Par postille à la lettre précédente.
Comme je voulois fermer la présente, milord de Burgley m'a mandé que sa Mestresse et ceulx de son conseil avoient mieulx considéré noz raysons, et qu'après que vous auriés entendues les leurs, la dicte Dame dellibéroit de se remettre de cest affaire d'Escoce, en tout et par tout, à ce que vous vouldriés; et, là dessus, le Sr de Quillegrey est arrivé, lequel, à ce que j'entendz, a faict ung fort honnorable rapport, en toutes choses, de Vostre Majesté, de la Royne, vostre mère, et de tout ce qui est de vostre couronne, et a grandement loué la sincérité de voz intentions, et celle de voz actions, vers sa Mestresse et vers son royaulme, ensemble vostre libéralité vers luy, et vostre faveur et bon trectement vers les aultres ambassadeurs d'elle. Et luy mesmes nous est venu visiter, nous monstrer le présent, et nous donner espérance que Mr Du Croc obtiendroit sa permission de passer. Sur laquelle aparance de modération le dict Sr Du Croc a demandé à parler aux seigneurs de ce conseil, auxquelz il n'a rien obmis de ce qui les pouvoit induyre pour luy laysser continuer son voyage, mais enfin ilz luy ont dict que, s'il ne monstroit que par son pouvoir fût expressément porté de procurer l'accord des Escoçoys à la conservation de la Royne d'Angleterre et repos de son royaulme, chose qu'ilz estimoient ne pouvoir estre, sinon que tout le pays fût réduict à l'obéyssance du jeune Roy, qu'ilz persévéroient de vouloir faire entendre leurs raysons à Vostre Majesté, premier que de luy octroyer son passeport. Et m'a, d'abondant, le dict de Burgley mandé que sa dicte Mestresse estoit preste de respondre à ses ambassadeurs sur ce peu qui restoit encores de différand au trecté, sans m'expéciffier que c'estoit, et qu'elle seroit bien ayse de sçavoir si j'avois à luy en faire entendre quelque chose. Je luy ay respondu que j'atandois, d'heure en heure, quelque dépesche de Vostre Majesté, et qu'incontinent que je l'aurois receue, je l'yrois trouver.—Escript le xxe de mars 1572.
A la Royne.
Madame, aux précédents inconvénients, qui sont survenus à la Royne d'Escoce, cestuy cy, à ceste heure, ne luy est succédé petit, que milord de Sethon, voulant repasser de Flandres en Escoce, ayt esté jetté par tourmante en la coste de Suffolc, où, ayant prins le hazard de descendre et de se conduyre par terre en habit déguysé jusques à Lislebourg, il a pensé que son vaysseau, au premier bon vent, pourroit bien faire voyle, et se conduyre aussi à Abredin, ou en quelque aultre port de dellà; dont a layssé dedans ung sien page, avec ses papiers et chiffres, qui, bientost après, ont esté saysis par les officiers du lieu, qui sont allés recognoistre le dict vaysseau; lesquelz ont aussy arresté les hommes, les monitions, les armes et aultres provisions, qui y estoient, et ont apporté les dicts papiers en ceste cour, par lesquelz semble que les affères de ceste pouvre princesse et sa personne soient réduictz en plus grand danger que jamais. Dont, sur ce que la Royne d'Angleterre escript maintenant à ses ambassadeurs de remonstrer à Voz Majestez Très Chrestiennes, il est bien besoing, Madame, qu'il vous playse leur y faire des responces si mesurées que, n'aprouvant rien de ces menées de Flandres et mesmes de n'en estre moins offancés que la Royne d'Angleterre, vous ne monstriés pourtant de pouvoir trouver bon qu'on se preigne icy à la personne de la dicte Royne d'Escoce, ny qu'on dresse armée pour courre sus à ceulx de Lislebourg; et incister que le Roy, comme allyé principal de ceste princesse et des siens, doibve toujour estre appellé en tout ce qui s'entreprandra de ce costé là; et remonstrer que le voyage de Mr Du Croc, avec ung aultre depputé de la Royne d'Angleterre, est plus nécessaire que jamais, par dellà, tant pour interrompre ces praticques de Flandres que pour establir ung bon accord entre les Escouçoys; lesquelz ne fauldront d'y condescendre, de tous les deux partys, s'ilz voyent que le Roy y concourre. Le dict Sr Du Croc attendra icy ce qu'il plerra à Voz Majestez luy en mander par ce mien secrettère, qui s'en retournera en dilligence; et si, d'avanture, Madame, il faut qu'il repasse dellà pour prendre le chemin de la mer, il estime qu'il sera très oportun qu'il face une course devers Voz Majestez pour prendre nouvelles et plus certaines instructions sur tout ce qu'il aura à faire pour ces nouveaulx cas survenus; en quoy n'interviendra guyères que le retardement d'ung quinze jours. Sur ce, etc. Ce xviiie jour de mars 1572.
A la Royne.
(Lettre à part.)
Madame, depuis bien peu d'heures, le Sr de Quillegrey m'est venu trouver; lequel m'a dict que la Royne, sa Mestresse, reste merveilleusement bien satisfaicte et infiniement contante dans son cueur des honnorables propos qu'il a heu à luy tenir de la part de Voz Majestez Très Chrestiennes; et qu'encor qu'à ce premier coup, il ne luy ayt ouvertement, ny en termes exprès parlé du faict de Monseigneur le Duc, il pense néantmoins avoir si bien disposé la matière, qu'il ozera bien, la segonde foys qu'il parlera à elle, la luy proposer fort franchement; et s'esforcera de vous bien servir en cest endroict avec la sincérité qu'il vous a promise, et de me raporter, jour par jour, tout ce qui y succèdera à la vraye vérité, affin que je la vous puisse ordinairement mander; se sentant si abstreinct à ce debvoir, non seulement par l'obligation des faveurs et libéralités qu'il a receues bien grandes de Voz Majestez, mais encores pour le bien de la Royne, sa Mestresse, et de cest aultre encores pour une particullière affection qu'il a à la France, qu'il n'espargnera sa propre vye pour l'advancement du propos, et s'oposera, aultant qu'il luy sera possible, à ceulx qui sont cognus et remarqués icy pour Hespagnols, qui se préparent desjà de l'interrompre.
Je luy ay très grandement gratiffié ceste sienne bonne et vertueuse volonté, avec assurance qu'elle luy sera très abondantment recognue, et l'ay prié de se vouloir monstrer si dilligent et discret à l'effect que la chose ne puisse aller ny en longueur ny à la cognoissance de beaucoup de gens, jusques à ce qu'elle soit plus advancée. Despuis, j'ay envoyé devers milord de Burgley luy demander si, sur la venue de son beau frère, j'avois à faire entendre quelque chose à Vostre Majesté touchant ce qui estoit entre luy et moy; à quoi il m'a mandé qu'il failloit tirer ceste responce d'ung grand oracle, dont estoit besoing d'en parler au mesmes Apollo, et qu'il y falloit ung peu de temps. Le comte de Lestre, à qui le dict Sr de Quillegrey a communiqué le tout, et luy en avoit auparavant escript de Bloys, en hors, m'a envoyé signiffier aulcunes choses en général de sa singullière et très dévote affection vers Vos Très Chrestiennes Majestez et comme il est tout résolu de faire le voyage vers elles, me priant que j'en vueille continuer le propos à la Royne, sa Mestresse, la première foys que je l'yray trouver, en la bonne sorte que je l'ay desjà commancé.
J'espère, Madame, que, par mes premières, je vous pourray mander quelque chose de plus de fondement en cecy, sellon que je mettray aultant de dilligence, qu'il me sera possible, que n'en demeuriés longtemps en suspendz. Et sur ce, etc. Ce xviiie jour de mars 1572.
OULTRE LE CONTENU DES LETTRES,
Joz aura à dire à Leurs Majestez: