Cepandant, Sire, la desirée nouvelle de la conclusion du traicté[24] est arrivée en ceste court, le xxviiie du passé, avec très grande satisfaction de ceste princesse et des siens, qui m'en ont faict une fort expresse conjouyssance, le premier jour de may, que j'ay esté convié d'aller voyr ung bel essay d'armes, qui s'est faict devant elle à Grenvich; et m'a dict que les lettres, que ses ambassadeurs luy avoient escriptes du dict traicté, l'avoient engardée de regarder dedans, parce qu'elles luy faysoient si clèrement voyr dedans la bonne volonté et intention de Vostre Majesté, qu'elle n'en desiroit plus grande obligation ny promesse par escript; et, puisque Dieu l'avoit rendue si heureuse que d'avoir raporté son règne à celluy d'ung si grand et si vertueux roy, et plein de tant de certitude et de vérité, comme est Vostre Majesté, qu'elle vous demeureroit, toute sa vye, très estroictement confédérée, et vous rendroit ses successeurs après elle, si elle pouvoit, et son royaulme, de mesmes confédérés. Elle m'a continué le desir qu'elle avoit de la venue de Mr de Montmorency, et qu'elle faysoit apprester en dilligence monsieur son admiral, pour vous aller trouver, et feroit que ses navyres, qui l'iroient passer, atandroient en la rade de dellà Mr de Montmorency pour le porter en ce royaulme. Dont sera bon, Sire, qu'il se prévaille de ceste commodicté, et que, par le premier, il vous playse me mander quand, et comment, il vous plait que ce soit, car je mettray peyne qu'on y corresponde entièrement de ce costé. Sur ce, etc.

Ce ive jour de may 1572.

A la Royne.

Madame, il semble qu'on avoit préparé ung triomfe à Grenvich, le premier jour de may, tout exprès pour y solenniser la nouvelle de la conclusion du traicté, comme si ceste princesse et les siens vouloient monstrer qu'ilz ont, par ceste confédération, trouvé le propre repos et seureté qu'ilz cerchoient en leurs affères. Il s'est présenté, le dict jour, troys mille soldatz, dont les deux mille estoient corselletz et les mille arquebuziers, en fort bon équipage, et beaucoup de la jeunesse de la court dedans le parc du dict Grenvich, en une campagne raze, au pied d'une mothe, où la troupe s'estant séparée en deux, avec six pièces de campagnes, de chacun costé, il a esté ataché une fort brave escarmouche par les harquebuziers, qui a duré fort longtemps; et puis les deux bataillons sont venus jusques à donner furieusement l'ung dans l'aultre, faisantz cependant les arquebusiers et l'artillerie si grande dilligence de tirer, qu'il n'a esté rien obmis de ce qui se peut représanter en une journée et en ung faict d'armes, et le tout fort bien conduict par aulcuns capitaines qui sont en bonne estime par deçà.

Et sur la fin, milord de Burgley s'est approché là où la Royne, sa Mestresse, estoit et, en s'adressant à moy qui estois auprès d'elle, m'a dict, tout hault, que de l'acquest que j'avoys faict des forces de ce royaulme à Voz Majestez Très Chrestiennes par le traicté de la ligue, je pouvois voyr quel en estoit l'eschantillon. A quoy la dicte Dame a adjouxté que Dieu avoit donné de si bonnes forces à ceste couronne que, si elles n'estoient pour faire peur à ses voysins, qu'elles estoient aulmoins pour se garder d'en avoyr d'eux, et que toutes estoient au service de Voz Majestez; et n'y avoit nul homme de bien en son royaulme qu'elle ne désadvouât, s'il ne se monstroit dorsenavant très dévot et fort affectionné à vostre grandeur.

Je n'ay obmis aulcune bonne parolle, dont je me soys peu adviser pour luy gratiffier les siennes bonnes, que je ne la luy aye dicte; mais, parce que cella seroit long, je me déporteray d'en toucher rien icy, seulement je adjouxteray qu'il me semble que la dicte Dame se confirme, de jour en jour, davantaige en vostre amityé, et que je fay tout ce que je puis pour l'y entretenir.

Le comte de Lestre et milord de Burgley cellèbrent en plusieurs bonnes sortes ceste confédération, et monstrent qu'il en procèdera de grandes utilités en général; et, quand au particullier, ilz diffèrent de m'en vouloir parler, jusques à la venue de Mr de Montmorency; auquel le dict sieur comte a fort magniffiquement faict préparer sa mayson de ceste ville pour l'y loger, et pour y loger Mr de Foix; et dict que n'ayant, ceste foix, peu obtenir le congé d'aller devers Voz Majestez, qu'il espère, en toutes sortes, de l'impétrer, quand la Royne, vostre belle fille, sera accouchée; et qu'il ne veult, tout le reste de sa vye, travailler en aultre chose que d'entretenir, en tout ce qu'il pourra, la Royne, sa Mestresse, et ce royaulme, en parfaicte amityé et intelligence avec Voz Majestez et la France. Sur ce, etc.

Ce ive jour de may 1572.