Mais estant, le jour mesme, adverty que aulcuns voulans aigrir la matière estoient après pour luy imprimer qu'elle ne se debvoit aulcunement soubzmettre à ceste déclaration de paix ou de guerre, à quoy vous la sommiez, et que c'estoient ses ennemys qui vous incitoient de luy fère, sans occasion, ceste bravade, je me hastay de luy envoyer, bien peu d'heures après, mon mémoire, avec ung sommaire récit, au premier article d'icelluy, de toutes les occasions qui vous avoient meu de ce fère. Lequel mémoire, après l'avoir leu, elle le fit translater en anglois pour l'envoyer à ceulx de son conseil; et au boult de sept jours, après avoir respondu au Sr. d'Assoleville ce que Vostre Majesté verra en mon mémoire, elle m'a envoyé par le Sr. Sommer, clerc de son conseil, ceste sienne responce en anglois, que je vous envoye traduicte en françois; en laquelle, encor que, parmy beaulcoup de paroles obscures, j'y aye trouvé aulcunes choses qui vous pourroient contanter, j'ay néantmoins vollu avoir d'elle mesmes sa responce.
Et ainsy estant, hyer au soir, retourné devers la dicte Dame, après plusieurs propoz j'ay eu ceste déclaration d'elle que pour le desir de conserver l'amytié qu'elle a contractée, dez son avènement à sa couronne, avecques le feu Roy vostre père, et continuée avecques Vous et avec la Royne, vostre mère, elle est résolue de demeurer entièrement aux trettez et capitulations de la bonne paix, qui est entre Voz Majestez et voz pays et subjectz, tout ainsy que vous dictes y vouloir persévérer de vostre costé, et que de ce elle vous en a, en trois occasions, rendu trois si bons tesmoignages que jamais Roy d'Angleterre n'en a rendu de semblables à nul de voz prédécesseurs. Et puys m'a pryé de fère ses recommendations à Voz Majestez, et qu'elle desiroit vous pouvoir fère aultant de bien comme elle vous en vouloit, qui ne pouvoit tant oblyer sa qualité qu'elle ne se sentît bien affectionnée à la cause de ses semblables, et qu'elle vous feroit encores entendre sa responce par son ambassadeur; laquelle sera bon, Sire, que Vostre Majesté montre avoir bien agréable et que la gratiffiez par toutes bonnes parolles envers la dicte Dame, vous suppliant au surplus donner foy à ce que ce gentilhomme, présent pourteur, nommé le Sr. de Sabran, vous dira, lequel j'ay dépesché exprès pour aller rendre bon et fidelle compte de toutes choses d'icy à Vostre Majesté, à laquelle, etc.
De Londres ce viiȷe de mars 1569.
A la Royne.
Madame, par la présente dépesche Vostre Majesté verra l'ordre que j'ay tenu pour remonstrer à ceste Royne les mauvais déportemens dont elle et ses subjectz avoient uzé contre Voz Majestez, et les vostres, ainsi que par voz dernières me commandiez de le fère, en quoy y a eu assés à craindre qu'elle ne me donnast d'aussi mauvaises responces que ses effectz avoient esté mauvais; car a esté extrêmement pressée de se déclairer ouvertement pour la deffense de sa religion, estimans ceulx qui la possèdent que cella fortiffieroit et donroit grand faveur à leur cause, et considéroient aussi, qu'estant la guerre déclairée tant contre la France que l'Espaigne, ilz demeureroient plus asseurez qu'ilz ne sont du dedans de ce royaulme contre l'entreprinse des catholiques naturelz du pays, qui, par ce moyen, ne pourroient, sans lèze majesté, pratiquer ny estre pratiqués des aultres catholiques estrangiers.
Et, d'ailleurs, ma remonstrance estoit venue en temps qu'on trettoit des affères des Pays Bas, et que la plus part de ceulx de ce conseil opinoient toutes aultres choses leur estre plus expédientes que de rompre, en façon du monde, l'ancienne alliance de Bourgoigne, laquelle leur avoit esté toutjour très proffitable; là où ilz n'avoient jamais eu que perte et dommaige de la France: et aulcuns s'esforçoient d'imprimer à ceste Royne qu'il n'y avoit lieu qu'elle se soubzmît à vous fère ceste déclaration de paix ou de guerre, à quoy vous la vouliez contraindre, et que c'estoient ses ennemys qui vous induysoient de la braver de ceste façon. Dont estant ceste affère tretté en ce conseil en mesme temps que celluy de Flandres, non sans beaulcoup de contention, ny sans qu'il ayt fallu veiller et bien travailler de nostre costé, en fin, estant demeuré celluy de Flandres au mesmes suspens qu'il estoit, le vostre a eu, grâces à Dieu, telle yssue que, gardant l'avantaige du Roy et vostre, et faisant cesser, aultant que j'ay peu, toutes mauvaises entreprinses et mauvais exploitz des deux costez, la paix vous est conservée, pour ceste foys, avec ceste Royne et son royaulme, ainsy que Vostre Majesté le verra en la lettre du Roy et en la responce que la dicte Dame et ceulx de son conseil m'ont faict bailler par escript. En quoy, Madame, j'ay miz peyne de fère réuscyr le tout à ce que j'ai cogneu estre du service de Voz Majestez et de vostre intention, que, j'espère, trouverés estre bien accomplys.
Il est vray que de tant que toutes choses, pour la malice du temps, ont à estre maintenant suspectes, je ne vous veulx prier de vous asseurer tant, du costé de ceulx cy, que vous ne pourvoyés, Madame, qu'ilz ayent toutjours moins de moyen que de volonté de vous nuyre; et je les observeray de bien prez, pour vous pouvoir mander, heure pour heure, leurs mouvemens et entreprinses, vous priant, au reste, donner foy à ce que ce gentilhomme, présent pourteur, nommé le Sr. de Sabran, vous dira, lequel j'ay dépesché exprès pour vous aller rendre bon et fidelle compte de toutes choses d'icy, auquel me remectant, je prieray le Créateur, etc.
De Londres ce viiȷe de mars 1569.
La Royne d'Angleterre m'a prié vous escripre particullièrement que la seule bonne affection qu'elle porte à Voz Majestez et à la conservation de vostre grandeur, l'ont meue de vous fère ceste déclaration de paix et d'amytié, et non qu'elle vous pense estre tant hors d'affères que vous luy puissiez maintenant commencer la guerre; car ou elle n'a aulcune cognoissance des entreprinses du monde, ou elle vous peult asseurer qu'il s'apreste encores de bien fort grandes forces pour ceulx de sa religion, et qu'elle est bien marrye qu'il en doibve rien tumber sur Voz Majestez ny sur vostre royaulme.
MÉMOIRE BAILLÉ AU SIEUR DE SABRAN,
Pour dire à Leurs Majestez, oultre le contenu des lettres,