Que le Roy et la Royne seroient très marrys qu'aulcune des cérémonies accoustumées deffaillys en la cellébration de ce mariage, lequel ilz desiroient veoir orné de toutes ses plus dignes solennitez, pourveu que la religion et la conscience de Monsieur n'y fussent offancées; mais, comme desjà plusieurs aultres mariages avoient esté faictz en la Chrestienté entre personnes de diverse religion, et le couronnement aussi de l'Empereur avoit esté cellébré avec l'assistance des princes ellecteurs, qui sont de l'une et de l'aultre, ainsy se pourroit solemniser cestuy cy sans contraindre la conscience des espousez; et qu'au reste le dict Sr de La Mothe croyoit qu'elle ne vouldroit si mal tretter ce prince que de le priver de l'exercice de sa religion, ny luy vivre un seul jour sans l'avoir, ains au contraire qu'elle l'auroit en mauvaise estime, si, pour chose du monde, il en vouloit rien quicter.

LA DICTE DAME A RÉPLIQUÉ:

Qu'elle avoit esté couronnée et sacrée sellon les cérémonies de l'esglize catholique, et par évesques catholiques, sans toutefois assister à la messe, et qu'elle seroit marrye de croyre que Monsieur vollût quicter sa religion: car, s'il avoit le cueur de délaysser Dieu, il l'auroit bien aussi de la laysser à elle, mais me prioyt de conférer de toutes ces choses avec les dicts comte de Lestre et milord de Burlay.

AU PARTIR DE LA DICTE DAME,

estant icelluy de La Mothe entré en conférance des dictes choses, aulx mesmes termes que dessus, avec les dicts de Lestre et Burlay, icelluy de Burlay, pour les deux, lui a respondu:

Que la grandeur de cest affaire se monstroit en ce qu'il estoit question de joindre deux royalles personnes ensemble, et faire par ce moyen la conjonction de deux grandz royaulmes, en quoy, puysque la Royne, leur Mestresse, parmy la fidellité de tous ses aultres conseillers, avoit choisy la leur, pour à eulx seulz commettre le propos, ilz se sentoient très obligez de cercher ce qui seroit pour son honneur, pour son proffict et encores pour sa conscience;

Qu'ilz confessoient qu'ilz luy avoient conseillé de se maryer, et, quant ilz avoient veu que sa vollonté y estoit disposée, ilz l'y avoient confortée davantaige comme à chose très honnorable pour elle, et très nécessaire pour son royaulme, et encores utille à eulx deux, et pleyne de louange à ses conseillers, et générallement desirée de toutz ses subjectz; et en ce que le party se offroit avec Monsieur le duc d'Anjou, prince fleurissant en beaulté, en jeunesse et en toutes sortes de vertu, yssu d'un très illustre sang, et d'une des plus royalles maysons de toute la terre, qui avoit ung très puyssant roy de frère, et une très saige et très vertueuse royne de Mère, et luy mesmes estoit très acomply en toutes sortes de perfection, ne failloit doubter qu'ilz ne l'aprouvassent, qu'ilz ne le desirassent, et qu'ilz ne remercyassent Dieu d'avoir réservé ung si grand heur à leur Mestresse, laquelle, en tout le circuyt du monde, n'eut peu rencontrer ung plus honnorable, ny plus convenable party que cestuy cy;

Et pourtant, sur la correspondance qui s'y voyoit desjà des deux costez, et que, de celluy de la dicte Dame, ne failloit plus doubter que la disposition n'y fût très bonne, comme fondée en honneur, en utillité et possible en nécessité, et Mon dict seigneur d'Anjou cogneu très desirable, (duquel ilz vouloient encores dire ce mot, qu'on n'avoit jamais ouy une seule nouvelle de luy en ce royaulme, qui ne fût à sa très grande louange), ilz jugeoient que le propos estoit pour venir bientost à ung bien heureux acomplissement, si d'avanture la durté d'aulcunes condicions, que le Sr Cavalcanty avoit apportées, n'y donnoit empeschement.

Sur lesquelles ilz considéroient que la Royne, leur Mestresse, quant à celles qui concernoient la religion, n'en pouvoit ny devoit ottroyer pas une, qui peult offancer sa conscience ou troubler l'ordre de son royaume, ny apporter escandalle à ses subjectz; et, quant aulx aultres, qu'il importoit bien fort à sa réputation qu'on ne luy en diminuât aulcune, de toutes celles qui avoient esté réservées à la feu Royne Marie, sa sœur, par son contract de mariage avec le Roy d'Espaigne.

A CELLA LE DICT DE LA MOTHE,