Ce xxviie jour d'apvril 1572.
CCXLIXe DÉPESCHE
—du iiiie jour de may 1572.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)
Départ de Mr Du Croc pour l'Écosse.—Nouvelle rupture de la négociation des Pays-Bas.—Détails sur la négociation tentée en Écosse par les Anglais.—Conclusion du traité d'alliance.—Réjouissances faites à Londres.
Au Roy.
Sire, en ung mesmes temps sont partys d'icy le Sr de Sueneguen et Mr Du Croc, l'ung pour se retirer en Flandres, et l'aultre pour continuer son voyage en Escoce, qui n'a esté sans que aulcuns ayent assez ouvertement faict leur effort pour changer cet ordre, à ce que le flamment demeurât et que le françoys fût envoyé prendre son chemin par ailleurs; mais enfin, grâces à Dieu, j'ay obtenu ce qui concernoit Vostre Majesté, en cédant ung peu à l'opinyon de ceste princesse.
Et voycy comme est advenu au dict Sr de Sueneguen qu'ayant baillé troys articles par escript à la dicte Dame: l'ung, de chasser à bon escient les pirates, affin de faire cesser les désordres de la mer; l'aultre, de vouloir bien recepvoir les navyres et marchandises des subjectz du Roy, son Mestre, ez portz d'Angleterre, et les y laysser entrer et sortyr librement, sans leur y mettre nul arrest, offrant le semblable pour les navyres et marchandyses des Angloys en Hespagne et Flandres; et le troysiesme, de remettre le commerce entre leurs pays et subjectz, avec la continuation de l'entrecours, ainsy qu'il estoit auparavant; et a adjouxté qu'il pleût à la dicte Dame de dire ouvertement ouy ou non sur ce dessus:—Elle luy a faict respondre qu'elle avoit pourveu en si bonne sorte à déchasser les pirates, et faire qu'ilz n'eussent aulcune retraicte ny support en ce royaulme, que c'estoit maintenant à son dict Maistre de les poursuyvre ailleurs, si bon luy sembloit, pour assurer la navigation de ses subjectz; qu'elle étoit contente que, pour deux mois, ses ports fussent libres à iceulx subjectz, en accordant par luy une semblable liberté de ses portz aux Angloys, et que, ce pendant, ambassadeurs pourroyent estre mutuellement envoyés, de l'ung à l'aultre prince, pour vuyder leurz différendz; que, touchant l'entrecours, il seroit lors advisé comme le continuer, sellon qu'elle le vouloit de bon cueur, et n'avoit jamais donné occasion de l'interrompre.—Sur lesquelles responces ayant icelluy de Sueneguen demandé à parler à la dicte Dame, elle a faict semblant de n'avoir trouvé bon qu'il l'eût ainsy sommée de dire ouy ou non; et comme si en cella il n'eust assez révéremment uzé en son endroict, elle s'est une foys excusée de ne le vouloir plus admettre en sa présence, mais enfin elle l'y a admis. Et il luy a remonstré que c'estoit bien peu que de deux moys de surcéance, qu'elle luy accordoit, et que n'ayant charge de les accepter, il l'yroit rapporter au duc d'Alve avec les aultres bonnes responces qu'elle luy avoit faictes, si elle trouvoit bon qu'il l'allât retrouver. Et ne luy en ayant la dicte Dame refuzé le congé, il est incontinent party.
Au regard de Mr Du Croc, je confesse qu'il y a heu encores de la difficulté, car, sur le poinct qu'on nous debvoit dellivrer son passeport, la dicte Dame nous a mandé que les Srs Drury et Randol luy avoient escript, en grand haste, que ceulx de Lillebourg estoient prestz d'accorder aux articles qu'ilz leur avoient proposez, et ne contredisoient guyères plus à chose qui fût de la vraye substance d'iceulx, restant toute la difficulté sur la forme de l'assurance, dont desiroit que son chancellier et milord de Burgley et le ser Raf Sadeller en devisassent aveques nous, premier que passer oultre. Ce qui, à la vérité, nous a faict doubter de quelque changement; mays, après les avoir paciemment escoutez sur la comprobation des dicts articles, sans que nous leur y ayons voulu guyères contredire, ny aussi les aprouver, nous en avons seulement demandé l'extrêt, avec le sommayre de l'intention de leur Mestresse là dessus, pour le vous envoyer; et avons continué de demander le passeport de Mr Du Croc. Dont ayant obtenu l'ung et l'aultre, le dict Sr Du Croc s'est desjà acheminé, et je vous envoye maintenant icelluy extrêt, sur lequel j'ay bien comprins, Sire, par le dire de ceulx cy, qu'il reste encores beaucoup de différend au segond article, en ce que ceulx du Petit Lith prétandent l'authorité du régent debvoir estre absolue, sans aulcune limytation; pareillement sur le quatriesme et cinquiesme, qu'ilz disent que, non seulement ceulx de Lillebourg, qui sont adversayres, mais ceulx aussy qui se sont portés neutres, doibvent venir demander rémission, ainsy qu'ont faict desjà les comtes d'Arguil, de Cassels et aultres; et elle leur sera concédée, sans que leur cas passe soubz une simple oblivion; aussy, sur le sixiesme et huictiesme articles, touchant la forme du conseil, que ceulx de Lillebourg requièrent que le nombre y soit mis égal des deux partys, et chacun remis en la place et reng qu'il y tenoit, quand la Royne sortit de Loclevin; à quoy ceulx du Petit Lith contredisent, voulans que cella soit layssé à la disposition du régent; mais, plus que tout, sur le deuxiesme et troisiesme articles, car le capitaine Granges offre bien de tenir le chasteau de Lillebourg pour le jeune Roy, si l'accord succède, mais non que la charge luy en doibve estre ostée. Et Mr Du Croc et moy avons arresté, suyvant les précédentes lettres et instructions de Vostre Majesté, qu'il procurera, devant toutes choses, que l'abstinence d'armes soit prinse, et que l'accord soit différé jusques à tant qu'il vous ayt informé du tout; et qu'en tout évènement il donra ordre, aultant qu'il luy sera possible, ès dicts articles contencieux, et encores au premier et segond, qu'ilz soient conceus et couchés, le plus sellon vostre intention et sellon la réputation de vostre couronne que faire se pourra.
Il semble que les principaulx seigneurs du royaulme inclinent assez à la paix, mais que les petitz, et mesmement les soldatz, ne la veulent pas, et qu'ils ont failly à tuer les dicts Drury et Randol, parce qu'ilz la sollicitoient instamment; et que le capitaine Granges a heu grand différend avec milord de Sethon, jusques avoyr faict courir et bruller les terres l'ung de l'aultre, parce qu'il le pressoit de vouloir recepvoir guarnison d'Espaignolz dans Lillebourg. J'espère que l'arrivée de Mr Du Croc par dellà y ramandera beaucoup les choses.