Mylord Housdon, gouverneur de Varvic, a escript que l'Escoce s'apreste d'estre toute en armes dans le xxe de ce moys, et que le comte de Mora espère d'estre le premier en campaigne pour contraindre les Ameltons et Hontelletz, et ceulx du comte d'Arguil et aultres, de recognoistre le petit prince pour leur Roy, et les aultres au contraire pour le contraindre, luy et ses adhérans, de recognoistre la Royne, et que le dict comte de Mora luy a envoyé demander deux cens harquebuziers seulement, lesquelz il ne luy a encores accordez, attandant le commandement de ceste Royne. Et semble que le dict comte trouvera une grande et ferme résistance dans le pays, et qu'on fera icy meintennant plus de difficulté de luy envoyer du secours qu'il n'y en eust de le luy promettre quant il partit; bien qu'il y a assés icy qui sollicitent vifvement pour luy, et qui procurent qu'un personnaige de ceste court, nommé Milmor, soit bien tost dépesché pour aller, de la part de ceste Royne, devers luy, en Escoce.
Sur le faict des prinses ceulx cy remonstrent que les Anglois et Irlandoys n'ont jamais peu avoir justice en Bretaigne de celles que les Bretons ont faictes sur eulx, parce que les officiers participent au butin, et qu'il s'y commect de grandes violences, injures, et toute espèce d'iniquité et d'injustice, en l'endroict de ceulx qui les vont poursuyvre et solliciter au dict pays, tellement qu'ilz ne s'y veulent plus adresser, et que, par la mesme rayson que la Royne d'Angleterre est requise de pourvoir de deçà à l'indempnité des Françoys, la mesme doibt mouvoir le Roy de pourvoir de dellà, et mesmement en Bretaigne, à l'indempnité des Anglois.
Le dict Sr. de la Mothe vient d'estre adverty que Le Queux, secrétaire de monsieur l'Amyral, lequel a demeuré quelque temps par deçà, a esté dépesché ce matin pour s'en retourner devers son maistre à la Rochelle.
AULTRE MÉMOIRE A PART AU Sr. DE SABRAN.
Que estans aulcuns des plus grandz et principaulx seigneurs d'Angleterre marrys de la forme du gouvernement du royaulme, conduict par le seul secrétaire Cécille, lequel s'est emparé de l'auctorité d'ordonner toutes choses à son seul adviz, et voyantz qu'il s'esforceoit meintennant de fère entrer la Royne sa Mestresse, sans besoing, en la guerre de ces troubles, qui sont aujourd'huy dans la chrestienté, et la mettre desjà en quelques fraiz, provoquant sans occasion le Roy et le Roy Catholique pour favoriser ceulx qui leur mènent la guerre en leurs pays; dont s'en sont ensuyvyes ces démonstrations de saysies faictes à Roan et au Pays Bas, au grand mescontantement de tout ce royaume, ilz ont estimé qu'il se présentoit occasion de pouvoir, par vifves remonstrances des choses apartenant à la dignité et grandeur de ceste Royne, et au bien et honneur de sa coronne, désarçonner le dict Cecille, et recovrer pour eulx l'auctorité et manyement de l'estat.
A quoy encor que plusieurs eussent prétandu de longtems, toutesfoys pour ne s'entendre, et pour ne s'ozer descouvrir l'ung à l'aultre, nul, jusques à ceste heure, ne l'avoit entreprins, et attandoient les plus nobles et ceulx qui ont meilleure part au Royaulme que le peuple, cognoissant leur intention, fût celluy qui, par la multiplication des désordres et nécessitez qui adviendroient de ces choses, commançât de crier, et ainsy est advenu meintennant que sur les dictes saysies, et, pour redresser le traffic de ce royaulme en quelque aultre lieu qu'en Envers, les merchans et bourgeois de ceste ville sont venuz fère plusieurs remonstrances à ceste Royne; et aulcuns, aussi, bien notables personnaiges, et de respect, ont esté prévenuz pour la religion, aultres ont esté emprysonnés pour le faict de l'ambassadeur d'Espaigne, aultres ont murmuré de la fraulde de la blanque, et le maire et officiers de ceste ville ont esté naguières taxés par le dict Cecille, en présence de la dicte Dame, de ne fère leur debvoir à chastier ceulx qui parlent irrévéremment et détractent d'elle, et des seigneurs de son conseil.
Dont voyant la dicte Dame qu'il estoit besoing de pourvoir promptement à ces choses, lesquelles concernoient la tranquillité de son royaulme, et qu'il failloit aussi se résouldre de la paix ou de la guerre avecques le Roy, et pareillement avecques le Roy Catholique, et que le faict de la Royne d'Escoce et des Escoçoys estoit bien pressé, pareillement celluy d'Irlande, et que d'ailleurs le cardinal de Chatillon sollicitoit que le Sr. Du Doict fût ouy et respondu en ses demandes, elle a faict convoquer les seigneurs de son conseil pour résouldre toutes ces matières, sentant icelluy Cecille, à la froideur et contennance d'iceulx seigneurs, qu'il ne les pourroit ordonner seul. Mais ilz ont faict les mallades en leurs logis, et n'a esté possible à la dicte Dame de les assembler aulcunement, despuys qu'elle est en ceste ville. Et de tant que le comte de Lestre a esté tiré à ce party, il s'est aussi servy, d'un petit rhume qu'il avoit, pour excuse de ne se pouvoir trouver aulx heures convenables du dict conseil. De quoy le mècredy des cendres, estant tout exprès venu ung peu avant soupper en la chambre de la dicte Dame, lors que le dict Cecille y estoit, et s'y estant trouvé à poste le duc de Norfolc, principal de toutz, il fust bien ayse que la dicte Dame, en présence du dict Cecille, luy commencea à tenir propos de ses affères et se douloir de ce que tous ces seigneurs ne se vouloient trouver au conseil pour résouldre ce que en debvoit estre faict; lequel, après avoir, avec grande humilité et respect, supplié, très humblement, la dicte Dame de l'excuser, si, pour le debvoir et infinye obligation qu'il avoit à son service, il luy disoit, en chevalier de bien et d'honneur, que la meilleure et principalle part de ses subjectz voyoient les choses estre si mal conduictes, et tant contre leur desir, qu'il craignoit, ou que son estat eust à courir quelque dangier, ou que le dict Cecille eust à leur rendre compte, sur sa teste, des choses qui avoient passé jusques aujourduy. Duquel propos estant le dict Cecille fort troublé et la dicte Dame esmeue, elle entra en grand collère contre le dict comte dont le duc, qui estoit loing, adressant sa parolle assés hault au marquis de Norampthon, qui n'estoit encores de ce party,—«Voyés, dict il, mylor, comme le comte de Lestre, quant il a suyvy et aprové les opinions du secrétaire, il a esté favorisé et bien venu de la Royne, et maintennant qu'il luy veult remonstrer vertueusement ses bonnes raisons contre celles de l'autre, elle lui faict ung très mauvais visaige et le veult envoyer à la Tour: non, non, il n'y yra pas tout seul.»—A quoy le dict de Norampthon respondit,—«Je loue Dieu que vous, qui estes le principal subject de ce royaulme, voulez enfin monstrer votre vertu, laquelle je suis prest de suyvre et ayder de tout ce qu'il me sera possible, car aussi suis je icy pour me plaindre.»
Et ainsy, la pluspart des grandz se sont faictz entendre, et se sont uniz, dont, sur la proposition de ces importantes matières dessus dictes, ilz ont requis que le dict Cecille eust à monstrer au vray en quel estat elles estoient, et comme il les avoit conduictes despuys huict ans en çà; car ne vouloient plus opiner sur fondement de mensonges, comme jusques icy le dict Cecille leur avoit déguisé les choses qu'il avoit proposées au conseil. Et semble que le dict Cecille ayt despuys cerché de racointer ces seigneurs, mesmement le comte de Lestre, luy remonstrant qu'il ne se debvoit aulcunement joindre aulx autres, mesmement en ce qu'ils demandoient rendre compte des choses passées despuys huict ans, car il s'y trouveroit aultant meslé que luy. A quoy il a respondu que ce seroit luy seul qui auroit à rendre compte des faultes de toutz deux, car il n'avoit rien fait que par le conseil et induction du dict Cecille, qui pourtant debvoit regarder à ses affères, car il avoit desjà pourveu aulx siens. Dont le dict Cecille a despuys pancé qu'il luy serviroit beaulcoup de fère examiner ce qui s'est passé au faict de la Royne d'Escoce, car ayant ceste Royne et les siens, en général, beaucoup de desseings sur elle et sur son royaulme, qui semblent utilles à l'Angleterre, il espère que ces seigneurs se trouveront aulcunement copables d'avoir, contre l'intention de la dicte Dame, porté le faict et affères de la dicte Royne d'Escoce; dont est à craindre que la pouvre princesse n'en soit de quelque chose, pour aulcuns jours, plus mal et plus estroictement tenue, ayant esté mandé de resserrer aussi l'évesque de Rosse. Et si, a esté, ces jours passez, ung aultre Escoçoys miz à la Tour, ce que ces seigneurs craignent aulcunement, mais ilz se sentent si appuyez qu'ilz disent qu'ilz se sçauront bien descharger de cella.
ARTICLES PRÉSANTEZ A LA ROYNE D'ANGLETERRE PAR LE Sr. DE LA MOTHE, ambassadeur du Roy, en forme de remonstrance.
Le Roy a mandé à son dict ambassadeur que, ayant Sa Majesté devant les yeulx le voyage de Me. Oynter, qui soubz couleur d'accompaigner ceulx qui alloient charger vin et aultres choses, librement, en son pays, avoit conduict ung rafreschissement de pouldres, d'artillerye, d'argent et aultres munitions à la Rochelle, pour secourir ceulx qui luy mènent la guerre en son royaulme,—ainsy que eulx mesmes l'ont despuys faict entendre à Monsieur, frère de Sa Majesté,—et s'en sont vantez,—et entendant la faveur que les leurs ont prez de la Majesté de la Royne d'Angleterre,—lesquelz il estoit adverty que, pour l'induyre à estre de leur party, luy offroient de demeurer ses ostages ou luy en bailler d'aultres, jusques à ce qu'ilz eussent miz entre ses mains une de ses places de Normandie ou Picardie.—A quoy a entendu que le Sr. Norriss, ambassadeur de la dicte Dame, résidant en France, tenoit la main,—et qu'ilz se servoient de la couverture de ses paquetz pour s'entrecommuniquer leurs practiques.