—du xviiie jour de mars 1572.—
(Envoyée exprès jusques à la court par mon secrettaire Joz.)
Rupture du traité préparé en Écosse par Élisabeth.—Plaintes contre les secours arrivés de France en Écosse.—Saisie des papiers de lord Seton.—Mission de Mr Du Croc.—Discussion entre les seigneurs du conseil Mr Du Croc et l'ambassadeur.—Déclaration du conseil que le passeport pour l'Écosse ne peut pas être accordé à Mr Du Croc, et que la reine préfère avoir la guerre avec la France et l'Espagne que de rendre la liberté à Marie Stuart.—Retour de Quillegrey.—Changement que produit son rapport dans les délibérations du conseil.—Lettre secrète à la reine-mère. Négociation du mariage du duc d'Alençon entre l'ambassadeur, Quillegrey, Burleigh et Leicester.—Mémoire général, Affaires d'Écosse.—Nécessité de procéder sur-le-champ en France à un traité avec l'Angleterre pour la pacification de l'Écosse.—Conditions sur lesquelles ce traité doit être établi.—Négociation des Pays-Bas.
Au Roy.
Sire, ainsy que Mr Du Croc et moy nous attendions qu'il deût avoir son passeport, selon que la Royne d'Angleterre nous avoit faict espérer qu'aussytost qu'elle auroit receu des nouvelles d'Escoce elle le luy bailleroit, et milord de Burgley le nous avoit ainsy confirmé et promis, elle nous a faict appeller, samedy dernier, en son conseil, où, par les comte de Sussex, l'admiral Clinthon, milord Chamberland et le dict de Burgley, elle nous a faict dire que le mareschal Drury et mestre Randol, au lieu de luy escripre des nouvelles de dellà, ilz estoient eulx mesmes venus luy signiffier comme, par leur dilligence, ayant les Escoçoys esté conduictz bien avant en ung bon accord, et les condicions menées si près de la conclusion qu'il n'y restoit plus que d'en passer et signer les articles, sellon que ceulx des deux partys en avoient souvant donné la parolle et leur promesse par escript à la dicte Dame, milord de Sethon estoit lors arrivé, lequel avoit incontinent faict changer de volonté à ceulx de Lislebourg, et leur avoit tant faict rehaulser leurs demandes que les dicts Drury et Randol avoient esté contreinctz de les laysser là en leur trouble, et de s'en retourner; dont aussytost qu'ilz avoient esté icy, la dicte Dame avoit faict mettre la matière en dellibération de conseil devant elle, auquel ayant esté considéré qu'il n'y avoit pas longtemps que le dict de Sethon estoit party de France, et que luy, du costé de Flandres, avec l'assistance du duc d'Alve, et milord de Flemy, du costé de Bretaigne, avec l'assistance, non de Vostre Majesté, car s'assuroient de la parolle que leur aviez donnée, mais avec celle de quelques aultres qui ont beaucoup d'authorité en vostre royaulme, passoient en ung mesmes temps en Escoce, et le dict Flemy y menoit, contre vostre deffence, ung bon nombre de soldatz en habits de mariniers, ainsy que leurs marchandz qui venoient de Bretaigne les en assuroient; considéré aussy que, par des lettres et des alfabetz, chiffres, mémoires, et encores par d'aultres choses d'importance, qui avoient esté surprinses dans le vaysseau du dict de Sethon, lequel, par temps contraire, avoit abordé en Suffolc, et luy s'estoit conduict, en marchand, jusques à Lislebourg, il se découvroit des menées qui monstroient clèrement que l'entreprinse n'alloit plus à remettre la Royne d'Escoce en sa couronne, mais à l'establir royne en ces deux royaulmes, et priver leur vraye royne et de vye et d'estat; sellon que le dict duc avoit desjà advancé dix mil escus contantz au dict de Sethon, et aultres dix mille à leurs rebelles, et avoit avec eulx, tant sur les lettres de la dicte Royne d'Escoce que avec icelluy de Sethon, comme ambassadeur d'elle, capitulé de l'exécution de la dicte entreprinse et de réduire toute ceste isle à la religion catholicque, ensemble d'avoir le Prince d'Escoce entre ses mains, et de soubmettre ces deux couronnes à la protection de celle d'Espaigne, en quoy l'armée qui est ordonnée pour le passage du duc de Medina Celli y debvoit estre employée; la dicte Dame avoit résolu, en son dict conseil, de ne passer plus oultre en rien qui fût de l'Escoce qu'elle ne vous heût informé, Sire, de tout ce dessus, et encores de quelque aultre particullarité qui espéciallement concernoit Vostre Majesté, tout ainsy que naguyères vous l'en aviez faict advertyr d'ung aultre, qui concernoit sa propre personne, de sorte qu'elle espéroit que vous demeureriés très bien satisfaict d'elle; et qu'elle layssoit au choys de Mr Du Croc ou de vous aller cependant retrouver, ou bien d'attendre icy vostre responce, et qu'ilz ne vouloient dissimuler que ce, que le dict Sr Du Croc avoit demandé, de voyr en passant la Royne d'Escoce, et l'instance, qu'ilz voyoient que Vostre Majesté faysoit, de la mettre en liberté, ne leur heût engendré quelque souspeçon; dont nous prioient ne trouver mauvais si, en ung cas si important comme cestuy cy, où il alloit de la vye de leur princesse, de la conservation de l'estat, et de garder la subversion de leur pays, ilz vouloient, estant conseillers, y procéder avec grande caution.
Mr Du Croc, ainsy prudemment comme est sa coustume, et avec une protestation, qu'il a confirmée par sèrement, de la sincérité de vostre bonne intention sur toutes les particullarités de sa commission, et qu'il n'y avoit rien de plus que ce qu'il avoit dict à la Royne, leur Mestresse, leur a remonstré qu'ilz ne debvoient prendre aulcune deffiance de son voyage, et moins le retarder; et qu'il les prioit, suivant ce qui en avoit esté convenu avec leurs ambassadeurs, qu'ilz le luy voulussent laysser acomplir. De ma part aussy, je ne pense avoir rien obmis, Sire, de ce qui a peu assurer iceulx seigneurs de tous les doubtes qu'ilz ont en leur esprit, et de leur monstrer par les mesmes accidens, qu'ilz nous allèguent, que ce voyage est non seulement fort expédiant pour l'Escoce, mais encores très nécessaire pour la France et pour l'Angleterre.
Tant y a qu'après qu'ilz nous ont heu, de rechef, amplement remonstré les grandz dangers et les périls qui leur estoient trop imminentz par le pourchas de la Royne d'Escoce, et que, lorsqu'ilz avoient pensé qu'elle s'en deût abstenir, c'estoit lorsqu'elle les en pressoit davantaige, ilz ne pouvoient conseiller nullement leur Mestresse qu'elle changeât, pour ceste fois, d'opinion; et nous vouloient bien dire librement qu'encor qu'ilz eussent toutjour loué à la dicte Dame de maintenir la paix avec tous les aultres princes, ses voysins, ilz luy conseilloient néantmoins de prendre plustost la guerre avec Vostre Majesté et avec le Roy d'Espaigne, tout ensemble, que de mettre la Royne d'Escoce en liberté.
Sur laquelle, leur tant opiniastre dellibération, Mr Du Croc et moy avons advisé de vous dépescher en dilligence ce mien secrettaire, affin que sçachés encores mieulx par luy les particullarités de ce dessus, et encores d'aultres que je luy ay données en charge, et que, par semblable dilligence, de luy mesmes, il vous playse nous faire entendre promptement vostre intention. Sur ce, etc.
Ce xviiie jour de mars 1572.