Mauvais état des affaires de Marie Stuart.—Exécution en Écosse de l'archevêque de Saint-André.—Nouvelles d'Irlande et des Pays-Bas.
Au Roy.
Sire, j'ay miz peyne de donner, par le contenu de vostre dépesche du xie du présent, le plus de consolation, qu'il m'a esté possible, à la Royne d'Escoce, laquelle ne fault doubter que n'en heust fort grand besoing pour l'ennuy qu'elle a prins de l'interruption de son tretté, et de la surprinse de Dombertran, qui sont deux accidans qui esloignent bien fort les affaires de sa restitution; et croy, Sire, que nulle aultre chose luy pouvoit venir meintenant à plus de sollagement que ceste persévérance qu'elle voit de la constante affection et bonne vollonté de Vostre Majesté envers elle, ce qui contante aussi grandement ceulx qui luy veulent bien par deçà. Encores présentement, Sire, l'on me vient d'advertyr que le comte de Lenoz a faict exécuter l'archevesque de St André[5], frère du duc de Chastellerault, qui sera une aultre griefve offance à la dicte Dame, et semble que d'icy l'on ayt aussi envoyé essayer le dict de Lenoz s'il vouldra mettre Dombertran ez mains des Anglois; à quoy je metz et mettray bien toutz les obstacles qu'il me sera possible: Le Sr de Vérac a esté conduict à Esterlin, auquel, à ce que j'entendz, l'on a heu du respect pour estre serviteur de Vostre Majesté.
La tenue de ce parlement a esté délayssée le lundy aoré[6], et l'a l'on recommancée le jeudy de Pasques. Il semble qu'elle ne s'achèvera sans quelque nouveaulté. Milord Sideney pourchasse instantment d'estre deschargé de sa commission d'Yrlande, et dict on qu'ayant assés heureusement conduict, jusques à ceste heure, les choses de dellà, il y crainct une mutation de fortune, car il y veoit le peuple fort alliéné de l'affection des Anglois et tout adonné à la religion catholique, et qui n'attand rien en plus grande dévotion que la venue d'Estuqueley, et de Fitz Maurice; mais je n'entendz point qu'on y envoye encores que milord Grey pour commander, en absence du dict Sideney, lequel cependant aspire à estre grand maistre d'Angleterre.
La troupe des vaysseaulx du prince d'Orange se grossit toutjour en ceste mer estroicte, et m'a l'on mandé, de la coste de dellà, qu'ilz pillent aussi bien les François que les Flamans, mais ne m'en estant encores venue nulle expécialle plainte, je n'en ay faict aussi encores pas une à ceulx cy. Le depputé de Flandres poursuyt toutjour la conclusion de l'accord des prinses, mais il cognoist bien que sa négociation est, de jour en jour, prolongée, pour attandre le retour du jeune Coban. Sur ce, etc.
Ce xxiiie jour d'apvril 1571.
CLXXIVe DÉPESCHE
—du xxviiie jour d'apvril 1571.—
(Envoyée exprès jusques à Dièpe.)
Propositions agitées dans le parlement.—Affaires d'Écosse.—Sollicitation faite par Marie Stuart d'un prompt secours.—Armemens à Londres et dans les Pays-Bas.