La dicte Dame, avec une merveilleuse attention et avec ung incroyable desir de sçavoir que c'estoit, m'a incontinant promis qu'elle ne le révelleroit à créature vivante, ny n'en communicqueroit rien, ny près ny loing, à nulz de ses plus inthimes conseillers; et me l'ayant ainsy, avec les deux mains ellevées, et puis, avec la droicte sur l'estomac, confirmé par serment, j'ay suivy à luy dire que je luy monstrerois la propre lettre de Mon dict Seigneur, affin qu'elle mesmes vît tout ce qu'il m'en mandoit, et aynsy je la luy ay leue fort distinctement; qui n'a esté sans qu'en son visage n'ayt aparu de l'émotion et du changement, non tant pour l'indignation du mal qu'elle oyoit estre préparé contre elle, que pour le contantement et plésir qu'elle sentoit en son cueur de ce bon office de Mon dict Seigneur, et de ce que Voz Majestez le luy aprovoient. Et sur cella, Madame, vous verrez en la lettre du Roy, et encore en celle de Mon dict Seigneur, les honnestes responces qu'elle m'a faictes, et que c'est, à ce coup, que vous l'avez tenue et réputée à bon esciant pour propre fille, et qu'elle vous a expérimentée pour sa très bonne mère, et que pour telle vous recognoistra elle et vous honnorera à jamais, et aura sa vye en plus d'estime pour la sentyr chérye et bien voulue de telz princes.

Il semble, Madame, que cest office, lequel ne peust estre jugé que très honneste, et royal, et bien fort humein, aura proprement produict l'effect que desirez, principallement pour Mon dict Seigneur, et puys pour Voz Majestez, et pour le bien de voz affères; car ayant la dicte Dame desiré de voyr une segonde foys la dicte lettre, et la luy ayant baillée à lyre, elle a monstré, par toutes ses contenances et par toutes ses parolles, d'en avoyr ung si grand contentement que je ne puys dire, Madame, sinon qu'elle se tient la plus redevable princesse de la terre à luy et très obligée à tous troys: seulement elle s'est ung peu arrestée au premier article de la dicte lettre, et m'a dict qu'il sembloit que Mon dict Seigneur n'espérât plus au mariage, et qu'il le tînt pour tout rompu.

Je luy ay dict qu'elle sçavoit bien auquel il avoit tenu, mais que tant plus debvoit elle réputer, à ceste heure, l'affection de Mon dict Seigneur avoir esté toutjour très honnorable et très honneste, et vuyde de toute aultre sorte d'ambition que celle de ses bonnes grâces. Elle m'a, de rechef, demandé si, à la dathe de mes lettres, Mr Smith avoit desjà esté ouy, et luy ayant respondu que j'estimois que non, elle n'a plus suyvy le propos. Sur lequel il me reste, Madame, de supplyer très humblement Vostre Majesté de croyre, et de demeurer très fermement persuadée que, depuis le partement de Mr de Foix, je ne me suis advancé de parler icy ung tout seul mot en ceste matière, sinon ainsy que le Roy, ou Vous, ou Mon dict Seigneur, me l'avez escript, qui est en substance qu'ayant Voz Majestez veu les articles elles n'avoient voulu assoyer aulcun certein jugement sur iceulx, attandant le personnage d'honneur de ce conseil que la dicte Dame vous voudroit envoyer, et rien davantage; qui est bien loin de ce qu'on vous a rapporté, et encores plus esloigné de la présomption que j'aurois uzée trop grande, si j'avois passé plus avant, qui espère n'en uzeray jamais de semblable. Sur ce, etc.

Ce xviiie jour de janvier 1572.

CCXXXIe DÉPESCHE

—du xxve jour de janvier 1572.—

(Envoyée jusques à la court par Jacques, le chevaulcheur.)

Détails circonstanciés sur la condamnation du duc de Norfolk.—Déclaration faite par le duc après la lecture de la sentence.—État de la négociation avec l'Espagne.—Audience.—Réponse du roi sur l'article de la religion, concernant le mariage du duc d'Anjou; rupture de cette négociation.—Communication secrète faite à Burleigh de la proposition du mariage du duc d'Alençon avec Élisabeth.

Au Roy.

Sire, ainsy que je vous ay mandé, par mes précédentes du xviiie du présent, le duc de Norfolc a esté condempné à mourir, ayant néantmoins si bien respondu à tout ce qu'on luy imputoit, d'entre la Royne d'Escoce et luy, que l'accusation en a esté trouvée assez légère, ny l'on ne luy a touché ung seul mot des deux mil escuz, que j'avois baillé à son secrettaire; mais il ne s'est peu bien desmeler des pratiques qu'on luy a allégué que Ridolfy avoit menées, entre le duc d'Alve et luy, pour impétrer de l'argent du Pape, et des forces du Roy d'Espaigne, affin de faire une descente en Norfolc en faveur de la susdicte Royne d'Escoce. Il est vray qu'il a fermement soubstenu qu'il n'en avoit jamais rien sceu, et que les lettres du Pape et du duc d'Alve, lesquelles l'on luy a produittes, ne l'en pouvoient aulcunement arguer. Tant y a que, sur la déposition de ses deux secrettaires et de l'évesque de Roz, le jugement de rigueur s'en est ensuyvy, lequel, après luy avoir esté prononcé par le comte de Cherosbery, avec l'estonnement d'un chacun, et avec le regret infiny des meilleurs, et généralement de tout le peuple, il a, d'ung visage bien serein et constant, respondu tout haut:—«Que, devant Dieu et en sa conscience, il demeuroit très justiffié de tout ce qu'on luy mettoit sus, et qu'il estoit très fidelle et aultant loyal subject de la Royne, sa Mestresse, et de sa couronne, que nul gentilhomme du monde le pouvoit estre; mais, puisque les hommes l'opinoient autrement, et le jetoient hors de leur compagnie, qu'il n'y avoit plus de regret, s'asseurant que Dieu le recepvroit en la sienne pour y estre à repos; seulement pryoit les juges, ses payrs, d'intercéder vers la Royne pour ses enfans, et pour la récompense de ceulx qui l'avoient servy, et pour le payement de ses debtes.» Et ainsy a esté ramené en la Tour, où l'on parle que l'exécution s'en fera vendredy prochein. Et, quant à ses biens, j'entendz que les meubles sont confisqués, et que les immeubles restent au comte de Seurey, son filz, qui demeure encores le plus riche seigneur d'Angleterre.