A quoy la dicte Dame, à ce que j'entendz, a respondu qu'elle n'avoit jamais, sur simples parolles ny sur rapportz, receu aulcune male impression du Roy, son Mestre, jusques à ce qu'elle en avoit senty les effectz par le favorable recueilh qu'il avoit faict avoir en Flandres à ses rebelles, et le crédict qu'il avoit donné à Estuqueley; et que, nonobstant cella, elle avoit toujour persévéré en sa bonne intention vers luy, et avoit faict, et feroit encores, son debvoir contre les pirates, de les chasser de ses portz; et mesmes, l'ayant le prince d'Orange faicte requérir de déclarer que les prinses, que les siens feroient en mer sur les subjectz du Roy d'Espaigne, fussent tenues pour bonnes en ce royaulme, comme de prince aussy souverain ez terres qu'il a en Allemaigne, comme le Roy d'Espaigne l'est ez Pays Bas, elle ne l'avoit voulu faire, dont ne se trouveroit qu'elle heût de rien manqué, ny qu'elle fût pour manquer du debvoir d'amityé vers le dict Roy, son Mestre, s'il ne tenoit à luy; et, quand aux particullarités de la lettre du duc d'Alve, et certains aultres articles qu'il luy présentoit de nouveau, qu'elle feroit voyr le tout à ceulx de son conseil pour luy en faire avoir, du premier jour, la responce.
Là dessus, Sire, la dicte Dame a faict mettre en liberté le mestre d'ostel de l'ambassadeur, lequel s'attend de porter la dicte responce au dict duc d'Alve; et a envoyé à Douvre intimer nouvelles deffences aux gens du prince d'Orange. Néantmoins l'on commancera, dans deux ou troys jours, à vendre les marchandises, et desjà sont arrivés aulcuns Hespagnols et Flammans pour les retenir pour le pris, nonobstant la deffence, que le duc d'Alve a faicte en général à tous les subjectz du Roy, son Mestre, de n'y employer nulz deniers; mais l'on estime que ceulx cy ne sont venus sans secrette permission du dict duc.
Avec le dict affaire des prinses ceste princesse en a heu à proposer ung aultre, à ceulx de son conseil, du rapport que sir Raf Sadeller luy a faict de la Royne d'Escoce, à son retour de la garder; qui, à ce que j'entendz, a parlé assez honnorablement de sa constance, de sa pacience et de ses aultres vertus; de sorte que la dicte Dame a dict que cella estoit de divin, en la parolle et en la présance de la dicte Royne d'Escoce, que l'ung et l'aultre contreignoit ses propres ennemys de dire bien d'elle. Mais il a parlé aussy de la grandeur de cueur qu'il a cognu en elle, et de la ferme espérance, en quoy elle persévère toutjour, de la succession de ceste couronne, au cas que la Royne sa cousine n'ayt point d'enfans, nonobstant les troubles qu'on luy faict: de quoy ceulx qui luy sont adversayres ont esté bien fort esmeus, et cella a cuydé advancer les jours au duc de Norfolc affin d'afoyblir d'aultant son party, ayant la dicte Dame expédié ung nouveau mandement, mardy dernier, pour le faire exécuter le mècredy matin; mais meue, encore ceste foys, de repentance, elle a contremandé, sur les deux heures devant jour, qu'on supercédât. Et sur ce, etc.
Ce xxixe jour de febvrier 1572.
CCXXXIXe DÉPESCHE
—du viiie jour de mars 1572.—
(Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Beauvergier.)
Arrivée de Mr Du Croc à Londres.—Audience.—Refus d'Élisabeth de permettre à la reine d'Écosse de se réfugier en France, et à Mr Du Croc de se rendre auprès d'elle.—Communication d'une lettre écrite par Marie Stuart au duc d'Albe, et qui a été interceptée.—Irritation de la reine d'Angleterre contre Marie Stuart.—Espoir de l'ambassadeur qu'il sera permis à Mr Du Croc de passer en Écosse.—Lettre secrète à la reine-mère. Négociation du mariage du duc d'Alençon.—Éloignement d'Élisabeth pour ce mariage.
Au Roy.
Sire, le premier jour de mars, Mr Du Croc est arrivé en ce lieu, et le lendemain, nous avons envoyé demander audience, laquelle nous a esté octroyée pour le quatriesme ensuyyant, et despuis a esté prolongée au ve; auquel il a, avec les lettres de Voz Majestez et de Monseigneur, présenté les recommandations de tous troys, et encores celles de la Royne Très Chrestienne et de Monseigneur le Duc, à la Royne d'Angleterre, et luy a, par ung bon ordre, et en très bonne façon, faict sagement entendre l'occasion de sa dépesche, avec toutes les particullarités que luy avez commandé de luy dire, sellon qu'il les a par son instruction.