J'ay obtenu de la Royne d'Angleterre qu'elle escripra au comte de Cherosbery de modérer l'ordre qu'il avoit prins pour la Royne d'Escoce, à ce qu'elle ayt plus de liberté et qu'il luy laysse les femmes qu'elle luy demandoit par sa lettre. L'on m'a recerché de la continuation du tretté, mais je ne respondz rien, et l'évesque de Roz est encores si mallade qu'il ne peut négocier. Je croy aussi que d'Escosse l'on luy a mandé qu'il n'acorde plus nulle surcéance. Il se continue de dire qu'il y a heu rencontre près de Lislebourg, mais l'on n'en sçayt encores bien le succez, seulement l'on dict qu'il a esté trouvé des escuz et de la monoye d'Angleterre sur aulcuns, qui ont esté tuez du party de la Royne d'Escosse, ce qui a fait soupçonner à la Royne d'Angleterre qu'encores sont ilz aydés de son royaulme. Milord de Burlay m'a dict qu'on a mandé à Barvyc de bailler passeport au Sr de Vérac, s'il veult venir par terre, mais qu'il a entendu qu'il s'aprestoit de s'en retourner par mer; qu'est cause, Sire, que je garde encores la lettre que Vostre Majesté luy escript, attandant quelque seure commodité; et néantmoins je luy ay mandé de ne bouger de là jusques à ce qu'il ayt de voz nouvelles. Le comte de Sussex pourchasse toutjour de faire marcher quelques forces vers la frontière du dict pays d'Escoce, mais il ne l'a encores optenu, et néantmoins il ne seroit temps de secourir les Escouçoys quand ceulx cy s'achemineront, car ilz sont trop prez; dont fault, Sire, peu à peu les avoir pourveuz de bonne heure.

Il semble que le faict de ces différans de Flandres empire toutz les jours, et que, s'il ne vient bientost quelque meilleure responce du duc d'Alve ou d'Espaigne, l'on procèdera à vendre les merchandises; et cependant ceste princesse est sur le poinct d'envoyer le Sr de Quillegrey en Allemaigne pour confirmer les pencions qu'elle y donne, et y apporter quelque payement du passé, et y faire d'aultres pratiques qui sont encores bien secrectes. J'entendz aussi que, dans ceste sepmaine, ung allemant et ung anglois partent de ceste rivière avec deux vaysseaulx pour conduyre à la Rochelle quelque peu d'artillerie et ung nombre de pouldres et bouletz, et aultres provisions de guerre, qu'on a tiré de la Tour. Ceste mer est desjà fort occupée des Flamans, qui s'advouhent au prince d'Orange, et disent qu'ilz attandent encores de bref ung si bon renfort qu'on extime qu'ilz seront plus de quatre vingtz ou cent vaysseaulx de guerre ensemble; et par ce, Sire, qu'ilz sont fornys et entretenuz par les Anglois, et ont leur retrette et descharge par deçà, il vous plairra mander en vostre frontière qu'on les ayt pour suspectz et qu'on se tienne sur ses gardes. Ilz ont freschement prins neuf vaysseaulx d'une flotte de trente qui venoient d'Espaigne, en dangier que tout le reste tumbe entre leur mains. Sur ce, etc.

Ce xiiie jour de may 1571.

DÉPESCHE

—du xviiie jour de may 1571.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Débats du parlement sur le fait de la religion et la succession du royaume.—Affaires d'Écosse.—Projets de l'Espagne de former une ligue, soit avec l'Écosse, soit avec l'Angleterre.—Arrestation de l'évêque de Ross; procédure criminelle dirigée contre lui.

Au Roy.

Sire, ceulx de la première chambre de ce parlement, lesquelz sont les comtes et barons du pays, et aulcuns d'eulx présumez catholiques, encores que les évesques soyent parmy eulx, ne layssent de résister à la contraincte où l'on les veult soubsmettre de faire, deux foys l'an, la cène à leur mode, et ont remonstré qu'il leur semble fort intollérable que les dicts évesques et ministres qui se sont introduictz au commancement en façon d'hommes non cerchans que d'aller en craincte et humilité annoncer tout à pied la parolle de Dieu, soyent devenuz, à ceste heure, si arrogans qu'ilz ne se contantent d'estre les plus hault montez du royaume et d'avoir asubjecty le peuple, s'ilz ne plient aussi la noblesse soubz leur authorité; et que au moins s'ilz monstroient clairement, et par ung asseuré consentz de toutz eulx, qu'est ce qu'ilz baillent en leur cène, ainsy que l'esglize catholique l'a toutjour faict, l'on s'y pourroit ranger; mais chacune paroisse annonce ce poinct, et encores d'aultres de leur dicte religion avec tant de diversité qu'ilz veulent bien regarder ce qu'ilz y auront à faire pour leur salut, et pour ne se laysser oster les privillièges qui ont esté réservez à la liberté de leurs consciences; dont sont encores à dellibérer là dessus.