A la Royne.
Madame, j'ay receu, despuys quarante jours, une seule lettre du Roy, du viȷe du passé, et icelle assés briefve, parce qu'on me la cuydoit envoyer par homme exprès, instruict de toutes choses, ainsy que je l'ay comprins de la lettre mesmes; ce qui est cause, Madame, estant ainsy long temps sans sçavoir de voz nouvelles, que je suys contrainct de négocier souvant à tastons avecques ceulx cy, qui n'ont les yeulx cloz ny ne les tiennent, en rien, plus ouvertz que sur voz présens affères, affin de régler les leurs et toutes leurs entreprinses par les évènemens d'iceulx; et aulcuns principaulx personnaiges, qui vous sont icy bien affectionnez, ne peuvent, ny ozent, en l'incertitude de tant de nouvelles qui courent, mettre en effect les bons offices qu'ilz desireroient uzer en faveur de vostre service, parce qu'ilz veulent avoir fondement de vérité ez choses qu'ilz feront et diront en cella. Dont vous plairra, Madame, trouver bon que j'aye plus souvent de voz nouvelles, tant pour leur en despartir, que pour pouvoir mieulx servir à voz intentions par deçà, lesquelles Vostre Majesté sçayt combien j'ay en très grande affection de les bien exécuter et accomplir.
Je ne vous feray redictes du contenu en la lettre que j'escriptz au Roy, seulement suplieray Vostre Majesté de me fère respondre aulx principaulx chefs des choses que, par le Sr. de La Croix et par mon secrétaire, et despuys par le Sr. de Vassal, je vous ay mandées, et croyre que ceulx cy sont si agitez de divers desirs et desseings, sur la présente entreprinse du duc de Deux Pontz, qu'il y a assez de peyne à les contenir et à rompre les parties qui se mectent toutz les jours en avant parmy eulx; et croy que le semblable se faict ez aultres estatz et pays voysins: mais Dieu, par sa bonté, conservera Voz Majestez et vostre royaulme, et je le suplie, après avoir très humblement baysé les mains de Vostre Majesté qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce xxviiȷe de may 1569.
LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE A M. L'ÉVESQUE DE ROSSE.
—de Wynkfeild, le Xe de may 1569.—
Monsieur de Rosse, ayant la commodité de vous envoyer la présente, j'ay bien vollu vous donner adviz de ma disposition, craignant qu'en soyez en peyne, après avoir peult estre entendu l'estat où j'estois ce matin, quasi semblable à celluy où m'avez veue à Jedowart[69]. J'avois sur les huict heures prins des pillules, et, soubdain, m'est venu un tremblement et vomissement, et suys tumbée plusieurs foys en convulsion, ce qui m'a duré jusques à une heure après midy; mais, grâces à Dieu, je me sens assés bien revenue en moy, et espère que je me porteray mieulx. Si aulcuns de mes amys en ont, d'avanture, ouy quelque chose, vous pouvez les en mettre hors de peyne: et atant je prie Dieu vous avoir, monsieur de Rosse, en sa saincte garde.
LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.
—du xve de may 1569.—
Madame, ayant entendu, par l'évesque de Rosse, mon conseiller, que quelques objections estoient faictes pour empescher la prompte démonstration de vostre bonne volonté vers moy, allégant que j'avois faictz quelques contractz avecques monsieur d'Anjou, le frère du Roy, monsieur mon frère, qui vous pouvoit préjudicier, je me suys bien vollue esforcer, n'ayant encores recouvert ma santé, par ces mal escriptes lettres vous asseurer sur ma conscience, honneur et crédict, que jamais n'ay faict nul contract avecques luy, ny aultre, d'aulcune chose, ny n'entray jamais en ceste opinion de fère chose à vostre préjudice, despuys que suys en aage de discrétion, ny tant mal advantaigeuse pour ce royaulme et à moy, que de fère aulcun contract, ny transmission; de quoy je vous donray telle preuve, asseurance ou seureté, qu'il vous plairra deviser, comme l'évesque de Rosse vous dira plus au long, vous supliant le croyre et m'excuser, car je suys en assés foible disposition pour vous escripre comme j'en ay subject et volunté, seulement me suys je esforcée vous rendre ce tesmoignage de ma main, auquel j'appelle Dieu en tesmoing: et prie Dieu qu'il vous ayt en sa saincte garde.