Considéré aussi que, sur le point que la conspiration de prandre le Hâvre de Grâce et Dieppe, laquelle a esté descouverte, se debvoit exécuter, ung nombre de vaysseaulx anglois, équipez en guerre, avoient apparu sur la coste de Normandie comme pour favoriser la dicte entreprinse;—et que les dicts vaysseaulx avoient, devant et despuys, exécuté plusieurs pilleries et violences sur ses subjectz et transporté leurs biens par deçà;—davantaige, que sur la souspeçon que, oultre les choses dessus dictes, il pouvoit prendre de l'armement et appareil de guerre qu'il entendoit se fère en ce royaulme, sans avoir la guerre déclairée contre nul prince, le dict Sr. de Norryss luy allégoit seulement qu'on le faisoit pour l'occasion des troubles de France et d'Escoce, là où, pour estre la Royne d'Escoce dans l'Angleterre, l'on ne debvoit rien craindre de son costé, et moins encores du sien à cause de la bonne paix qu'il a avecques ce royaulme; laquelle il n'avoit jamais pensé d'enfraindre, pour estre d'ailleurs assez occuppé à la division de ses subjectz, seule cause des armes où l'on estoit meintennant en son royaulme;
Sa dicte Majesté, pour ne demeurer en suspens de ces choses, n'estimant que la dicte Dame veuille attampter sur luy par armes sans le deffier, comme il n'est descent à nul prince de le fère, avoit, dez le xiiȷe de ce moys, dict au dict Sr. Norryss, et ainsy l'a escript, du xiiiȷe à son dict ambassadeur de deçà, que, après avoir, l'ung par lettres, et l'aultre de parolle, déclairé de sa part à la Majesté de la dicte Dame qu'il veult exactement persévérer en la bonne paix, confédération et amytié, qu'il a avecques elle et ses pays et subjectz, ainsy qu'il l'a seinctement juré et promiz, sans aulcunement l'enfraindre, que elle, de son cousté, le veuille, dans quinze jours, résouldre là dessus de son intention; dedans lequel temps, s'il n'en est esclarcy, qu'il regardera de pourvoir à ses affères sellon les moyens qu'il avoit pleu à Dieu luy en donner: dont desire le dict ambassadeur que la Majesté de la dicte Dame luy fasse entendre quelle responce il aura à fère en cella au Roy, son Seigneur, pour luy donner contantement et satisfaction.
Et, touchant la saysie faicte à Roan sur les biens des Anglois, Sa Majesté Très Chrestienne a escript, du xiȷe de ce mois, au dict ambassadeur ces propres motz:—«Puisque vous me rendez ung si bon tesmoignage de la sincère intention de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, à l'entretennement et observance de la paix, et que toutes choses ont esté remises en liberté par dellà pour le regard de mes subjectz, j'ay donné charge à mon cousin le maréchal de Cossé, qui s'en va mon lieutenant général en Normandie et Picardye, qu'il fasse relascher et mettre en liberté tout ce qui a esté saysy au dict Roan, et aultres endroictz, sur les Anglois, y ayant consenty très volontiers sur la première instance que m'en ayez faicte, ne me pouvant ayséement persuader que la dicte Dame vollût entrer en querelle avecques moy, de qui elle n'a jamais receu que toutz bons offices; comme je vous prie la bien asseurer que je seray toutjour prest d'y persévérer, si elle continue en la volonté qu'elle vous a déclairé le vouloir fère de mesmes envers moy; et, affin de fère cesser toutes pleinctes, vous la prierez qu'elle veuille fère fère raison et restitution à mes dicts subjectz, et je luy promectz, et l'asseure que je feray de mesmes en l'endroict des siens.»
Quant à plusieurs particulliers, qui courent la mer de deçà avec leurs vaysseaulx équipez en guerre, dont aulcuns se sont randuz pirates, Sa Majesté Très Chrestienne escript aussi au dict ambassadeur ce qui s'en suyt:—«Vous le debvez remonstrer à la Royne d'Angleterre, ma bonne seur, affin de les fère révoquer et leur deffandre telle manière de fère, laquelle ne peult compatir avec la bonne paix, amytié et intelligence, qui est entre nous, laquelle ayant observée sincèrement de mon cousté, comme je l'entendz fère pour l'advenir, je me promectz que la dicte Dame vouldra aussi, de sa part, oster toutes occasions qui y pourroient apporter altération, ne se pouvant ceste manière de fère aultrement baptizer que me commancer la guerre, sans la déclairer.»—Dont requiert le dict ambassadeur qu'il playse à la dicte Dame révoquer les dicts particuliers ses subjectz, ou bien régler de telle façon leurs entreprinses que les pays et subjectz du Roy n'en puissent recepvoir aulcun dommaige.
Le dict ambassadeur a entendu qu'il se prépare, de rechef, une flotte de navyres marchandz pour aller vers la Rochelle, dont remonstre que, si la Majesté de la Royne d'Angleterre ou ses subjectz ont besoing d'aulcunes choses desquelles le Roy, son Seigneur, les puisse accommoder en aultre endroict de son royaulme, sans aller contracter ez lieux d'où, à présent, il pourroit avoir jalouzie ou soubspeçon, qu'il offre d'en escripre promptement à Sa Majesté et d'en avoir bien tost sa responce.
Entend aussi qu'il a esté deffandu de ne charger marchandises en ce royaulme pour les transporter ailleurs que là où yra la flotte des Anglois prévilliégez, qu'ilz appellent Avanturers; dont remonstre que la dicte ordonnance, estant ainsy généralle, pourroit préjudicier aulx articles des trettez faictz sur la pleyne liberté du traffic d'entre le royaulme de France et cestuy cy. Si, requiert qu'il ne soit faict aulcune restrinction ny noveaulté en cella; ains que le commerce se continue, d'icy en France, tant par les Anglois, Italliens que toutz aultres marchandz, en la façon qu'il a esté cy devant accoustumé.
Requiert aussi qu'il soit pourveu sur une remonstrance qui luy a esté baillée par aulcuns subjectz du Roy, touchant le traffic et commerce des vins, laquelle est cy attaichée.
Et qu'il playse à la dicte Dame ottroyer à la Royne d'Escoce aulcunes choses qu'elle luy a naguières envoyé requérir, luy donnant toutjours occasion de se louer des bons et honnorables déportemens, dont elle usera en son endroict.
REMONSTRANCE FAICTE AU DICT Sr. DE LA MOTHE.
Par aulcuns subjectz du Roy.