Que l'on n'augmente en rien l'armement et appareil de guerre, que le Sr. de La Mothe leur a mandé qui s'aprestoit par deçà, si n'est de continuer, encores pour ung mois, l'avytaillement des grandz navyres de ceste Royne, et que les monstres, généralles et ordinaires, qui ont commancé d'estre faictes en aulcuns endroictz de ce royaulme, se continueront partout avec, possible, plus de rigueur, en l'observance des ordonnances de la guerre, qu'on n'avoit accoustumé d'y tenir, mesmement pour avoir des haquebuttes et entretenir des grandz chevaulx;
Que l'insolence des pirates a commancé d'estre aulcunement restrainte despuys qu'il a représanté à la dicte Dame les propos que Leurs Majestez Très Chrestiennes avoient tenu là dessus à son ambassadeur. Et, mesmes, à certains particulliers, qui estoient icy, attandans d'avoir commission pour aller armer leurs vaysseaulx, on la leur a maintenant reffuzée, ny n'est plus permiz aus dictz pirates de débiter ny vendre par deçà les prinses qu'ilz font sur les Françoys, et semble qu'on révoquera ceulx qui ont malversé sur mer ou qui ne sont cautionnés.
L'on a envoyé arrester ung grand nombre de vaysseaulx par toutz les portz de deçà, comme pour aller à quelque grand entreprinse, de quoy le dict Sr. de La Mothe a eu grand souspeçon et a esté en peyne de descouvrir ce qu'on prétandoit de fère, qui a trouvé qu'on vouloit dresser une flotte d'envyron cent navyres marchantz pour envoyer en Broage quérir du sel, sollicitant cella le conseiller Cavaignes; mais il n'y en yra, pour ceste foys, que trente, conduictz par deux de ceulx de la Royne, ayant, à ce qu'on dict, esté faict par ceulx cy quelque contract là dessus, avec le maire et habitans de la Rochelle, de se payer et rembourcer, en sel et aussi en vin, des deniers et de l'artillerye, pouldres et aultres rafreschissemens, qui leur ont esté apportez d'icy; ainsy que, par une de ses précédantes, le dict Sr. de La Mothe a desjà donné adviz du dict contract, bien qu'ilz le coulorent aultrement. Et semble que ceulx cy entreprendront de conduyre quelque traffic du dict sel vers les régions et endroictz qui avoient accoustumé s'en fornir au dict Broage, qui meintenant, à cause des troubles, n'y ozent aller; ce qui pourra revenir à quelque somme d'argent, mais non guières grande, car pour peu d'escuz l'on charge grand nombre de sel; sur quoy le dict Sr. de La Mothe a remonstré à la dicte Dame ce qui est contenu au iiiȷe des articles qu'il luy a présentez.
Ceulx ci entendans que le duc d'Alve a faict certaine ordonnance pour empescher le commerce qu'ilz vont dresser en Hembourc, en ont publié un aultre par où ilz deffandent à toutz naturelz et estrangiers de ne charger aulcune marchandise en son royaulme, sinon pour la transporter là où yra la flotte des marchantz anglois prévilliégés qu'ilz apellent avanturers.
Dont craignant que la générallité de la dicte ordonnance préjudiciât à la liberté du traffic d'entre la France et l'Angleterre, le dict Sr. de La Mothe a remonstré ce qui est contenu au ve de ses dicts articles.
Tout ce royaulme est en suspens de la guerre, craignant l'avoir tout à la foys avec la France et l'Espaigne, ou séparément avec l'une ou l'aultre, et craignent beaulcoup plus de l'avoir à la France, car ne font doubte qu'ilz ne s'accommodent toutjours ayséement avec le Roy Catholique; et si estiment que, à présent, le dict Roy Catholique n'est pour leur pouvoir tant nuyre comme feroit le Roy. Vray est que pour l'opinion que le peuple a qu'on ayt provoqué l'ung et l'aultre sans occasion, il se manifeste beaucoup de division et de contradiction parmy eulx, et mesmes ceulx de ce conseil reffuzent de se trouver aulx dellibérations qui se font là dessus.
Tant y a, qu'en ce qui concerne la France, encor qu'il y en ayt assez, icy, qui confessent qu'on a uzé de mauvais déportements et non excusable contre le Roy, en faveur de ceulx de la Rochelle, toutz, néantmoins, d'ung accord, protestent, avecques grand sèrement, de n'avoir jamais rien entendu de la pratique que ceulx de la novèle religion menoient pour prendre Dièpe et le Hâvre, mesmes les plus grandz et plus auctorisés ont dict au dict Sr. de La Mothe, qu'ilz veulent estre estimez meschantz et infâmes, au cas qu'il se trouve que les Anglois y ayent esté aulcunement meslez.
Toutesfoys, il sera bon, durant le temps que ceulx cy seront en armes, d'avoir l'œil au guet de leur costé, et, parce qu'il s'entend qu'en ung de leurs portz, du quartier d'Ouest, se font, par mandement de ceulx de la novelle religion, deux barques longues, couppées en travers, comme pour les porter dans des navyres, qui se peuvent rejoindre incontinent, suffizantes à mettre deux centz soldatz en terre, lesquelles monstrent estre pour aulcune entreprinse, en quelque lieu, sur la mer, et qu'on a entendu qu'en certain lieu s'est parlé de Cherbourc, comme d'une place non gardée, et toutesfoys aysée à fortiffier, sera bon d'advertir là, et ailheurs, le long de la mer, d'y prendre garde.
Le Sr. Du Doict n'a encores rien exposé en ce conseil, ny n'a esté ouy de ceste Royne, dont est malaysé de sçavoir à quoy tend sa négociation, bien que, sellon la conjecture qui se peult prendre de certain pouvoir qui a esté veu en quelque lieu despuys son arrivée, lequel est en quatre fuilletz de parchemin, les trois et demy escriptz et le reste blanc, attaichez d'ung ruban noir, où pend en queue le sceau de la Royne de Navarre en cire rouge, et soubzsigné de trente ou quarante noms des principaulx de leur party, commençant Jehanne, etc., Henry, etc., et consécutivement au nom d'eulx, et de Loys de Bourbon, duc d'Anguien, de l'amyral Andellot, La Rochefoucault et aultres, faisant narrature des choses advenues despuys six ou sept ans, desquelles infèrent y avoir ligue des potentatz catholiques contre les potentatz protestans, conclue au concille de Trente, et despuys confirmée aulx voyages de Bayonne et de Picardye, ainsy que plus à plain le démonstre la cession que la Royne d'Escoce a faicte du droict qu'elle a à la couronne d'Angleterre[55], et encores plus expressément les faulces paix, la ropture de l'édict de paciffication, l'impétration de la bulle de Juilhet, et aultres pratiques contre ceulx de la religion, choses qui doibvent esmouvoir les princes, potentatz et aultres, de leur party, de faire ligue contraire; et dont, pour y pourveoir, ilz ont estimé bon d'envoyer devers les dicts princes protestans et principallement devers la Majesté de la Royne d'Angleterre, pour luy fère entendre ce que dessus par Mr. le cardinal de Chatillon, avec puissance de tretter et capituler pour cest effect avecques elle, et d'obliger, pour l'entretennement des promesses qu'il luy fera ez noms que dessus, oultre leur foy et parolle, toutz leur royaume, duchez, comtez et baronnyes, terres et seigneuries. Il semble que la charge du dict Du Doict soit de fère entrer ceste Royne en la dicte ligue. Et s'est aussi descouvert d'ailleurs qu'il prétend d'avoir, par emprunt, les deniers que la dicte Dame a arrestez du Roy Catholique, offrant conjoinctement, au nom des princes d'Allemaigne et de ceulx qui l'ont envoyé, de rembourcer le dict Roy Catholique et le contanter, tant du principal que des intérestz raysonnables, et de relever indempne la dicte Dame de tout dommaige que, pour rayson de ce, elle pourroit soffrir. Ausquelles deux prétentions du dict Du Doict, le dict Sr. de La Mothe a miz et mettra encores tout l'obstacle qu'il luy sera possible pour les luy rendre difficiles et différées, et encores, s'il peult, reffuzées.
L'ambassadeur d'Espaigne, résidant icy, et le Sr. d'Assoleville ne pouvans inpétrer audience de ceste Royne, ont enfin proposé à aulcuns de son conseil que, ayant la dicte Dame, avant toutes choses, faict dellivrance des deniers arrestez, le duc d'Alve sera, puys après, tout prest d'entendre à ce qui sera veu bon de tretter pour l'entretennement de l'ancienne alliance et confédération d'entre ces deux estatz, et de le fère entièrement accomplir par le Roy son Maistre. A quoy semble qu'on leur ayt respondu de mesmes: c'est que, après que le Roy, leur Maistre, aura renouvellé et confirmé, par sèrement solemnel, les anciens trettez et confédérations d'entre ceste couronne et la maison de Bourgoigne, lesquelles le dict duc s'est esforcé d'enfraindre, que la dicte Dame entendra aulx moyens qui seront cogneuz raisonnables pour la restitution des dicts deniers. Et despuys, ayant le dict d'Assoleville mandé à la dicte Dame qu'il avoit à luy dire des choses qui inportoient grandement à elle et à son estat, lesquelles il ne pouvoit encores communiquer à ceulx de son conseil, dont elle auroit playsir et proffict de les sçavoir, elle luy a faict respondre que rien ne pouvoit concerner ni elle ny son dict estat qui ne concernât ceulx de son conseil et ses subjectz, lesquelz elle aymoit mieulx que soy mesmes; et par ainsy qu'il ne fît difficulté de leur dire ce qu'il vouldroit dire à elle mesmes. Lesquelles responces les dictz ambassadeurs n'ont encores faict entendre au dict Sr. de La Mothe, bien qu'ilz se soient aydez de luy pour les mander au dict duc, à qui icelluy d'Assoleville a escript de le vouloir révoquer, cognoissant que sa demeure par deçà ne faisoit que donner cueur et ampirer davantaige ceulx cy, qui vouloient garder la réputation, et estre priez. Et ainsy le dict d'Assoleville prépare son retour, lequel, ayant desjà son passeport, monstre se vouloir acheminer dans deux jours. Ne sçay si le dict duc luy mandera de demeurer pour entrer en une novelle négociation et mettre quelque aultre party en avant. Tant y a qu'il est desjà licentié pour s'en retourner, sans avoir parlé à ceste Royne, et sans avoir rien exécuté de sa charge; dont la dicte Dame attandra que ce soit le Roy Catholique mesmes qui envoye devers elle, et advouhe cognoistre que ce qu'elle a faict en cest endroict n'a esté que pour luy conserver ses deniers, et qu'il la prie de les lui rendre avec continuation de la paix et bonne alliance qui est entre eulx, et elle y satisfera entièrement; bien que ceulx de la novelle religion espèrent pouvoir empescher que des dicts deniers, et aultres riches prinses qui ont esté faictes sur les subjectz du Roy d'Espaigne, mesmes d'une, tout freschement, de dix ourques chargez de cuyrs et de cochenille, qui vallent plus de deux centz mille escuz, et où s'est trouvé plus de six vingtz mille escuz en espèces et cinq ou six caysses de perles et aultres richesses, rien n'en soit rendu qu'on ne voye ung accord et paix généralle pour leur religion, dont ne tient à ceulx cy que le duc d'Alve ne soit bien piqué de plusieurs prinses qu'ilz font, encores toutz les jours, sur les Espaignolz et Flamans, s'il s'en vouloit aulcunement rescentir.