A quoy le dict sieur évesque de Ross a respondu que, sur ce mesmes propos, la Royne, sa Mestresse, luy avoit, par lettre et de parolle, respondu qu'elle n'avoit jamais pensé à rien de semblable, et que c'estoit une invention forgée, d'ung très mauvais instrument, pour rendre la Royne d'Angleterre offancée contre elle, et que la vérité estoit toute au contraire, dont desiroit, de bon cueur, qu'on l'ouyst encores parler là dessus; mais pendant qu'on envoyeroit devers elle pour avoir ceste déclaration le dict évesque les prioyt trouver bon que la Royne, leur Mestresse, escripvît en Escoce une bonne lettre, pour fère cesser toutz attemptatz et entreprinses de guerre jusques à ce qu'on aura pourveu à cella.

Et ainsy, la détermination de toutz ces affères a esté mise en suspens, et pour la prolonger davantaige j'entendz qu'icelluy particullier s'esforce d'imprimer à sa dicte Mestresse que toutz les principaulx princes d'Allemaigne ont juré la conqueste des Pays Bas et d'en chasser les Espaignolz, chose qui n'est peu desirée d'elle, ny mal agréable à ses subjectz, et dict qu'il n'est sans apparance que le Roy, mesmes, soit de l'intelligence; par ainsy, qu'elle ne doibt en rien haster ses affères mais seulement se pourvoir.

Et cependant, il ne laysse d'essayer beaucoup de moyens pour se réconcilier avec les ungs et avec les aultres, et mesmes avec l'ambassadeur d'Espaigne, luy mandant qu'il s'employera, plus dilligemment que nul aultre, à l'acomodement de ces saysyes, et en toutz les affères qui concernent, icy, le service du Roy, son Mestre, et cerche de trouver des prinses sur ceulx qu'il sent luy estre irréconciliables.

Or, dellibèrent ces seigneurs, encores une foys, à ce qu'on m'a dict, sur ces mesmes matières d'importance fère une aultre recharge à la dicte Dame pour l'induyre à prendre aultres adviz que ceulx du dict particullier, mesmement, pour les affères de Flandres. A quoy, si elle ne veult entendre, ou qu'elle se monstre aussi opinyastre à suyvre ses conseilz, comme elle a faict jusques icy, toutz, d'ung accord, sont résoluz de s'en aller hors de la court et laysser la dicte Dame seule avec luy, et semer, en l'opinyon du peuple, qu'ilz s'absentent ainsy, pour ne consentir aulx désordres et mauvais gouvernement de ce royaulme, s'asseurans que bien tost la dicte Dame se trouvera habandonnée de ses subjectz, ou bien qu'il surviendra telle chose en son estat, qu'elle sera contraincte de recourir à eulx, et que bien tost ilz viendront à bout de ce qu'ilz prétendent.

Mémoire de Mr. le Cardinal de Chatillon, envoyé de Chin, où il est à présent, à la Royne d'Angleterre et aux seigneurs de sa court, à Grenuich, le xxvȷe de may 1569.

Despuys le xxve avril il y a eu ung grand rencontre en Xainctonge.

Le comte de Brissac, le Sr. Estrossy, le comte d'Alez, le vycomte de Pompadour et le Sr. de La Châtre l'ayné y ont esté thuez, et Mr. de Tavanes et plusieurs aultres grandz seigneurs prins et blessez.

Le duc de Deux Pontz est à Vezellay l'Abbaye et Mr. le cardinal de Lorraine, etc.

Monsieur d'Aumalle ne l'a encores combattu, bien que le Roy et la Royne le luy ayent commandé, disant qu'il attand le marquiz de Baden.

Cependant l'on faict tout ce que l'on peult pour praticquer le dict duc, tant par promesses que aultrement, et est l'on, à présent, à trouver deniers pour fère fère monstre à ses gens, cuydant par ce moyen l'atirer.