(Envoyée jusques à Calais par Olivyer Camberno.)
Départ de l'envoyé du duc de Deux-Ponts, qui est présumé se rendre en France.—Son signalement est donné pour faciliter son arrestation.—Préparatifs de défense faits en Angleterre contre les entreprises qui pourraient être tentées, soit par les Pays-Bas, soit par la France.—Emprunt fait par Élisabeth.—Arrestation d'un courrier envoyé de France à l'ambassadeur, et enlèvement des dépêches dont il était porteur.—Lettres de Marie Stuart à Élisabeth et à l'évêque de Ross.—Déclaration de la reine d'Écosse au sujet de la cession qu'elle est accusée d'avoir faite au duc d'Anjou.
Au Roy.
Sire, ce qui me faict haster ceste dépesche, n'y ayant que cinq jours que je vous ay amplement escript les choses de deçà par le Sr. de Vassal, est que, ce matin, ung, qu'on dict estre ambassadeur du duc de Deux Pontz, a prins congé de la Royne d'Angleterre pour aller trouver son maitre; et j'entendz qu'il va par France; mais ne sçay par quel endroict. Tant y a que sa dépesche et celle du secrétaire de Mr. Norriz, naguières envoyé par deçà, se font en mesmes temps, comme s'ilz debvoient aller de compaignye; et, hyer, on me vint demander ung passeport pour ung Jehan Bonhomme, soy disant serviteur du dict Sr. de Norriz, lequel j'accorday fort volontiers, parce que ung des grandz de ceste court me l'envoya requérir, conforme à ung aultre passeport qu'il me fit monstrer de Monseigneur le Duc, donné à Paris le troiziesme de ce moys, et soubz signé du gouverneur de Dièpe, du ixe ensuyvant, où le dict Bonhomme et le dict secrétaire sont ensemblement nommez: et, aujourdhuy, le dict secrétaire est venu, à l'accoustumé, prendre le sien à part pour s'en retourner, ce qui m'a faict souspeçonner que le dict ambassadeur du duc de Deux Pontz se pourroit bien advanturer de passer à Paris avec mon passeport, soubz le tiltre de Bonhomme. A quoy Vostre Majesté pourra fère prendre garde, mais, pour enseigne de luy, affin qu'on ne preigne ung pour aultre,—il est homme de moyenne taille, assez replet, la barbe espaisse, non de tout noyre, le teint bon et vermeille, habillé à l'alemande, ung manteau noir à bizette d'argent et ung groz chappeau de soye vellu.—Peult estre qu'il s'embarquera pour la Rochelle, sellon qu'il l'a donné entendre en quelque sien propos; néantmoins, j'ay donné le semblable adviz aulx gouverneurs de Callays et de Dièpe, pour fère prendre garde aulx passaiges.
L'on continue de redresser et relever les fortz, et de fortiffier les places de toute la coste de deçà, despuys Germue jusques au cap de Cornoaille, qui est tout l'endroict de ce royaulme qui faict front à la coste de France et de Flandres; et dilligente l'on, mesmement, la réparation de Porsemue. J'estime que c'est pour le souspeçon des deux entreprinses que je vous ay dernièrement mandées. Au surplus, Sire, ce qui me faict, icy, meintennant plus de peyne est de veoir l'extrême dilligence qu'on mect de trouver toutjour deniers ayant aulcuns persuadé à ceste Royne de lever promptement, par lettres de son privé scel adressantes aulx particulliers bien aysés de son royaulme, ung emprunct de cent mille livres esterlin, qui est trois cens trente trois mille escuz, et d'enjoindre bien estroictement aulx merchans de ceste ville de ne faillyr à l'accomplissement du party de xl mille livres esterlin, qu'ilz ont promiz mettre ez mains du Sr. de Quillegrey en Hembourg, pour en estre rembourcez de deçà; ce que je crains, comme je vous ay desjà mandé, Sire, estre faict au proffict et intention de ceulx de la nouvelle religion, nonobstant qu'on me veuille asseurer du contraire: mais je suys après à procurer, s'il est possible, que l'ordre du susdict emprunct de cent mille livres, soit interrompu, et icelluy, des xl mille lt d'Hembourg, révoqué, non sans espérance d'y pouvoir, en l'un et l'aultre, fère venir de l'empeschement, ou au moins du retardement.
L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, est souvant recerché d'entrer en composition sur le faict de ces prinses et saysies, mais il a pour si suspect le secrétaire Cecille, qui est celluy qui luy en faict principallement parler, que, pour attandre que l'ouverture en viègne d'aultre main, la matière s'en prolonge toutjour davantaige; mais j'ay quelque adviz que, par le moyen d'un Itallien, nommé Berty, secrétaire d'Estat en Flandres, et du Sr. Guydo Cavalcanty, qui est icy, il se dresse une secrecte et mutuelle pratique, des deux costez, pour accorder ces différandz: ce que je ne voys, toutesfoys, qu'il puysse réussyr encores de long temps, si le Roy d'Espaigne n'y veult laysser courir assés de sa réputation, et beaulcoup des biens de ses subjectz.
Il a faict si bon vent, despuys six jours, pour la flotte d'Hembourg, que j'estime qu'elle est desjà arrivée de dellà, sans qu'il soit nouvelles qu'elle ayt rencontré l'empeschement que ceulx cy craignoient du duc d'Alve, passant près de Zélande, et le mesmes vent aura servy aussi pour le retour de celle de la Rochelle, dont j'estime que, dans deux ou trois jours, nous en sçaurons des nouvelles.
La Royne d'Escoce a esté extrêmement mallade, et me fut mandé, hyer, à vespres, qu'elle estoit trespassée, mais, sur les unze heures de nuict, j'ay eu contraire adviz qu'elle se porte mieulx, et qu'elle est en bonne voye de guéryson; ce qui m'a esté encores confirmé, ce matin, de lieu bien asseuré. J'espère recouvrer la coppie d'une lettre qu'elle a escripte, durant son grand mal, à ceste Royne, touchant la cession du droict et tiltre de ce royaulme, qu'on luy objecte qu'elle a faicte à Monsieur, frère de Vostre Majesté, dont, par ma première dépesche, je la vous envoyeray; et prieray atant le Créateur, etc.
De Londres ce xxviiȷe de may 1569.
Despuys la présente escripte, je suys adverty que le secrétaire de Mr. Norriz est desjà party par la poste, et que le dict ambassadeur du duc de Deux Pontz s'en va, avec chevaulx de louage, prendre congé de Mr. le cardinal de Chatillon, qui est à Chin, et qu'il reviendra encores en ceste ville, d'où ne partira qu'après demain; par ainsy, ilz n'yront de compaignye. Au reste, le postillon de Callays vient d'arriver, à qui l'on a osté, à Canturbery, vostre paquet qu'il me portoit, et ne sera sans que j'en demande rayson, et que je me pleigne bien fort, si l'on ne me la faict. J'ay despuis recouvert la copie de la lettre de la Royne d'Escoce, que je vous envoye.