Sur quoy, Madame, ayant sondé ce propos jusques au fondz en d'aultres lieux, d'où s'en pouvoit tirer notice, j'ay trouvé qu'il y a conformité; et croy qu'avec vingt mil escuz l'on n'en pourroit à présent descouvrir davantaige; tant y a que j'ay respondu au dict sieur comte que Vostre Majesté avoit desjà de longtemps manifesté sa bonne intention envers la Royne, sa Mestresse, à desirer, mesmes pour le Roy, son alliance, et je croyois que milord Boucard avoit bien cogneu que ceste mesmes vollonté vous continuoit encores vers elle pour Monseigneur; et, combien que la voix, qui en avoit sorty en France et icy, sans fondement, heust miz en commotion bonne partie de la Chrestienté, vous ne vous en estiez aucunement estonnée, car estimiez que, venant la grandeur de ces deux royaulmes à se fortiffier ainsy l'une par l'aultre, l'on n'auroit guières à craindre le reste du monde; cella seulement vous descourageoit qu'on vous avoit asseurée que l'intention de la dicte Dame estoit de ne se maryer jamais, mais que, pour la nécessité et accommodement de ses affaires, elle en feroit de très grandes démonstrations jusques à en donner de bonnes parolles, en passer articles, et mesmes d'en bailler sa promesse en ce que les conditions se peussent accorder; et que, puys après, quant elle se seroit bien servye du propos, les dictes condicions se demanderoient si dures et si difficiles, sur le faict de la religion, ou sur la restitution de quelques places, ou sur d'aultres contrainctes demandées par deçà, (et enfin, quant l'on ne pourroit mieulx, l'on y feroit opposer les seigneurs de ce conseil ou les Estatz du royaulme), que le tout se viendroit à rompre au mespriz et moquerie de celluy qui y auroit prétandu; et que Vostre Majesté estimoit trop meilleur de s'en tayre que d'en tumber en cest inconvénient; car en lieu de paix et d'amytié, il en sortyroit une hayne, et, possible, une bien cruelle guerre, et que luy, et nous toutz qui nous en serions meslez, en reporterions ung très grand blasme et un déshonneur à jamais; néantmoins que, sur sa parolle, je vous en escriprois promptement avec toute affection, et que bientost j'en aurois la responce.

Il m'a répliqué tant de bonnes parolles, et l'on m'en a dict tant d'aultres bonnes d'ailleurs, et mesmes l'on m'a tant asseuré que Cecille y est, à ceste heure, fort affectionné, que je ne vous sçaurois dire, Madame, sinon que je ne voy que la matière soit aultrement que très bien disposée; dont adviserez maintenant comme il fauldra procéder, sans attendre l'adviz d'icy, car fault que procède du seul conseil de Voz Majestez. Tant y a que, s'il vous playt que j'aye bientost une lettre, par laquelle je puysse prier la dicte Dame de trouver bon que Voz Majestez luy trettent Monseigneur vostre filz en mariage, et qu'elle ayt agréable que vous le luy offriez, je mettray peyne d'en tirer bientost sa déterminée responce; et, si elle me la faict telle comme je l'espère, je procureray incontinent de sçavoir les condicions, et de procéder aulx articles, si bien que l'affaire ne traynera nullement; et si, sera tenu fort secrect, ainsy que ceulx cy monstrent de le desirer; qui ont entendu que le vydame debvoit repasser par deçà, mais ilz ne trouvent bon que luy, ny pas ung aultre, y viegne jusques à ce que le tout soit conclud. Et sera bon, Madame, affin d'obvier à longueur, de considérer, de bonne heure, s'il sera expédiant que les dictes condicions se trettent et débattent en France, ce que j'estimerois meilleur, ou bien icy; et si, d'avanture, il fault que ce soit icy, il vous playra me particullariser comme Vostre Majesté desireroit qu'elles fussent.

J'estime que le Sr Cavalcanty, qui est fort secrect, et a de la suffizance, ne sera que bien propre ministre pour estre employé en cest affaire, puisque Cecille y est, à ceste heure, bien disposé; dont vous en pourrez servyr entre Vostre Majesté et le Sr de Valsingan, lequel s'y monstre aussi meintenant bien fort affectionné, ou bien, s'il vient par deçà, je m'en ayderay. Sur ce, etc.

Ce ier jour d'apvril 1571.

CLXIXe DÉPESCHE

—du vie jour d'apvril 1571.—

(Envoyée par homme exprès jusques à Calais.)

Ouverture du parlement.—Demande faite par la reine d'un subside.—Affaires d'Écosse.—État de la négociation des Pays-Bas.—Nouvelles de troubles en France.

Au Roy.

Sire, lundy dernier, deuxiesme de ce mois, la Royne d'Angleterre a assisté en personne à la première proposition de son parlement, où se sont trouvez unze comtes, dix sept évesques, vingt sept barons, et le nombre accoustumé des aultres depputez des provinces et villes de ce royaulme; elle n'a vollu que le duc de Norfolc, ny le comte de Herfort y soyent comparuz, lesquelz, soubz l'ordonnance de la dicte Dame, demeurent encores, l'ung en sa mayson de ceste ville, et l'aultre hors de court, assés mal contantz. La susdicte proposition à ce que j'entendz, a été de remonstrer la bénédiction de paix, dont ce royaulme a jouy, il y a desjà douze ans, soubz le règne de ceste princesse, pendant qu'on a veu les aultres estatz voysins se dissiper en guerres et divisions entre eulx; et que cella est advenu pour le grand bénéfice de Dieu envers elle, qui luy a mis au cueur de le recognoistre, et il l'a pourveue de vertu et de prudence pour sçavoir meintenir, sans sang ny opression, les bons ordres de son royaulme à la très grande utillité de ses subjectz plus qu'à la sienne, et à obvier à la division, où les ministres du Pape (tel a esté le parler du garde des sceaulx) les ont vollu assez souvant inciter, ainsy qu'on en avoit veu de très dangereux commancemens; lesquelz toutefoys, par la bonne pourvoyance de la dicte Dame, avoient esté bientost esteinctz; ce qu'ilz debvoient recognoistre de Dieu et en remercyer beaucoup leur princesse, laquelle desiroit meintenant que, par ceste assemblée, il fût miz ordre que rien de semblable ne peust jamais plus advenir; et que les évesques regardassent aulx loix qu'il fauldroit faire de nouveau, et à celles qu'il fauldroit abroger, des desjà faictes, pour l'entretennement de la vraye religion; et que les aultres estatz fissent de mesmes, en ce qui seroit pour l'entretennement de la pollice publique, avec de bien sévères peynes contre les biens et personnes de ceulx qui non seulement ozeroient, en résidant dans le royaulme, attempter rien au contraire, mais qui se vouldroient absenter pour l'aller pratiquer ailleurs; et qu'ilz considérassent que, comme il ne s'estoit peu jusques icy, aussi ne se pourroit à l'advenir remédier à telz affaires sans grandz frais; qui pourtant estoient maintenant priez de la dicte Dame, qu'affin de la rembourcer en quelque partie du passé, et luy pourvoir de quelque somme contante pour les accidans qui pourront cy après survenir, comme il s'en manifeste desjà quelcun du costé d'Yrlande, ilz la vollussent secourir d'une leur bien prompte et bien libéralle contribution. Et n'ay point sceu, Sire, qu'on ayt, pour ceste première foys, rien proposé davantaige, mais bientost se verra si l'on viendra toucher nulz aultres poinctz.