La dicte Dame m'a pryé de vous reccomander bien fort son ambassadeur, et qu'il vous playse garder qu'on ne luy donne occasion de demander, ainsy instantement comme il faict, son congé pour beaulcoup d'indignitez qu'il dict estre faictes à luy et aulx siens, toutz les jours, et qu'il vous playse aussi escripre au gouverneur de Calais de délivrer ung sien subject, nommé Robins, de Douvres, lequel, ayant porté le secrétaire de l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, dans ung sien navyre à Donquerque, il le fit arrester, luy et son navyre, au dict lieu, d'où s'estant saulvé à Callais, elle desire bien fort luy estre randu, et desire aussi qu'il soit faict justice à certain marchant anglois, nommé Baquer, à qui l'on détient quelques biens en Bretaigne, nonobstant que Voz Majestez luy ayent baillé plusieurs provisions pour les avoir. Et, me remectant de toutes autres choses à la lettre que j'escriptz au Roy pour n'uzer icy de redictes, je supplieray le Créateur, etc.

De Londres ce xviȷe d'apvril 1569.

XXXIe DÉPESCHE

—du xxe d'avril 1569.—

(Envoyée par Mr. de La Croix.)

Nouvelles importantes qui nécessitent le départ du sieur de La Croix.—Mémoire général sur les affaires de France, d'Espagne, d'Irlande et d'Écosse.—Efforts des seigneurs anglais protestants pour faire déclarer la guerre.—Motifs donnés dans le conseil d'Angleterre pour la guerre ou la paix avec la France.—La reine se prononce pour le maintien de la paix.—Réclamation des églises protestantes contre cette détermination.—État des négociations avec l'Espagne.—Continuation des prises faites sur mer.—Complot formé par les Espagnols, d'intelligence avec des catholiques d'Angleterre, pour opérer un débarquement dans l'île.—Préparatifs de départ d'une grande flotte armée pour Hambourg.—Continuation des préparatifs de départ de la flotte pour la Rochelle.—Troubles en Irlande, où les catholiques sont en armes.—Troubles en Écosse, où se tient la conférence de l'Ilebourg.—Mémoire particulier et secret sur les affaires d'Angleterre.—Les protestants et les catholiques sont prêts à en venir aux mains.—Remontrances des seigneurs catholiques pour le maintien de la paix avec la France et avec l'Espagne.—Leur retraite du conseil.—Projet qu'ils ont formé de s'emparer du pouvoir.—Ils déclarent avoir l'appui du duc d'Albe et de l'Espagne, ainsi que l'approbation du pape, et demandent l'appui de la France.—Conditions du traité qu'ils proposent.—Nécessité de se concerter avec l'Espagne pour en régler l'exécution.—Avis de l'ambassadeur sur la conduite qui lui paraît devoir être suivie au sujet de ces propositions.

Au Roy.

Sire, y ayant, à ceste heure, plusieurs choses icy qui se monstrent de toute aultre façon qu'elle n'estoient auparavant les nouvelles de votre victoire, et dont semble que ce royaulme soit beaulcoup agité et que la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil soient assés incertains de ce qu'ilz y doibvent fère, changeans, à tout coup, de dellibéracions, j'ay estimé qu'il estoit bon de vous envoyer le Sr. de La Croix, pour vous aller représanter, de bouche, une partie de ce que j'en voy et entendz icy, sur le lieu, qui ne se peult bonnement escripre, affin que, le comprenant tel qu'il est, Votre Majesté le puisse mieulx aproprier à son service, et me commander comme j'auray à m'y conduyre.

Il m'a semblé, par les derniers propos que j'ay eu avec ceste Royne, qu'elle n'est tant pour la justice de ceulx qui vous mènent la guerre en votre royaulme qu'elle ne les accuse de beaulcoup d'injustice; car, ayans discouru ensemble assés ongtems, et quelque foys avec contraire opinion l'ung à l'autre, du jugement qu'il a pleu à Dieu d'en fère par les armes, elle en fin m'a dict que, comme elle eust bien vollu que vous, Sire, et la Royne, eussiez esté escrupuleux à ne vous laysser persuader de fère ny souffrir que voz subjectz fussent persécutez en serchant de jouyr de ce que leur aviez permiz pour leur religion, qu'aussi eulx, de leur part, eussent, comme il est raison, faict moins de conscience d'aller à la messe et aulx cérémonies de l'esglize romaine qu'ilz n'en ont vollu fère de s'eslever contre leur Roy et de thuer leurs prochains, me priant de fère bien entendre à Voz Majestez Très Chrestiennes qu'elle ne peult, en façon du monde, vouloir que tout bien à la cause des Roys, et que, partant, elle se resjouyt de votre prospérité, et la desire comme la sienne propre; ce qui monstre, Sire, qu'encor qu'elle escoutte assés volontiers ceulx de la novelle religion, qu'elle ne leur souffre toutesfoys de mettre en avant nulz partyz qui soient contre l'authorité des princes souverains, et qu'elle ne se laysse, du tout, tant posséder à eulx qu'elle ne se réserve à estre possédée aussi aulcunement par les catholiques. Et ayant bien instruict et bailhé amples mémoires de toutes aultres choses de deçà au dict Sieur de La Croix, auquel je vous supplie donner foy, je prieray, pour le surplus, bien dévottement le Créateur, etc.