Et, avant que le dict cappitaine eust pris la charge de le veoir préserver, il est cogneu quelles sommes d'argent luy furent offertes de laisser seulement le navyre dedans lequel estoit la laine, après que le trésor en fut dehors, demeurant indeffansable: ce que le dict cappitaine ne vollust souffrir, ains feyt armer, à grandz costages, certains soldatz par mer, lesquelz, encores présentement, continuent la garde du dict navyre.—Et, durant ce temps, pendant que l'on donnoit ordre à cella, l'ambassadeur d'Espaigne vint à Sa Majesté, envyron le xxixe de décembre, apportant avec luy une briefve lettre du duc d'Alve seulement de créance, et sur cella requist que les vaysseaulx et argent arrestez aulx portz fussent miz en liberté comme appartenant au Roy son Maistre; auquel Sa Majesté feyt responce que si l'argent appartenoit au Roy, elle luy avoit monstré en son faict ung bon playsir de l'avoir sauvé des Françoys, luy monstrant en cella quelque particularité de la dilligence de ses officiers: mais elle estoit informée qu'il appartenoit aulx marchans, et en cella, dedans quatre ou cinq jours, elle en entendroit davantaige, et l'asseura, sur son honneur, que rien ne seroit faict en cella au mescontentement du Roy, son bon frère, comme aussi il le cognoistroit, dedans quatre ou cinq jours, à son prochain retour, et ainsi il se partit ne faisant aparoir estre mal contant de sa responce, et s'en contantoit.—Et Sa Majesté, cependant, ayant, sellon son expectation, responce du pays du Ouest, dont elle prétendoit satisfère le dict ambassadeur à sa venue, ce que elle actendoit suyvant son appoinctement, non seulement pour la délivrance des dicts navyres et trésor, pour telle portion qu'il apparoistroit appartenir au dict Roy, ains aussi d'accomplir sa première offre de donner conduicte pour icelluy par terre ou par mer.

La première intelligence qui auroit esté apportée à Sa Majesté (sans le retour du dict ambassadeur), fut que tous ses subjectz, biens, marchandises et navyres, estoient arrestez, prins et gardés en Envers, comme prisonniers, ce mesme propre xxixe jour, que l'ambassadeur estoit avec Sa Majesté; ainsi comme cella chet hors de tout entendement des hommes, que Sa Majesté, quelque chose qu'elle eust satisfaict l'ambassadeur, ce xxixe jour, tous ses subjectz et leurs biens furent toutesfoys arrestez ainsi qu'ilz estoient à Envers ce jour là.—Sur cella Sa Majesté laysse, à ceste heure, au jugement de tout le monde à considérer non seulement si telle prétence estoit suffizante de fère si soubdainement ung si violent et si général arrest avec force, en telle manière, et, à ceste foys, comme il a esté faict, mais aussi en celluy auquel seroit trouvé faulte, quoy qu'il puisse advenir de cecy, Sa Majesté n'ayant jamais eu volunté de mescontanter le Roy d'Espaigne, ny de posséder aucune chose appartenant à ses subjectz, aultrement que de leur bonne volunté, sur juste, raysonnable et usitées conditions. Et, de tout ce que dessus Sa Majesté a pencé estre conveinent le notiffier à toutes personnes pour tesmoignage de sa cincérité, et pour la maintenance de ses actions, quelques qu'ilz seront, ausquelles elle est par ces moyens provocquée.

At Hamptoncourt, le vıe de janvier, le xıe an du règne de Sa Majesté, et, en l'an mil cinq cens soixante neuf.

Dieu saulve la Royne.

Imprimé à Londres, au Simitière St Pol, par Richard Jougge et Jehan Cannont, imprimeur de la Majesté de la Royne, avec le privilège de Sa Royalle Magesté.

XIIe DÉPESCHE

—du xvııe de janvier 1569.—

(Envoyée par Jehan Pigon dict Letourne.)

Arrestation de l'ambassadeur d'Espagne et des capitaines des navires espagnols.—Commun desir de négocier.—Avantage qu'il y aurait pour le roi de proposer sa médiation.—Retour du vice-amiral Winter.—Refus fait à l'ambassadeur de France de lui accorder des passe-ports.—Funeste influence de tous ces évènements sur les affaires de la reine d'Écosse.—Réponse de l'ambassadeur d'Espagne à la proclamation de la reine d'Angleterre.