Qu'il semble que la Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil soient bien fort aygriz contre le duc d'Alve, et qu'ilz veuillent fère grand rescentiment contre luy, et contre l'ambassadeur d'Espaigne qui est icy, estimans qu'il a représanté les responces de la dicte Dame autrement qu'elle ne les a faictes, et qu'il a précippité ceste saysie faicte en Flandres.

Dont dellibèrent envoyer exprès quelque personnaige de qualité en Espaigne, pour tretter cest affère avecques le Roy Catholique, et ne faict le Sr. de La Mothe aucun doubte qu'ilz ne demeurent d'accord, tant pour leur ancienne confédération, que pour contanter les subjectz, d'ung costé et d'aultre, et qu'il y a aussi plusieurs notables personnaiges et principaulx d'Angleterre qui n'ont jamais aprouvé ceste dettention des deniers d'Espaigne, mais le jeu pourra durer encores quelques moys.

Et vouldroient les dictz Angloys, par le moyen des dictz deniers, avant s'en dessaysir, s'asseurer d'aucuns doubtes qu'ilz ont que, à la sollicitation du pape, il y ayt entreprinse, accordée entre le Roy et le Roy d'Espaigne, contre ce royaume d'Angleterre, affin de le réduyre à l'obéyssance de l'esglise romaine, en quoy, oultre quelques adviz qu'ilz disent en avoir, ilz fondent ung grand argument sur cest octroy que le pape a nouvellement fait au Roy de cent mille escuz contantz, et de la permission d'en pouvoir alliéner cinquante mille de rante du temporel de l'esglize de France, et pareillement de ce qu'il a octroyé la croysade au roy d'Espaigne, laquelle il luy avoit long temps reffuzée.

Or, pendant qu'ilz sont en mauvais mesnage avec le Roy Catholique, semble qu'ilz entendront fort voluntiers à tous partiz pour bien asseurer le Roy de leur costé, s'il playt à Sa Majesté les asseurer du scien, soit par ouverte déclaration de persévérer aulx trettez de paix qu'il a avecques l'Angleterre, ou bien par secrecte promesse de ne prendre aucunnement les armes contre eulx en ceste guerre, ou bien de maintenir la neutralité entre les deux, ou bien encores, à cause de l'alliance qu'il a avec le Roy Catholique, de dissimuler aucunes choses, sans aucunement se déclarer.

Est à espérer qu'on obtiendra à ceste heure bien ayséement d'eulx qu'ilz ne convertiront de ceste année, directement ny indirectement, contre la France rien de tout cest appareil de guerre qu'ilz vont fère, et de ce pourront bailler quelque personnaige de qualité pour hotaige, qui se tiendra, soubz aultre occasion, avec monsieur Norryz en France jusques à la fin de la dicte guerre.

Et, si les choses devenoient à tel point qu'il fallût recourir à quelque terme de paciffication, s'estime que la Royne d'Angleterre pourroit procurer, et le feroit voluntiers, qu'elle se feist à l'advantaige du Roy et de la Royne, car vouldroit en toutes choses que l'auctorité demeurât à Leurs Majestez, affin que ses subjectz catholicques ne prinssent exemple de contradire à la scienne; et, si espéroit avoir tant de crédit envers le prince de Condé, et les princes d'Allemaigne, et l'Admiral, qu'ilz condescendroient à la plus part de ce qu'elle vouldroit, sur quoy se pourroit, à toutes avantures, tretter avec les dictz princes d'Allemaigne, par le moyen de la dicte Dame, que l'armée du dict prince d'Orange et les autres forces qu'ilz préparent encores s'abstinsent d'entrer en France, puis qu'ilz s'aydent de ses deniers et du crédict qu'elle leur faict.

Et toutjour sera il meilleur que cest appareil et effort d'Allemaigne aille plus tost sur notre voysin, qui n'a, à ce qu'on dict, faulte de rien, que sur nous, qui sommes en nécessité de beaucoup de choses, sans toutesfois l'abandonner, et considérer qu'ayant le Roy l'armée du prince de Condé au milieu de son royaulme, celle du prince d'Orange sur ung des bordz, et celle du duc de Deux Pontz preste à y entrer, qu'il sera au moins fort bon de n'attirer encores sur luy une aultre nouvelle guerre de ce costé d'Angleterre;

Et que Leurs Majestez se souviennent que, aulx premiers troubles, lorsque ceste Royne occupa le Hâvre de Grâce, le Roy d'Espaigne ne voulut autrement prendre notre party contre elle, que de fère aulcuns gracieulx offices de réconcilliation, ce que le Roy pourra aussi fère maintenant.

Que la Royne commande, à part, au Sr. de La Mothe ce qu'elle veult qu'il trette et négocie là dessus avec ceste Royne, car il le fera tout entièremant sellon son intention, et en telle sorte qu'il n'en aparoistra rien au monde qu'aultant qu'elle voudra.

Semble que, pour le desir que la Royne d'Angleterre a de conserver, à ceste heure, l'amytié du Roy et de la Royne Très Chrestiens, qu'elle fera beaucoup, pour leur recommendation, en l'endroict des affères de la Royne d'Escosse.