A la Royne.
Madame, de ce peu qui est icy survenu de noveau despuis la première dépesche que je fis à Vos Majestez, après avoir esté favorablement receu de ceste Royne, monsieur de La Forest en a faict le recueil, lequel partit hier mattin pour vous aller trouver. Il s'en va bien fort contant de ce qu'il vous rapporte encore la paix de ce cousté, et a opinion que ceux-cy pourront bien attempter prou choses au préjudice d'icelle, mais qu'ilz ne la rompront point du tout, ce qui sera encores quelque bien qu'ilz ne nous facent tant de mal comme, possible, ilz nous en veulent. Et d'autant que le dict Sieur de La Forest s'achemine à ses journées, j'ay advisé, pour ne vous fère trop longuemant estre sans avoir nouvèles de deçà, d'escripre à Voz Majestez les particularitez qu'il vous plaira voir en la lettre du Roy, ausquèles j'adjouxteray seulemant, Madame, que, sur la fin de ma première audiance, je pryai ceste Royne de m'en donner bien tost une segonde, pour lui fère entendre aucunes choses que vous m'aviez commandé luy dire, et lesquèles il estoit besoing qu'èle sceût affin de ne se laisser tromper sur les affères qui se passoient maintenant en France, èsquelz Vos Majestez avoient en partie procédé par l'exemple mesmes de ce qu'èle avoit usé en son royaume, que vous aviez estimé digne d'estre imyté. A quoy la dicte Dame me respondit qu'èle voudroit, de bon cueur, qu'il fût ung peu plus d'heure pour ne remètre ung tel discours à une autre fois, mais puis qu'il estoit desjà nuyt, et que notre retraicte estoit assez loing, je pourroys revenir, à tel autre jour qu'il me plairoit, pour le luy achever; que je seroys tousjours le bien venu. Despuys j'ay envoyé la supplier pour la dicte audiance, et elle m'a mandé que je l'excusasse pour ces deux prochains jours seulemant, parce qu'elle avoit promis d'ouyr les députez d'Escoce et de les dépescher, mais qu'incontinant après elle envoyeroit vers moy pour m'assigner le jour que je la pourroys aller trouver. Il semble, Madame, qu'on mène ici les affères de la Royne d'Escoce avec tant d'artifice que je ne puys espérer qu'on y face guyères rien à son proffit, et, pour le présent, tous les grandz sont si occupez à y vaquer, que mesmes l'on pense que les propositions du conseiller Cavagnies en demeurent en quelque suspens, bien qu'on m'a présentemant adverty qu'il y a lettres d'Anvers par lesquèles l'on escript avoir esté, au nom de ceste Royne, forny de l'argent au duc de Casimyr[33] pour luy ayder à fère la levée qu'il promect, de vij ou viij mille Reistres, en faveur du prince de Condé, ce que je ne croy aiséemant, veu la considération qu'on dict qu'a ceste princesse de ne vouloir jamais advancer ses deniers en entreprinse mal asseurée. Tant y a que je n'ai voulu différer de le vous mander, et mettray peine de le sçavoir plus au vray et d'avoir l'œil sur tout ce qui concernera icy le service du Roy et celuy de Votre Majesté, à laquèle baisant, en cest endroit, très humblement les mains, je prieray Dieu qu'il vous doint,
Madame, en parfaicte santé très longue vie, et tout le bien et prospérité que vous desire.
De Londres ce xxiȷe de novembre 1568.
IIIe DÉPESCHE
—du xxixe novembre 1568.—
(Envoyée par Pierre de Chassac dict Bourdillon.)
Assemblée d'Hamptoncourt.—Conférence d'York évoquée à Londres.—Danger de Marie-Stuart, dont on sollicite la mise en jugement.—Avis sur ce qu'il y aurait à faire dans son intérêt.
Au Roy.
Sire, par mes précédentes du xxiȷe de ce mois je donnoys advis à Votre Majesté de l'assemblée des grandz et principaulx de ce Royaume, que ceste Royne convoquoit, pour le lendemain xxiij, en sa mayson d'Antoncourt, sur les affères de la Royne d'Escoce, et m'estant despuys diligemment enquis si l'on y traictoit autres matierres d'importance, j'ai sceu, Sire, qu'encor qu'il y ait esté proposé plusieurs choses touchant la guerre et les armes, que ceulx cy voyent prinses tout à l'entour et bien près d'eulx, et touchant la provision qu'aucuns remonstroient y debvoir de leur costé estre mise de bonne heure, affin de ne se trouver surprins, et nonobstant aussy que, le segond jour de la dicte assemblée, Mr. le Cardinal de Chatillon soyt allé trouver ceste Royne aux champs, où elle estoit sortie à la volerye, et qu'ilz ayent conféré ensemble l'espace d'une heure en une maison où elle descendit, il n'y a heu toutes fois, pour le regard des choses de la guerre, encores rien ordonné en la dicte assamblée; que seulement du faict de Me. Huynter pour la charge qu'on luy a donné de quatre ou cinq navyres, dont Mr. de La Forest et moy vous avons cy devant escript amplement; auquel Huynter l'on a, à ce que j'entens, enfin délivré six mille livres esterlin, qui sont environ xx mille escuz, outre l'artillerie, poudres et autres munitions, qui ont esté chargées dans lesdictz navyres. Et parce que Chatellier Portault a esté licentié quasi en mesme temps, et que le cappitaine Sores, et luy, sont après, à ce qu'on dict, d'équiper en guerre aucungs de ces navyres marchans qu'ilz ont prins, l'on estime que le dict Huynter et luy pourront fère voyle ensemble, et aller à mesmes entreprinse; mais j'espère, Sire, qu'ilz trouveront voz portz et frontières si bien pourveues qu'ilz n'auront où exécuter la mauvaise intantion qu'ilz pourroient avoir.