De Londres ce xxe d'avril 1569.
A la Royne.
Madame, ce que j'ay à vous dire de l'occasion du présent voyage du Sr. de La Croix et des novelles de deçà, Votre Majesté l'entendra si amplement de luy et de ce que j'en touche en la lettre du Roy, et d'aulcunes aultres choses que je luy ay commises, à part, pour vous, que j'en feray la présente tant plus briefve. Seulement j'adjouxteray que je ne vous sçaurois assés exprimer combien ceste Royne m'a prié de vous recommander son ambassadeur, auquel je vous suplie très humblement tenir quelque bon propos de contantement, la première foys qu'il viendra à l'audience, affin qu'il n'escripve plus par deçà qu'on le veuille révoquer; et commandés, s'il vous playt, Madame, que mon pacquet pour Monseigneur votre filz, dans lequel y a une lettre que la Royne d'Angleterre lui escript, luy soit promptement envoyé, où je luy rendz compte comme elle a eu ses lettres et ses reccommendacions, et les propoz que je luy ay tenuz de sa part, très agréables, et luy mande ses responces: priant atant le Créateur, etc.
De Londres ce xxe d'avril 1569.
DIRA LE SEIGNEUR DE LA CROIX A LEURS MAJESTEZ,
Oultre le contenu de la dépesche:
Que, despuys ung mois, il y a eu grand différant entre ceulx du conseil de la Royne d'Angleterre sur ce que les ungs incitoient la dicte Dame de fère la guerre, ou bien contre la France affin de recouvrer les droictz de Calais et se saysir cependant de quelque place en Normandie ou Picardie, ou bien de l'avoir contre les Pays Bas pour se ressentir de l'injure que le duc d'Alve luy a faicte et pour chasser les Espaignolz du Pays Bas, ou au moins pour tirer une honnorable confirmation des anciens trettez;
Et qu'il ne se présenteroit jamais occasion plus à propos à la dicte Dame pour mener les deux Roys à quelque raison, ny pour pouvoir plus honnorablement, et avec plus d'advantaige, capituler avec eulx que meintennant, ny pour mieulx asseurer elle et son estat de leur costé;
Et pourvoirroit, par mesme moyen, aulx affères de sa religion, à tout le moins elle feroit qu'encor que ceulx, qui soubstiennent la guerre meintennant pour la deffance d'icelle, vinssent à succomber, qu'elle se trouveroit hors du dangier et du mal, qui autrement pourroit tumber sur elle et sur son royaulme;
Et qu'aussi bien avoit elle desjà passé si avant en ces voyages de la Rochelle, en ces prinses de mer et en retenant les deniers d'Espaigne, qu'elle pouvoit estre toute asseurée, si elle attandoit que les deux Roys eussent accommodé leurs affères, que sans doubte ilz convertiroient leurs forces et leurs entreprinses contre elle: