Les aultres, au contrère, qu'elle se debvoit entretenir en la paix qu'elle avoit avec les deux Roys, et laysser passer ces troubles et orages qu'on voyoit succitez de toutes partz, sans y mesler ny elle ny son estat, estant sans doubte, si elle s'y mesloit aulcunement, qu'elle attireroit la guerre en son pays;
Qu'elle debvoit grandement prizer la paix et amytié qui luy estoit offerte de ces deux grandz Roys, lesquelz se monstroient, de plus en plus, si puissants qu'ilz s'en rendoient formidables au monde;
Qu'elle cognoissoit bien qu'elle et son royaulme n'estoient pour fournir aulx fraiz d'une guerre ny pour fère d'assés grandes entreprinses pour se prévaloir ou pouvoir rien aprofiter sur eulx;
Et ne debvoit craindre aulcunement la guerre de leur costé, si elle ne les provoquoit, et, qu'en ce mesmes qu'ilz avoient esté desjà provoquez, qu'ilz prendroient pour grande satisfaction les bonnes raisons qu'on leur offriroit avec la paix et l'amytié de la dicte Dame, estantz cogneuz magnanimes princes, qui se payeroient et ne se contanteroient que trop des honestes devoirs et gracieulx offices d'elle;
Qu'elle debvoit grandement considérer l'alliance et estroicte amytié, qui est meintennant entre les deux Roys, qui seroient pour se unir ayséement et se liguer contre elle, si elle leur en donnoit occasion; par ainsy, qu'elle debvoit éviter d'avoir la guerre à l'ung ny à l'aultre et encores plus de l'avoir aulx deux.
Sur quoy, après plusieurs démenées, la dicte Dame tint là dessus ung bien estroict conseil, lequel ne print entière détermination, car, ayant, elle, ouy les raysons dessus dictes, dict d'ung costé qu'elle se tenoit très asseurée que jamais les deux Roys ne s'accorderoient à son préjudice, estant l'Angleterre de trop grand jalouzie aux affères de l'ung et de l'aultre;
Et, d'aultre part, elle adhéra à l'opinion de ceulx qui luy conseilloient la paix, redoublant, par deux foys, ceste parolle: «Je ne veulx poinct la guerre: Je ne veulx poinct la guerre:» ce qui conforta grandement ceulx de la dicte opinion de tenir encores plus ferme pour la dicte paix.
Mais luy remonstrans qu'elle debvoit donques commancer de mener quelques secrectz et honestes moyens de réconciliation avec les deux Roys, pendant qu'ilz estoient encores occupez, affin de s'asseurer tant mieulx de la paix de leur costé;
Elle respondit qu'il importoit trop à l'honneur de sa couronne que ceste pratique fût entamée par elle ou qu'elle commanceât de parler la première; car sembleroit qu'elle fît amande des choses passées, mesmes que pour le regard de leurs Majestés Très Chrestiennes, elle leur avoit desjà faict une déclaration de paix et d'amitié, laquelle se pourroit continuer par l'office des ambassadeurs et puis venir à plus expresse déclaration; et, quant au Roy Catholique, elle s'asseuroit qu'il envoyeroit quelcun de sa part devers elle, ainsy que le Sr. d'Assoleville, avant partir d'icy, le luy avoit promiz.
Par ainsi, estantz les choses demeurées en ce suspens et sans conclusion, ceulx qui desiroient la guerre ont heu moyen de pratiquer que les esglizes et concistoires de la novelle religion de ce royaulme ayent requiz et conjuré, au nom de Dieu, la dicte Dame de n'abandonner la cause de sa religion, s'efforceans de monstrer que le prince de Condé avoit justement prins les armes pour la deffance d'icelle, et qu'il y avoit ligue des princes catholiques, lesquelz ne fauldroient de torner leurs entreprinses sur elle et son royaulme, si, de bonne heure, elle n'empeschoit qu'ilz ne demeurassent supérieurs.