Au Roy.
Sire, je n'ay receu, jusques au xviiȷe du présent, celles qu'il vous a pleu me faire du ve, à cause que le passage a esté empesché, six ou sept jours durant, par les neiges et broillardz, que nul ne s'est ozé mettre en mer, et croy que cella aussi aura esté cause que Votre Majesté n'aura si tost receu les miènes dernières, du xve de ce mesme mois, par les quelles je vous donnois certain advis du partemant de quatre grands navires de ceste Royne soubz Me. Oynter, et de six autres petitz vaysseaulx équippez en guerre souz Chatellier Portault et souz le cappitaine Sores; aux quelz j'ay entendu, Sire, s'estre despuis joint ung pirate anglois, nommé Bos, avec quatre autres petitz navires de guerre; et que certain pirate, aussi Anglois, nommé Forbouche, s'apreste pour le suyvre, mais le nombre tant de François, Flammans que Anglois, qui sont en toute ceste flotte ne monte à plus, comprins les mariniers, que à mille ou xiic hommes, et de ceulx là n'y a point d'Anglois pour mettre en terre. Les officiers de Plemmue se sont mis en debvoir, ainsi qu'on m'a dict, de faire bailler pleige au dict Bos, et en demandent aussi au dict Forbouche, à la requête des marchands de ce païs, qui monstrent estre fort desplaisans de ces pilleries, qui se font sur voz subjectz, ayant entendu que leur flotte, qu'ilz avoient envoyée à Bourdeaulx pour le vin, a esté bien receue, et qu'elle s'en revient sans empeschement avec la provision des dicts vins. Dont une autre flotte, d'envyron lxx navires, entendant cella, est partie en équipage seulement de marchans, souz la conserve des dicts grandz navyres de ceste Royne, pour aller aussi charger du vin au dict Bourdeaux; faisant par là démonstration, le dict Me. Oynter, qu'il est seulemant en mer pour asseurer la navigation aux subjectz de sa Maitresse. Aussi m'a l'on rapporté, despuys hier, que le dict Chatellier et les autres pirates vont séparez de luy, et se tiennent à l'escart, sans esloigner guyères la coste d'Angleterre, et que les lettres de marque que les Michelz de Plemmue avoient pourchassées contre aulcungs Bretons, comme j'ay cy devant escript, ont esté révoquées et arrestées, leur ayant esté respondu qu'ilz se pourveussent d'eulx mesmes, le mieulx qu'ilz pourroient, par autres moyens.
L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, m'a dict qu'ayant faict vivemant l'office que son Maistre luy avoit commandé d'admonester ceste Royne de ne vous travailler ny molester aucunement pendant ceste guerre, que vous avez contre le prince de Condé et aulcungs de voz subjectz, qu'elle luy avoit respondu estre tout entièremant votre bonne et grande amye, desirant la prospérité et establissemant de voz affaires, et qu'elle n'avoit garde de nuyre ny se déclairer contre vous; mais qu'elle ne pouvoit abbandonner ceulx de Chatillon, qui, dès long temps, estoient ses amys; et luy vouloit bien dire aussi qu'elle tenoit ceulx de la maison de Guise pour si déclérés ennemys d'elle et de son estat, qu'elle ne se pouvoit assurer, voyant qu'ilz avoient grand authorité tant aux armes que au conseil en France, mesmes qu'il estoit eschappé à quelcung de votre conseil de dire, qu'après que vous auriez appaysé et remis les choses de la relligion en votre royaulme, vous entendriez incontinent faire le mesmes en Angleterre, et qu'elle aymoit mieulx prévenir qu'estre prévenue. De quoy, Sire, je luy toucheray ung mot en ma première audiance, qu'elle m'a accordée à mercredy prochain, et luy remonstreray doulxemant que le debvoir de votre mutuelle amytié l'oblige de s'adjoindre à voz présentes intantions, sans mectre en aulcung compte ny l'amytié ny la ayne qu'elle pourroit avoir à aulcungs de voz subjectz, mesmes que vous n'avez prétendu ny prétandiez rien de particulier en ceste guerre pour eulx, ny autre chose quelconque, que de recouvrer l'obéyssance de voz subjectz, et de mètre votre estat en repos: dont ce qu'elle me respondra et autres occurrances, je vous donray advis par mes premières, aydant le Créateur, au quel je supplie, après avoir, etc.
De Londres ce xxıe de décembre 1568.
Le dict ambassadeur d'Espaigne escript à don Francès cest office, qu'il a faict pour Votre Magesté envers ceste Royne, et la response de la dicte Dame, de quoy, Sire, le porriez gratiffier de quelque bonne parolle de mercyement quant le dict don Francès vous en parlera.
Madame, ce que j'ay à dire à Votre Magesté, oultre le contenu en la lettre du Roy, est que ne faudray d'obéyr à ce que me commandés par la vôtre, du ve du présent, de faire instance que je soys semond aux obsèques qui se feront, icy, pour la Royne, votre fille, de quoy n'y a encores guières grand commancemant d'aprest. Et, en ce qui concerne les affaires de la Royne d'Escoce, vous sçavez, Madame, combien j'ay toujours estimé inporter à la grandeur du Roy, et Vôtre, et à la réputation de votre couronne, qu'elle ne soit abbandonnée de Voz Magestez en ceste sienne fortune, dont j'ay mis peyne, despuis que suys icy, de recouvrer touz les adviz, que j'ay peu, concernant la dicte Dame, pour les communiquer à ses depputez, et continueray, avec toute affection et diligence, de m'employer en ses dictes affaires, comme Voz Magestez me le commandent, et ainsi que ses depputez m'en advertiront. J'entendz qu'il survient, tous les jours, nouvelles difficultez en son faict, à cause que les commissaires ne s'accordent bien de ce que s'i doibt faire, et n'y a encores rien d'ordonné sur ce que ses dictz depputez ont requis qu'elle viengne tretter en personne ses dictes affaires avec ceste Royne, comme avecques sa bonne sœur. Car, encores qu'aulcungs de ses commissaires en soyent d'advis, les autres y contredisent le plus du monde, et se dict que le comte de Mora aura, cependant, congé d'aller en Escoce, laissant icy milhor de Morthon, Ledinthon et quelques autres, pour continuer la vériffication de ce qu'ilz ont proposé. Les depputez de la dicte Dame ne sont encore bien résoluz s'ilz doibvent aussi demander leur congé, et rompre, pour leur regard, ceste conférance. J'entendz que le chateau de Donbertran a esté tenu quelques jours fort à l'estroit, tant du costé de la mer que de la terre, par ceulx du party du comte de Mora, de sorte que, par faulte de vivres, il sera pour se rendre bien tost, si le comte d'Arguil et les Ameltons, qu'on dict estre desjà en campaigne, ne le secourrent, dont s'estime qu'il y aura bientost quelque rencontre par delà sur l'occasion de lever le siège de ce chateau. Ung personnaige de bonne qualité m'a adverty que ceulx, qui sont icy de la part du prince de Condé, du comte Palatin, du duc de Deux Ponts et du prince d'Orange, pourchassent d'estre accomodez, par le crédit de ceste Royne, de certain payemant de Jocondalles, en Allemaigne, sur les polices des marchans italiens qui sont en ceste ville. Je suis après d'en descouvrir la vérité pour vous en donner, par mes premières, plus grand certitude, et sur ce, etc.
De Londres ce xxıe de décembre 1568.