Néantmoins l'on a dépesché deux foys en France sans me rien communiquer, et n'a layssé le bruict d'aller cependant en ceste court que tout estoit rompu, et que milord Sideney ou sire Jammes Scrof estoient desjà ordonnés pour passer en Espaigne, comme de faict la pluspart des secrectz adviz, que j'ay heu toutz ces jours, concourent à ce qu'il a esté résoluement dict et déclairé à la dicte Dame qu'elle ne peult entendre à ce party sans la ruyne d'elle ny de son royaulme. Et ayant attendu trois jours si l'on m'en communiqueroit quelque chose, j'ay enfin mandé que j'estois pressé de dépescher sur ce qu'on m'en avoit desjà dict; qui a esté cause que, hier au soir, milord de Burlay m'envoya prier de l'aller trouver en son logis, où la goutte l'avoit arresté, car aultrement il fût venu devers moy: lequel m'a dict que la Royne, sa Mestresse, supplioyt Voz Majestez Très Chrestiennes et Monsieur de prendre de bonne part la responce qu'elle mandoit à son ambassadeur de vous faire, en laquelle elle avoit considéré ce qui convenoit à la personne de Monsieur et à la sienne, à la seureté des deux et à leurs consciences, et qu'ayans à vivre conjoinctement roys en ce royaulme, où n'estoit besoing que les siens estimassent qu'elle eust peu d'affection à sa religion ny fût peu ferme à meintenir les loix establyes en icelle, ny que Mon dict Seigneur y fût trop adversayre, affin que nulle division ne se sussitât parmy les subjectz, qu'elle ne pouvoit directement, ny indirectement, luy promettre plus que l'article de sa responce portoit, comme son dict ambassadeur vous en dira plus au long ses raysons, et qu'elle vous prioyt de vous en contanter; car, au reste, elle mettroit peyne de vous satisfaire, et que ce que j'avois trouvé de deffault ez responces seroit amendé, et que, aussitost que ce premier poinct seroit accordé, son ambassadeur vous feroit entendre le reste des condicions, lesquelles elle espéroit que trouveriez raysonnables, et que présentement elle les luy envoyeroit ou les luy feroit tenir incontinent après.

J'ay respondu que je n'avois à proposer nul argument nouveau en cella, car la matière avoit desjà esté assés débatue, sinon que je le prioys me déclairer tout franchement si la dicte Dame entendoit de priver Monsieur de sa religion, et qu'il demeurast séparé, quand il seroit par deçà, de l'unyon de l'esglize catholique, en laquelle il avoit vescu jusques à présent. Il me dict que la dicte Dame n'avoit usé d'aulcun mot qui portast prohibition ou interdiction, et que, si je cognoissois bien la doulceur et débonaireté d'elle, je ne debvois penser qu'elle s'opposât à l'intention et contantement de Monsieur, quand il seroit icy, ny qu'il ne peult, se trouvant Roy et modérateur d'un si grand royaulme, user avec discrétion de ce qu'il luy plairroit; et que luy mesmes Burlay, en son particullier, vouldroit avoir donné la moictié de son bien, et que le mariage fût desjà bien conclud. S'il vous playsoit, Madame, monstrer d'estre contante de ceste responce, sans trop la débattre à l'ambassadeur, et passer oultre aulx aultres condicions, il se cognoistroit facillement s'ilz y cheminent de bon pied, car l'affaire va si restrainct icy entre les trois qu'on n'en peult avoir de nul aultre endroict nulle claire lumyère, vous supliant très humblement excuser si j'ay esté long, parce que je crains d'obmettre quelque chose; et sur ce, etc.

Ce xe jour de may 1571.

CLXXIXe DÉPESCHE

—du xiiie jour de may 1571.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Bordillon.)

Débats dans le parlement.—Nouvelles d'Écosse.—État de la négociation des Pays-Bas.—Munitions envoyées par les Anglais à la Rochelle.—Grand nombre de vaisseaux mis en mer par les protestans d'Allemagne et de Flandre.

Au Roy.

Sire, ce en quoy, despuys mes précédantes du viiie de ce mois, ceste cour m'a semblé la plus occupée a esté ez déllibérations du parlement, parce qu'elles n'ont peu passer en la première chambre, où sont les milordz, ainsy qu'elles avoient esté proposées en la segonde, ains ont esté fermement contradictes au poinct de la religion, et en celluy de ne parler du tiltre du royaulme sur peyne de lèze majesté; en quoy milord de Burlay, par une longue harangue, a remonstré à l'assemblée qu'on ne debvoit reffuzer aulcune ordonnance qui peult servyr à la paciffication du royaulme et à la seureté de leur Royne, argumentant de la connexité, qu'il y a aujourduy si grande, entre les affaires de la religion et ceulx de la pollice, qu'il n'est possible de bien establyr les ungs sans les aultres. Et semble que, tout à propoz, ayt esté supposé ung incogneu à venir en grand haste demander de parler à la Royne pour l'advertyr de chose importante à sa vie, mais tout le reste du propos demeure secrect devers le dict de Burlay; comme aussi luy a esté mené ung aultre incogneu qui, en mesmes temps, s'est trouvé avec des pistollés soubz son manteau au logis de la Royne, mais l'on ne le renvoye point à justice. Et néantmoins par ces apparances l'instance est plus vifve à pourchasser que les susdictes dellibérations passent, et que les oppositions y sont moins fortes, et qu'on estime que le dict de Burlay parle entièrement par la bouche de la dicte Royne; dont l'on commance à voir que peu ou rien, à la fin, y sera contradict. Toutesfoys l'on vaque encores toutz les jours à débattre des matières, et, après qu'elles seront résolues, je les pourray mander plus certaines à Vostre Majesté, qui sera en bref, sellon qu'on dict que le dict parlement se terminera bientost.