Que considéré les véhémentz propos, que ceulx de ce conseil ont tenu sur les lettres, mémoires et chiffres, qui ont nouvellement esté surprinses dans le navyre de milord de Sethon, et le regrect qu'on voit qu'ilz ont de n'avoir peu composer à leur mode les choses d'Escoce, il est très aparant qu'ilz se vuellent résouldre de favoriser et fortiffier ceulx du Petit Lith, et opprimer, autant qu'ilz pourront, ceulx de Lislebourg; lesquelz estantz à la protection du Roy, il ne peut estre à l'honneur de Sa Majesté de les habandonner, dont est danger qu'il ne s'en ensuive troys inconvéniantz tout à la foys: l'ung, de la continuation des troubles en Escoce, plus que jamais; l'aultre, d'une malle intelligence entre la France et l'Angleterre; et le tiers, d'ung grand péril pour la personne de la Royne d'Escoce; et, possible, un quatriesme, de s'embrouiller avecques le Roy d'Espaigne.

Pour à quoy obvier semble qu'il sera bon que le Roy, incontinant qu'il aura receu les présentes, face tretter à plein fons avec les ambassadeurs d'Angleterre de tout le faict d'Escoce, et leur incister que Mr Du Croc puisse parachever son voyage au dict pays, continuant son chemin par ce royaulme, sans faire ce tort au Roy de le contreindre de s'en retourner, et d'aller prendre son passage par ailleurs;

Et que mesmes, entre messieurs les depputez du Roy et les dicts ambassadeurs, soit convenu de la forme d'accord qu'ilz estimeront estre meilleur entre les Escoçoys; dont semble que celle là grèvera moins à iceulx Escoçoys et sera moins contradicte des Anglois, en laquelle sera ordonné, tant d'ung costé que d'aultre, ung certein nombre esgal de la noblesse au gouvernement du pays pour administrer toutes choses de l'estat, attandant le retour de leur Royne ou la majorité de son filz, sans faire mencion que ce fût ny soubz l'authorité d'elle, ny soubz l'authorité de luy, et mesmes ne nommer ny l'ung ny l'aultre, s'il est besoing; et qu'ung chacun soit remis en ses biens, honneurs et estatz, et les armes posées partout; et que, par ung commun consentement du Roy et de la Royne d'Angleterre, le dict Sr Du Croc, avec ung aultre, de la part d'elle, soyent envoyés sur les lieux pour notiffier le dict accord aux deux partys, et les contreindre de l'accepter, comprenant, par ce moyen, les ungs et les aultres avecques l'estat dans le trecté, avec expécialle confirmation aussi de l'allience de France.

Et par mesme moyen soit capitulé, avec les dicts ambassadeurs d'Angleterre, qu'attandant que les deux Roynes se puissent accorder de leurs différendz, il soit pourveu à celle d'Escoce de quelque plus gracieux trectement et plus ample liberté qu'elle n'a de présent, et de luy rendre ses serviteurs, et luy permettre ung ambassadeur en ceste cour pour solliciter ses affères, le tout à ses despens; en ce toutesfois qu'elle promettra de ne s'en aller de ce royaulme sans congé, ny d'innover rien en icelluy au préjudice de sa cousine, et de bailler, s'il est besoing, ostaiges et bonnes cautions de cella; et que ces choses soient accordées hors du traicté, si ne peuvent estre comprinses dans le traicté.

Je suis bien seurement adverty que, à l'occasion des papiers qu'on a surprins au Sr de Sethon, et de ce qu'on a raporté icy que milord de Flemy embarque des soldatz à St Malo, en habits de mariniers, et aussi entandant l'apprest de Mr de La Garde, l'on a ordonné en ce conseil d'armer promptement ung bon nombre de navires; et que, du premier jour, l'on en mettra troys des plus grandz dehors: en quoy, j'ay desjà envoyé sur les lieux recognoistre tout ce qui s'y fera, et, jour par jour, j'en donray adviz à Leurs Majestez.

Et cepandant, ayant soubz mein donné entendre, que l'apprest de Mr de La Garde n'estoit aulcunement contre chose qui appartînt à ce royaulme, ains plustost pour aller faire une descouverte en terres neufves; ung gentilhomme de bonne qualité, anglois, m'est venu remonstrer que, s'estant desjà proposé, avec le congé de sa Mestresse, de servir, à ses despens, le Roy en la première guerre qu'il aura contre quelque aultre prince que ce soyt, avec trente navyres, desquelz les vingt seront bons pour le combat, et les dix aultres fort propres pour courre la mer, avec moyen de mettre en terre deux mille hommes de guerre qu'il mènera, oultre le nombre ordinayre qu'il fault à la garde et conduicte de ses navyres, qu'il desireroit bien, à ceste heure, attandant le temps, d'accompaigner avec ung bon équipage de mer le dict Sr de La Garde et suyvre et obéyr à l'admiral de la flote, soubz les enseignes de France, en luy faisant part des gains de la mer comme à ung des aultres qui le suyvront; me priant fort instamment d'en vouloyr escripre au Roy, et luy en faire avoir promptement la responce.

Encor que, d'ung costé, la Royne d'Angleterre monstre d'estre fort offancée contre le duc d'Alve, elle ne laysse pourtant d'entendre, d'aultre part, aulx partis et expédians qu'il luy faict offrir pour accommoder les différendz des deniers, après celluy des marchandises; et, de faict, le Sr Acerbo Velutelly, en lieu du Sr Fiesque, lequel n'est plus agréable icy, en mène maintenant la praticque, et y a desjà procédé par plusieurs jours avec le comte de Lestre et milord de Burgley, au nom seulement des particulliers; mais je sçay que ce n'est sans en avoir charge et lettre expresse du dict duc d'Alve; et croy qu'on n'est, à présent, guyères loing d'accord; mais j'estime que c'est en layssant encores, pour quelque temps, les dicts deniers ez meins de ceste princesse, avec assurance du payement du principal, et encores de quelques petitz intérestz, au cas qu'elle les retienne plus longtemps qu'il ne sera convenu; ce que je mettray peyne d'entendre plus en particullier. Et cepandant, quant aus dictes marchandises, l'on procède toutjour de les vendre, ainsy que porte la proclamation, et a l'on pensé d'uzer encores de plus grande rigueur vers les subjectz du Roy d'Espaigne, si ceste vente ne suffit pour rembourcer les Angloys.

Le marquis de Vuinchester, grand trézorier d'Angleterre, est décédé despuys six jours, et le comte de Sussex et milord de Burgley sont, à ceste heure, les deux compéditeurs qui aspirent à l'estat.

Discourra à Leurs Majestez ce qui a succédé des affères du duc de Norfolc; la clémence dont la Royne d'Angleterre a uzé, par deux foys, sur le mandement de son exécution; les différendz qui se sont sussités en cour entre les principaulx seigneurs et entre les dames à cause de cella; comme l'on a apposté des prescheurs pour inciter la Royne et le conseil contre luy; et en quoy en sont à présent les choses.

De trois petites particullarités, du dict duc, de Morguen et de Maden.