebellion, l'estreignant si fort, par ces propoz, qu'on m'a dict que, hors de mettre, par forme de parler, la main sur elle, ilz n'eussent peu se monstrer plus fermes ny entiers en ce qu'ilz luy ont remonstré.

Ce qu'ilz ont faict de tant plus hardyment que toutz les grandz et plus nobles du royaulme y ont concouru, incoulpans certain particullier, d'auprès d'elle, de toutz les désordres passez, et ont limité contre luy si bien toutz les faictz dont ilz le veulent charger, pour ne toucher à nul des aultres du conseil, qu'ilz entreprennent toutz d'ung accord de le déboutter.

Mais luy, qui, seul, jusques à ceste heure, a conduict les affères au gré de sa Mestresse, et avec grand soing de la contanter, met peyne de se meintenir, et, encor qu'il se soit desjà retiré de n'expédier plus toutes choses, comme il fezoit, de luy mesmes, sans ordonnance du conseil, il ne laysse aller toutesfoys la principalle détermination des affères à nul des aultres.

Et c'est luy mesmes qui a faict, pour le regard du Roy, que, pour ne contrevenir par sa Mestresse aulx premières promesses faictes à ceulx de la Rochelle et aulx princes protestans d'Allemaigne, l'on m'ayt usé de quelque ambiguyté aulx responces, dont dessus est faicte mencion.

Et, pour le regard du Roy Catholique, que estans les remonstrances de son ambassadeur présantées à ce conseil, ès quelles il est le plus chargé, il a trouvé moyen de fère atacher aulcuns du dict conseil à icelluy sieur ambassadeur sur une forme de parler, dont il a usé en son escript, qu'il leur a monstré n'estre assés honnorable pour leur qualité, sur laquelle luy ayant faict fère certaine responce avec d'aultres bien légières sur le principal de la matière; le dict sieur ambassadeur, l'ayant veue, y a pour toute réplique adjouxté ces motz de sa main: Esta no es respuesta para l'ambaxador del Rey d'Españia, laquelle ayant semblé à ceste Royne et à eulx tenir ung peu d'arrogance, sont demeurez sans entrer plus avant avecques luy.

Et pour le regard de la Royne d'Escoce, de tant que ceste Royne commance d'avoir suspecte sa demeure en son royaulme, et crainct la faveur et support, qu'en plusieurs sortes, elle s'acquiert des principaulx de la noblesse et du peuple du pays, icelluy particullier semble la persuader meintennant qu'elle la doibt renvoyer et remettre en son pays.

Néantmoins, pour donner colleur aulx choses qu'il a menées jusques icy de son affère, il a faict contencieusement débattre, dans le dict conseil, ce que la dicte Royne d'Escoce y a naguières proposé, tendant—«à requérir le secours promiz pour estre remise en son estat, ou bien luy estre permiz qu'elle en puisse aller pourchasser ailleurs, et que, de tant que la Royne d'Angleterre l'a toutjours asseurée qu'elle le luy bailleroit, toutes les foys qu'avec son honneur et sa seureté elle le pourroit fère, qu'elle a envoyé l'évesque de Ross, son conseiller, avec ample pouvoir pour tretter de toutes choses apartenans à l'honneur et à la seureté de la dicte Dame et à la couronne d'Angleterre en cest endroict, au proffict, toutesfoys, d'elle et de ses enfans légitimes procréés de son corps.»

Sur laquelle remonstrance estant le dict sieur évesque appellé au dict conseil, après qu'icelluy particullier a eu, devant l'assistance, débattu avecques luy aulcunes difficultez, il a trouvé moyen de fère porter la parolle par le duc de Norfolc, qui est le premier du dict conseil, en ceste sorte: —c'est qu'ayant demandé à l'assemblée congé de parler, il a dict au dict évesque que, pour estre la matière de telle importance qu'elle touche le droict et le tiltre de ce royaulme, toutz estoient obligez, sur le péril de leurs vies et de leur honneur, de n'y procéder, ny légièrement, ny témérèrement, ny en termes couverts et déguysez; par ainsy, qu'ilz le vouloient bien clairement advertir comme il ne leur sembloit que la Royne d'Escoce, sa Mestresse, fût en estat pour debvoir estre secourue de la Royne, leur Mestresse, ny pour pouvoir contracter de rien avecques elle, de tant qu'il estoit notoire qu'elle avoit cédé le droict et tiltre qu'elle pouvoit avoir à la couronne d'Angleterre à monsieur d'Anjou, dont le pape en avoit faict la confirmation; et que, mesmes, aulcuns du conseil de France avoient miz en avant le mariage de luy avec la dicte Royne, leur Mestresse, pour mieulx establir le royaulme à leurs descendans; et que, sans avoir plus grand certitude de ce que la dicte Royne d'Escoce pourroit avoir faict en cella au proffit de monsieur d'Anjou, ou de monsieur de Guyse, ou de quelque aultre, qu'ilz ne voyent qu'on doibve entrer en aulcun tretté avecques elle[68].