Et touchant déclairer privez de la succession de ce royaulme, pour eulx et leurs descendans, ceulx qui auroient présumé de s'en attribuer le tiltre, ou qui le présumeroient de faire cy après, ny qui parleroient de leurs droictz à icelle, et d'avoir encoureu eulx et leurs adhérans crime de lèze majesté, qu'ilz trouvoient bon que, sans parler du passé, il fût faicte loy qui obligeât dorsenavant à privation de droict quiconques s'atribueroit le dict tiltre, durant la vie de leur Royne, et que celluy et ceulx qui luy adhèreroient fussent notez de lèze majesté, mais rien davantaige. Et ayant ainsy rabillé le billet, ilz l'ont renvoyé à ceulx de la basse chambre, auxquelz parce qu'il ne satisfaict, la chose demeure en suspens; et mesmes le subcide n'est du tout conclud, bien que l'on estime que toutz ces poinctz viendront enfin à telle résolution que ceulx, qui gouvernent, vouldront qu'ilz ayent.

Sire Jehan Fauster, gardien des frontières du Nord, est arrivé despuys trois jours avec ung adviz des choses d'Escoce, par lequel il asseure que ceulx, qui tiennent le party de leur Royne au dict pays, ne voyant venir aulcun secours de France, se sont résoluz, sans plus s'y attandre, de cercher l'alliance du Roy d'Espaigne et de conclure une bonne ligue avecques luy; dont l'on presse bien fort icy d'envoyer bientost cinq ou six mil hommes de pied et deux mil chevaulx au comte de Lenoz, affin de randre promptement toute l'Escoce à l'obéyssance du petit Prince soubz son gouvernement, et mettre quelques garnysons dans le pays; et en est la matière en dellibération avec grand espérance, de ceulx qui sont icy pour le dict de Lenoz, qu'elle pourra estre accordée. Néantmoins je n'entendz qu'il y ayt encores rien d'ordonné en cella, ny nulle aultre chose, sinon aulx officiers de la marine de se tenir prestz à mettre en tout appareil de guerre dix des grandz navyres, aussitost qu'il leur sera commandé, affin de se randre maistres de la mer pour garder que nul secours puysse venir aus dicts Escouçoys, et aussi pour se trouver préparés contre les aprestz du duc d'Alve, lesquelz ilz monstrent assés de craindre. Et semble aussi qu'on leur ayt faict prandre quelque nouvelle deffiance de Vostre Majesté, de sorte que milord de Burlay, entre ses doubtes, a faict recercher l'ambassadeur d'Espaigne de vouloir que eulx deux renouvellent l'intelligence d'entre leurs Maistre et Mestresse; et que, si son dict Maistre ne se vouloit pourter si adversayre qu'il faict contre leur religion, il pourroit tirer plus de commoditez de ce royaulme que n'ont jamais faict ses prédécesseurs. Dont j'entendz que les différantz des Pays Bas commancent de retourner à quelque modération, et que le Sr Fiesque s'attand icy du premier jour, avec meilleur responce du duc d'Alve, pour ayder à conclurre l'accord; et que cependant ceste Royne tient en suspens sa dépesche pour Allemaigne, craignant d'employer assés en vain ses deniers, et que les grandes pencions, que le Roy d'Espaigne donne aulx princes protestans, joinct l'auctorité de l'Empereur, empescheront que nulle levée se puysse faire contre les Pays Bas.

La dicte Dame m'a envoyé le cappitaine Leton et l'aysné Norrys pour me dire que si, d'advanture, j'entendois qu'elle fît procéder un peu plus rigoureusement contre l'évesque de Roz que ne requéroit la personne d'ung ambassadeur, que je n'estimasse que ce fût pour injurier ny offancer son office, ny pour chose qu'il eust négociée pour le service de sa Mestresse, car en cella elle l'avoit toutjour bénignement ouy, et seroit preste d'entendre toutjour à ce qu'il luy seroit proposé pour le bien et les affaires d'elle; mais qu'il s'estoit tant oublyé et tant esloigné de son debvoir qu'il avoit mené de très mauvaises pratiques contre la personne et l'estat de la dicte Dame avec ses rebelles; de quoy elle m'avoit bien vollu advertyr, comme celluy de qui elle avoit toute bonne opinion, affin que je ne prinse ny escrivisse les choses en aultre façon qu'elles sont.

J'ay respondu que je remercyois bien humblement la dicte Dame de son advertissement, et que je la cognoissois si vertueuse et si sage, et si bien conseillée, qu'elle ne procèderoit envers le dict évesque qu'avecques honneur et modération; et qu'il ne se pouvoit faire que je ne me dollusse du mauvais trettement qu'on feroit aulx ambassadeurs, desquelz l'office et les personnes avoient esté, de tout temps, réputées sacrées et inviollables, mais puysqu'elle parloit d'avoir attampté à sa personne et à son estat, je ne voulois dire sinon que sa Mestresse ne seroit pas contante de luy, et qu'elle mesmes, à qui touchoit de l'en chastier, en procureroit la punition; mais que j'estimois que, tant plus l'on examineroit de près son faict, plus l'on le trouveroit clair et exempt de telle faulte, et que je n'avois veu en luy nul plus grand desir que de unyr par grand amytié et intelligence sa Mestresse avec la dicte Dame, et mettre en paix et repoz leurs deux royaulmes; et que je la suplioys ne trouver mauvais si j'en escripvois à Vostre Majesté, et que mesmes il luy pleust me permettre de le mander à la dicte Dame, Royne d'Escoce, affin qu'elle peult envoyer icy ung aultre ambassadeur.

Le comte de Sussex, milord de Burlay, maistre Mildmay et Raf Sadeler, ont esté en son logis pour l'examiner, et puys luy ont baillé gardes, et, nonobstant qu'il soit bien mallade en son lict, ilz l'ont faict transporter en la mayson d'ung évesque; dont je mettray peyne d'entendre bientost son examen pour en advertyr Vostre Majesté. Mais cependant, parce qu'on le menace de procéder contre luy comme contre ung privé, sans le tenir plus pour ambassadeur, et qu'il crainct qu'on le mette dans la Tour, et qu'on luy baille la question, estant entre les mains de ceulx qui ne l'ordonneroient que plus vollontiers, parce qu'ilz le cognoissent évesque catholique, il supplie très humblement Vostre Majesté, Sire, de vouloir escripre une lettre expresse à ceste Royne pour sa liberté et bon trettement, ce qui ne vous sera que bien décent, à cause de l'alliance que sa Mestresse a avec vostre couronne, sur l'instance que son ambassadeur, qui est par dellà, vous en pourra faire; et il mérite, Sire, pour la bonne affection qu'il a à vostre service et à celluy de sa Mestresse, et qu'il a le moyen et la capacité de vous en faire à toutz deux, que ne luy reffusiez ceste grâce et faveur. Et sur ce, etc.

Ce xviiie jour de may 1571.

CLXXXIe DÉPESCHE

—du xxiiie jour de may 1571.—

(Envoyée exprès jusques à Calais, par Jehan Volet.)

Débats du parlement; adoption du subside.—Nouvelles d'un combat livré en Écosse.—Réduction de Lislebourg à l'obéissance de Marie Stuart.—Procédure contre l'évêque de Ross.—Négociation des Pays-Bas.—Rapprochement entre l'Angleterre et l'Espagne.