Du costé d'Escoce, ne se sçait encores à quoy s'est terminé la conférance de l'Islebourg, du xe d'avril: seulement a esté escript, de Warwic, que les seigneurs s'y estoient trouvez et que envyron trois centz chevaulx escouçoys avoient couru jusques bien prez du dict Warwic, d'où l'on estoit entré en soubspeçon de quelqu'entreprinse sur la place, ou bien qu'ilz venoient enlever la Royne d'Escoce; mais n'y a aparance ny de l'ung ny de l'autre: plus tost fault croire que les dictz Escouçoys sont encores en armes et qu'ilz courent ainsy le pays, ou que l'on estoit venu là contre les bandolliers.

Mesmes qu'il semble que les comtes d'Arguil et d'Athole n'ont consenty à l'accord dernièrement faict entre le duc de Chatellerault et le comte de Mora, entendans que le dict duc avoit esté intimidé par la Royne d'Angleterre, quant il partit naguières de ce pays, qui luy avoit dict qu'elle aprouvoit les actions du susdict comte de Mora et de ses associez, et que si luy, estant en Escoce, ne recognoissoit à Roy le petit prince, qu'il n'espérât jamais avoir support d'elle, ains qu'elle luy nuyroit en tout ce qu'elle pourroit. Dont craignant la ruyne de luy, et de ses enfans, et, estant aussi pratiqué par vaines promesses, avoit condescendu à ce qu'il ne vouloit ny debvoit contre sa Mestresse, dont les aultres ne s'y estoient voulluz soubscripre.

REMONSTRERA A PART A LEURS MAJESTEZ QUE:

Les affères d'Angleterre sont en tel estat que, hors ce qui appartient à l'authorité royalle, tout le reste du manyement est sur le poinct ou d'estre retenu par ceulx de la novelle religion, qui, despuis le commancement de ce règne, l'ont occupé, ou bien d'estre prochainement prins et emporté d'authorité par les catholiques.

Chacun des partiz, sentant la prétention de l'aultre, s'est desjà muny de forces, et y a secrette description d'hommes des deux costés.

Les protestans procèdent plus à descouvert parce qu'ilz uzent de l'authorité de la Royne et ordonnent, au nom d'elle, des aprestz de guerre et armement du pays pour s'en servir à leur besoing, et font cependant grand dilligence de surprendre les catholiques et d'enquérir contre eulx pour les fère déclarer désobéyssans et mettre la mein sur quelcun des principaulx, s'il est possible.

Eulx, au contraire, estantz des plus nobles et des plus puissantz du royaume, se maintiennent en grand réputation envers ceste Royne et en si bonne opinion du peuple qu'on ne leur oze toucher, ny rien demander.

Et de tant que plusieurs choses sont meintennant bien venues pour le desseing des dictz catholiques, sçavoir, la victoire que Monsieur, frère du Roy, a gaignée; l'ordonnance que le duc d'Alve a faicte d'exclusion de commerce d'entre les pays du Roy Catholique et l'Angleterre, et la licence qu'il a donné d'armer en Olande et Zélande contre les Anglois, aussi la nécessité où les dictz Anglois commencent se trouver pour la cherté et augmentacion de prix des marchandises estrangières et grand diminution et faulte de vante des leurs, de quoy ils s'en prennent à ceulx qui gouvernent;

Iceulx seigneurs catholiques ont estimé qu'il estoit heure de proposer, en ce conseil, les moyens qui leur semblent bons et honnestes pour pourvoir aulx désordres que la malle conduicte de ceulx de la novelle religion a produictz; ce qu'ilz ont faict vertueusement et ont miz en avant la réconciliation des princes voysins.

En quoy n'ayantz esté ouys, ilz n'ont layssé pourtant de fère, pour leur acquit, plusieurs remonstrances, à part, à la dicte Dame, et puis se sont retirés, sans comparoistre plus en court ny au conseil, avec grand aprobation du peuple et estonnement des autres.