après leur avoir bien fort gratiffié leurs bonnes paroles, leur a respondu:
Qu'ilz sçavoient bien que Monseigneur estoit catholique, prince duquel l'honneur et la réputation de sa vertu ne pouvoit comporter qu'il obmist rien des choses qui apartenoient à sa religion, et que Dieu luy avoit formé la conscience dans un cueur si ferme, si généreux et tant plein de magnanimité, qu'il choysiroit plustost la mort que d'y avoir souffert nulle offance; mesmes que la Royne, leur Mestresse, luy venoit de signifier assés expressément qu'elle l'auroit en très mauvaise estime s'il habandonnoit son Dieu, car craindroit qu'il l'abandonnast bientost après à elle. Toutesfois Mon dict Seigneur ne requéroit qu'on luy ottroyast aultre chose en cella, sinon de ne priver luy et ses domestiques du libre exercice de leur religion, ce que si on luy mettoit en difficulté, il auroit occasion de doubter assés de tout le reste.
Et au surplus, encor que le Roy d'Espaigne, quant il espousa la Royne Marie, fût aparant héritier de plus de royaulmes et d'estatz que Monseigneur, il ne le passoit toutesfoys en nulle de toutes les autres excellentes qualitez d'ung très grand et d'ung très royal prince, et, possible, les avoit il, à ceste heure, plus convenables à ce royaulme que n'avoit heu lors le dict Roy d'Espaigne, qui n'estoit passé icy pour estre aulcunement anglois, ains pour faire l'Angleterre sienne; et ilz voyoient bien que Monseigneur se venoit tout donner à la Royne, leur Mestresse, et à eulx, pour n'estre jamais aultre que tout à elle et entièrement leur, par ainsy qu'il le failloit bien tretter, luy donner ung bon et grand entretennement, et luy faire les advantaiges que sa grande qualité et sa bonne intention méritoient.
APRÈS CELLA,
par l'ordre que les dicts de Lestre et Burlay ont donné de pouvoir secrectement, et quelquefoys de nuict, convenir ensemble, en la mayson du jardin de Ouestmestre, l'on a tiré d'eulx, non sans beaucoup de difficulté, les responces que le dict Cavalcanty a emporté.
Sur lesquelles, ayant despuys esté faict par le dict de La Mothe plusieurs vifves remonstrances à la dicte Dame, et pareillement à iceulx de Lestre et de Burlay, pour y avoir de la modération, elle et eulx se sont d'un costé si fermement persuadez que Leurs Majestez Très Chrestiennes et Monseigneur s'en contanteroient, (et de l'aultre ilz n'ont ozé, parce qu'ilz n'estoient que deux du conseil à tretter l'affaire, s'eslargir davantaige), qu'il n'a esté possible d'y rien plus obtenir pour ce coup; et a heu prou à faire à icelluy de La Mothe, de persuader à la dicte Dame qu'elle deust respondre à la lettre de Monseigneur, car disoit que la plume luy tumberoit de la main, et ne sçauroit avec quel estille luy parler, et que, par la lettre qu'elle escriproit à la Royne, elle la prieroit de satisfaire pour elle vers luy, n'ayant encores jamais escript à nul des aultres princes, qui avoient prétendu de l'espouser, sinon une seulle foys à l'archiduc Charles, en termes fort esloignez de mariage. Et néantmoins, ayant enfin donné lieu à sa bonne vollonté, et à l'instance du dict Sr de La Mothe, elle a faict responce à Mon dict Seigneur.
Et icelluy de La Mothe a adverty le dict Cavalcanty d'aulcunes considérations, par lesquelles luy semble que la durté des responces de ceulx cy se pourra modérer à l'honneur et satisfaction de Mon dict Seigneur; dont sera bon d'essayer si le Sr de Valsingan s'y vouldra condescendre, et se tenir ung peu ferme en cella; mais, quant l'on ne pourra obtenir mieux, il fauldra veoir de quoy l'on se pourra passer, et ne laysser pour cella de conclurre, car, estant estably par deçà, il obtiendra de ceste princesse et des siens encores plus que ce qu'il demande, mais fault estre adverty que la froideur de dellà réchauffe ceulx cy, et quant l'on y veoit de la challeur, ilz monstrent de se refroydir: et semble aussi qu'il sera bon de ne les laysser entrer en extraordinaires demandes, car ce ne seroit qu'une longueur de négociation, si l'on leur en escoutoit une seulle, et en admèneroient toujours d'aultres, qui enfin conduyroient l'affaire en ropture.
CLXXIIIe DÉPESCHE
—du xxiiie jour d'apvril 1571.—
(Envoyée jusques à Calais soubz la couverte du Sr Acerbo.)