J'ay suivy à luy dire, Sire, que, sur l'arrivée de son ambassadeur, celluy d'Escoce et les Escoçoys vous estoient venus faire une recharge, comme de coustume, pour l'accomodement de leurz affères, et que Vostre Majesté les avoit priés d'avoir encores ung peu de patience jusques à ce qu'on vît que pourroit réuscyr de la conclusion de ce tretté; et que vous desireriés bien fort que, cependant, pour aulcunes occasions bien considérables, la dicte Dame voulût ordonner quelque relasche à la Royne d'Escoce du resserrement et rigueur qu'elle luy faysoit tenir, et pareillement à son ambassadeur: et qu'elle voulût aussy qu'il se moyennast une suspencion d'armes entre les Escoçoys, pour laquelle, s'il luy playsoit qu'il se fît une dépesche en commun à ceulx des deux partys, je serois prest, à toute heure, de leur escripre au nom de Vostre Majesté.

A ces propos elle m'a soubdain respondu qu'après que vous auriez ouy Mr Smith, elle vouloit bien laysser à Voz Majestez de juger quel trettement la Royne d'Escoce avoit mérité d'elle, et si l'évesque de Roz n'avoit pas déservy le gibet, duquel elle me vouloit dire, tout franchement, qu'il n'en estoit nullement hors de danger; et, quant aux Escouçoys, que milord d'Housdon luy avoit escript qu'ilz estoient en termes de prendre entre eulx une suspencion pour six sepmaines, et que ceulx de Lillebourg persistoient toutjour à requérir ung raysonnable accord: dont elle avoit commandé à deux de ses conseillers de réduyre par chapitres leurs demandes, affin de les mettre en dellibération, et que, puis après, elle feroit tout ce qu'il luy seroit possible pour les leur faire accorder, sans toucher à rien qui peût préjudicier à vostre alliance; mais, Sire, ny elle, ny ceulx de son conseil ne m'ont voulu rien respondre, touchant y faire une dépesche en commun.

J'entendz que l'ung et l'aultre party vont temporisant, et qu'ilz mènent assez doulcement la guerre, et qu'il semble qu'on ayt icy opinyon que le Sr de Vérac a maintenant plus d'intelligence avec ceulx d'Esterlin qu'avec ceulx de Lillebourg. Je suys après à luy faire tenir, en ung chiffre qui est commun entre nous, le contenu de voz lettres que luy adressés, et ce que, d'abondant, m'avez commandé de luy escripre.

Après ce dessus, j'ay faict entendre, mot à mot, à la dicte Dame, en la façon que je mande en la lettre de la Royne, l'advertissement de Monseigneur, duquel n'est pas à croyre combien ceste princesse a monstré qu'elle luy en sçavoit ung merveilleusement bon gré, et qu'elle en sçavoit encore ung bien fort grand à Voz Majestez; et a rapporté tout ce qu'elle a peu de ses meilleures parolles et de ses contenances ensemble pour me faire veoyr qu'elle s'en tenoit infiniement redevable à luy et bien fort obligée à toutz troys, et que c'estoit une obligation de laquelle elle ne perdroit jamais la mémoyre; bien vous suplioit, Sire, puisqu'aviez commancé d'avoir ung si grand soing de son bien, qu'il vous pleût de le continuer, et de croyre qu'elle, de sa part, feroit pour vous, en toutes partz qu'elle pourroit du monde, ung très bon guet sur tout ce qui seroit du salut de vostre personne et de la conservation de vostre grandeur; et que, ne pouvant exprimer la consolation et contantement qu'elle sentoit en son cueur de la concurrence de Voz Majestez avecques Monseigneur sur ung si grand et si charitable office qu'il avoit uzé vers elle, et attandant qu'elle vous en peult monstrer une meilleure recognoissance, elle vous supplioit d'accepter celle d'ung mercys, que cependant elle vous en rend le meilleur et le plus grand qu'il luy est possible de le dyre ny penser.

Je vous puys assurer, Sire, que, quelz moyens que la dicte Dame tiegne de pourvoir maintenant là dessus, qui ne sont petits, elle faict en sorte qu'on ne peut ny souspeçonner ny sentir d'où cella est venu; qui verrés, Sire, ce que j'en mande davantaige par la dicte lettre de la Royne, vostre mère, et par celle de Mon dict Seigneur, ausquelles me remettant; je adjouxteray au surplus, icy, comme le duc de Norfolc a esté, dès hier, mené en jugement devant les payrs, non sans grande creinte de sédition par la ville, quand on l'a conduict à Ouestmester, mais l'on avoit mis beaucoup de gens en armes par toutes les rues, et redoublé les gardes au logis de la Royne, et encores, pour plus de seurté, il a esté mené par eau. J'espère que bientost s'entendra toute la résolution de son faict, qui, je croy, sera de sa ruyne. Sur ce, etc. Ce xviiie jour de janvier 1572.

Tout à ceste heure, l'on me vient de mander que le dict duc est condampné à mourir.

A la Royne.

Madame, l'ordre, que j'ay tenu en l'avertissement que Monseigneur m'a commandé de donner, à la Royne d'Angleterre, a esté que, sans monstrer de luy avoir à dyre rien de plus espécial que de coustume, après quelques discours d'aulcunes aultres choses ordinayres, je luy ay dict que je voulois parler plus bas sur tout ce qui me restoit à luy remonstrer, affin qu'il ne fût entendu que d'elle seule; dont elle a commandé incontinant d'aporter ung tabouret, et m'ayant mené assoyer près d'elle en un coing de sa chambre privée, j'ay suivy mon propos en ces propres termes:

Que Monseigneur avoit, ces jours passés, pryé Voz Majestez Très Chrestiennes de luy permettre qu'il peût donner à la dicte Dame ung advertissement, qu'il avoit naguyères heu de bon lieu, d'ung certein faict qui touchoit grandement la personne d'elle; et qu'il se sentoit avoyr tant d'obligation à la bonne opinyon qu'elle avoit heu de luy, pour l'honneur qu'elle luy avoit faict de le vouloyr espouser, qu'il ne seroit jour de sa vye qu'il ne se mict en tous les debvoirs qu'il pourroit pour le recognoistre, encores qu'il y courust l'empeschement de sa fortune et le dangier de sa propre vye, et qu'ilz ne le verroient jamais estre bien à son ayse qu'il n'eust accomply ce bon office vers elle.

Sur quoy Voz Majestez, ayant considéré que la requeste de ce prince, vostre filz et frère, procédoit de la générosité de son cueur, et d'une honneste affection de se vouloir monstrer non ingrat des obligations qu'il avoit à une si grande et si vertueuse princesse, après en avoir entendu la particullarité, non seulement aviez trouvé bon de luy permettre d'en uzer comme il l'auroit en desir, mais l'aviez conforté et conseillé de le faire; en quoy elle pouvoit comprendre combien vous concouriés tous troys, voyre le quatriesme qui n'en estoit nullement séparé, à vouloir sa conservation et son bien; et seulement Voz Majestez avoient prescript et enjoinct à Mon dict Seigneur que nul aultre, sinon elle seule, peût sçavoir que l'advertissement vînt de luy, ny que le Roy et Vous, Madame, luy eussiés conseillé de le luy mander, et que Voz Majestez me conjuroient, en la foy et obéyssance de loyal subject et serviteur, et sur ma vye, de le luy dire à elle seule tant en secrect, et de faire qu'il fust tenu si secrect à tous aultres, que je la supplioys très humblement ne trouver mauvais que je prinse sa parolle et sa promesse, et mesmes son sèrement, en foy de princesse royalle, chrestienne, pleyne d'honneur et de vérité, qu'elle ne diroit jamais à nulle personne du monde qu'elle eust heu les advis de Mon dict Seigneur, ny par ordre de Voz Majestez, ny que moy, vostre ambassadeur, luy en eusse parlé; car cella ne luy serviroit de rien, et pourroit, en plusieurs sortes, nuyre et estre de grand préjudice aulx deulx frères, et encores à vous, qui estes la mère.