La Royne d'Escoce a envoyé une responce ferme et résolue, de ne vouloir aulcunement consentyr à la prorogation du tretté ny à nulle abstinance de guerre, si le comte Morthon s'en retourne, mais que, s'il veut renvoyer l'ung de ses deux collègues pour aller quérir leur pouvoir, demeurant luy icy, elle est contante de proroger l'un et l'autre. Je ne sçay ce que la Royne d'Angleterre en vouldra ordonner, mais ce que le cappitaine Granges a faict, d'avoir miz les principaulx habitans de Lislebourg dans le chasteau; de s'estre saysy de la ville; la tenir ouverte aulx partisans de la Royne, sa Mestresse, et fermée aulx aultres; d'avoir miz garnyson dans Sainct André; avoir mandé les principaulx du royaulme, au xve de ce mois, pour y proclamer publiquement l'authorité de la Royne, sa Mestresse; faict que le dict Morthon presse grandement son retour, et que la dicte Dame ne le luy veult empescher. Dont je me confirme, Sire, en ce que je vous ay naguières mandé par le Sr de Sabran touchant la dépesche, que pouviez faire maintenant en Escosse.
Il est naguières arrivé ung gentilhomme flamant, venant de la Rochelle, dépesché par le comte Ludovic de Nassau, lequel, ayant trouvé le cardinal de Chastillon décédé, il va temporisant sa négociation par ce, possible, que, sur ung tel accidant, il attand nouvelle commission.
La principalle difficulté, qui s'est monstrée sur le commancement de l'accord des Pays Bas, est que le duc d'Alve ayant promiz de bailler cautions, pour les merchandises des Anglois, de la somme de cent cinquante mil escuz, à estre payez contant, ung mois après que les merchandises des subjectz du Roy, son Maistre, seront randues, n'en trouvent maintenant nulles qui puissent assés contanter ceulx cy; car ne veulent accepter de Flamans ny Espaignolz, ny nulz subjectz du Roy Catholique, ny encores nulz Allemans, ny Italliens, qui soyent intéressez avecques luy; et semblent qu'ilz veuillent incister que la dicte somme soit mise en dépost ou fornye contante, ny ne veulent permettre qu'elle soit prinse en rabays des deniers qui sont arrestez par deçà; car estant les dicts deniers des Gènevoys, ilz en veulent convenir avec eulx; ny les dicts Gènevoys n'y contradisent guières, qui ont plus à gré de s'en accorder icy que d'adjouxter ceste partie aulx aultres, que le Roy d'Espaigne leur doibt, avec lequel ilz sont si enfoncez qu'ilz disent en estre advenu, despuys ung an, des deffaillimens et banqueroutes de très grandes sommes. Néantmoins l'on estime qu'il se trouvera quelque moyen d'accommoder le faict des prinses, et que le reste, puys après, se poursuyvra, sellon que le jeune Coban raportera d'Espaigne. Cependant ceulx cy chargent leur flotte de draps, ainsy qu'ilz ont faict les deux années précédantes pour aller en Hembourg.
L'on publie icy, Sire, pour bien fort grandz les deux excez naguières advenuz à Roan et à Oranges[3], et en tient on la paix de vostre royaulme pour fort esbranlée, non sans y fère desjà des desseings, mais j'espère que ces accidans ne seront tant cause de la ropture de vostre éedict, comme ilz vous donront moyen, en les remédiant, de l'establyr davantaige. Sur ce, etc. Ce vie jour d'apvril 1571.
CLXXe DÉPESCHE
—du xie jour d'apvril 1571.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)
Demande de la chambre des communes que la religion protestante soit seule tolérée en Angleterre.—Autorisation donnée par Élisabeth au comte de Morton de se rendre en Écosse pour en rapporter de nouveaux pouvoirs.—Opinion de l'ambassadeur que le traité d'Écosse peut être considéré comme rompu, et que le roi doit pourvoir à la défense de Marie Stuart.—Retour de lord Sidney, venant d'Irlande.—Négociation des Pays-Bas.—Surprise de Dunbarton par les partisans du comte de Lennox.
Au Roy.