Ilz ont faict commancer le jeu au dict comte de Lestre, ainsi qu'il est contenu en l'aultre mémoire, et s'asseurent que, dans peu de jours, ilz seront parvenuz là où ilz prétendent, et que, puys après, ilz pourvoyrront à la religion et à la paix du dedans et du dehors de ce royaume.

Laquelle menée ayant esté descouverte par le seigneur de La Mothe, il s'est bien vollu ayder, en tout ce qu'il a peu, d'une telle occasion pour le service du Roy, et luy a si bien succédé que, joinct la dilligence qu'il a mise de contenir ceste Royne en la foy et observance des trettez, il a empesché que ceulx de la Rochelle n'ont obtenu autre secours d'icy que celluy, qui estoit desjà accordé et dépesché par elle et les siens avant qu'il arrivât, et qu'ilz n'en auront désormais guières plus; et qu'il a évitté la déclaration de guerre qui estoit résolue ou contre la France, ou contre les Pays Bas, ou contre toutz deux, et l'a aulcunement rejectée sur les dictz Pays Bas, y ayant trouvé la dicte Dame assez disposée.

Et aussi ces seigneurs ont estimé pouvoir mieulx conduyre leur faict, s'ilz n'empeschoient que le dict Cecille n'exaspérât davantaige les choses des Pays Bas, affin que le duc d'Alve eust occasion de continuer la saysie et autres rigueurs sur les Anglois; mesmes avoient desiré le semblable du costé de France, et s'estoient resjouys de ce qui en avoit esté commancé à Roan. Mais il a esté besoing de ne passer plus oultre, car ceste Royne eust incontinent accordé avec les dicts Pays Bas pour se déclarer contre nous, et eust employé, et employeroit encores, son armement, qu'elle a tout prest, en faveur de ceulx de la Rochelle. Néantmoins il sera bon que Mr. le mareschal de Cossé ne se haste de lever la dicte saysie de Roan, sinon ainsy qu'il entendra par le Sr. de La Mothe que les choses se conduyront de deçà.

Il est vray que iceulx seigneurs et le susdict Ridolfy ont toutjour procuré qu'il y eust bonne intelligence entre les deux ambassadeurs de France et d'Espaigne, affin que, par la jalouzie et compectance de la grandeur de leurs Maistres, l'ung ne traversât l'ayde que l'autre donroit à ceste entreprinse; en quoy le dict Sr. de La Mothe s'est gouverné de façon que les ungs et les autres demeurent contentz de luy, et si, a faict servir ceste occasion au bien des affaires de la Royne d'Escoce, laquelle certes eust esté fort mal trettée sans le support du dict duc.

Et au reste, il a dict au dict Ridolfy qu'il avoit charge de la Royne, sa Mestresse, de servir, en tout ce qu'il pourroit, par deçà, au restablissement de la religion catholique; lequel, pour ceste occasion, a trouvé bon que là dicte Dame entendît tout ce démené, la conjurant toutes foys, au nom de Dieu, de ne le reveller à personne du monde, car se souvient que, pour n'avoir quelque foys ung principal personnage de France, peu tenir secrète certaine entreprinse qui se faisoit sur la Toscane pour le feu Roy Henry, il avoit esté cause dont le duc de Florance avoit faict exécuter six gentishommes, et il seroit en pareil dangier de deçà[59]. Mais que bien tost luy mesmes, allant à Rome, passeroit devers la dicte Dame avec, possible, lettres et commission de ces seigneurs, et lui rendroit compte du tout, et prandroit argument de tretter entre le pape et elle ce qui seroit requis pour ceste affaire, desirant cependant que Sa Magesté donne charge au dict Sr. de La Mothe de pouvoir, de la part du Roy et sienne, conforter l'intention et volonté des dicts seigneurs, et qu'il les secourra quand il sera besoing. Et espère le dict seigneur Ridolphy, qu'au retour de Rome, il portera ung brief du pape pour ceste Royne, lequel ces seigneurs, estantz lors en l'authorité, luy présenteront ardiment, et par cest ordre commanceront de besoigner au restablissement de la religion catholique.

XXIVe DÉPESCHE

—du xvıe de mars 1569—

(Envoyée par homme exprès, Jehan de Lisle, jusques à Calais.)

Plaintes de l'ambassadeur contre les déprédations commises en mer par les Anglais.—Mesures prises en Angleterre pour les réprimer.—Élisabeth demande que les mêmes mesures soient prises en France pour protéger le commerce d'Angleterre.—Ordonnance de la reine contre les pirates.