(Envoyée exprès jusques à la court par Groignet.)
Négociation du mariage.—Mission de Mr de Larchant en Angleterre.—Confidences faites par Élisabeth; son irrésolution.—Avis que l'ambassade de MMrs de Montmorenci, de Foix et de Chiverny recevra un bon accueil de la reine.
Au Roy.
Sire, plusieurs occasions ont faict que, jusques à ceste heure, nous n'avons peu rien escripre à Vostre Majesté du faict des petites lettres, y voyant intervenir à toute heure, et quasi à tout moment, tant de dellibérations différantes et tant de contrariétez par la menée, de ceulx qui n'espargnent ny dons, ny promesses, ny escuz contantz pour l'interrompre, que nous ne sçavions que vous en mander; et enfin, s'estant l'affaire acheminée en sorte que, si la Royne d'Angleterre n'est plus recherchée du poinct de la religion, duquel ne luy semble que, pour ceste heure, elle puysse rien capituller, ny promettre, contre les loix de son royaulme, il se peult, quant à tout le reste, espérer ung bon succez. Nous avons advisé de faire courir ce mot devant, par ce porteur exprès, affin de vous advertyr, Sire, que, s'il vous playt, à telle condicion, faire acheminer deçà monsieur de Montmorency et messieurs de Foix et de Chiverny, que Vostre Majesté les peult faire tenir prestz, sellon que, par le récit de moy, Larchant, et du Sr Cavalcanty, qui partirons demain, et par les lettres, que moy, La Mothe, vous escripray par eulx, il vous sera plus amplement desduict. Sur ce, etc.
Ce ixe jour de juillet 1571. Signé La Mothe et Larchant.
Comme ce porteur a esté prest de partyr, le Sr de Vassal est arrivé avec la dépesche de Voz Majestez, du iie du présent, par l'ocasion de laquelle et des pourtraictz, qu'il a fort bien conduictz, moy, La Mothe, mettray peine de tenir toutjours les choses en la meilleure disposition qu'il me sera possible.
A la Royne.
Madame, l'adviz adjouxté de ma main en ma précédante lettre, du xxviiie du passé, qui me fut donné sur l'heure, a esté cause que despuys j'ay envoyé à diverses foys solliciter les dames et les seigneurs, qui sont icy de mon intelligence, de confirmer la Royne, leur Mestresse, en sa bonne dellibération; et est advenu que l'une des dames, ayant cerché de se trouver seule avecques elle, l'a sceu si bien mener d'une parolle en aultre qu'elle l'a faicte commancer d'elle mesmes de luy parler de Monsieur; et luy a dict:—«Que c'estoit à ceste heure qu'elle avoit à se résouldre de son party, et qu'elle espéroit tant de la vertu et valleur, et louables condicions, et bonnes grâces, qui estoient en luy, et de ce qu'il estoit réputé sage, hardy et libéral, et bien fort humain, sellon la coustume de ceulx de la mayson de France, et au demeurant beau et modeste, et nullement arrogant, qu'il se comporteroit si bien avec ses subjectz que toutz l'auroient bien agréable, et que eulx deux vivroient bien heureusement ensemble, bien que aulcuns de la noblesse de ce royaulme, qui estoient intéressés ailleurs, y donnoient toutes les traverses qu'ilz pouvoient; et qu'elle confessoit qu'elle avoit esté, et estoit encores, combatue de beaucoup de doubtes, car se voyoit ung peu d'eage pour luy, et craignoit qu'il la mesprisât bientost, et mesmement, si elle ne pouvoit point avoir d'enfans, mais qu'elle espéroit que Dieu luy en feroit la grâce, et qu'au moins mettroit elle toute son affection à le bien aymer et à l'honnorer comme son Seigneur et mary.» A quoy celle, qui estoit avecques elle, a miz peyne de la confirmer bien fort par les meilleures parolles et plus accommodées de la félicité de ces nopces qu'elle a peu user.
Et le jour d'après, allant ce propos plus au large, quelques aultres se sont esforcés de getter de telz escrupulles au cueur de ceste princesse par des dangiers qu'ilz luy ont allegué, et par des repentailles qu'ilz ont pronostiqué à la dicte Dame qu'elle auroit de ces nopces, qu'elle a commancé de dire:—«Que, à la vérité, elle craignoit fort que ce jeune prince la mesprisât, et qu'elle ne se trouvoit assés sayne ny disposée pour ung mary, et qu'elle vouloit remettre le propos jusques à ce qu'elle se trouvât en meilleure disposition.» Ce qui m'estant raporté le soir mesmes, j'ay envoyé incontinent exorter par parolles et par promesses, au nom de Voz Majestez, les deux conseillers de ne laysser gaster cest affaire. Lesquelz s'y sont fort bien employez, et l'ung d'eulx, par ses gracieuses remonstrances, a persuadée la dicte Dame de ne debvoir espérer que tout bien et ung très parfaict contantement de ce très acomply prince, et l'aultre, prenant les choses plus hault, luy a admené de très urgentz argumentz:—«Qu'il n'estoit aulcunement loysible à elle d'user meintenant d'excuse ny tergiverser en cest endroict, ainsy qu'il avoit esté faict au roy de Suède, au duc d'Olstein et à l'archiduc, car c'estoient princes loingtains qui d'eulx mesmes ne pouvoient guières nuyre, mais Monsieur estoit le frère bien aymé d'ung très puyssant roy, duc et capitaine d'une très belliqueuse nation, si voysin d'icy que, en dix heures, il pouvoit aborder, et faire sentyr ses armes en ce royaulme; qui n'estoit pour souffrir, en façon du monde, d'estre repoussé, ainsy qu'avoient esté les susdicts princes, et que pourtant elle jugeât ainsy de ce party comme de chose qui luy estoit et honnorable et utille, et quasi nécessaire de l'accepter, et que de la rejetter, elle luy pourroit réussyr très dommageable.»
De quoy, encore que les dicts deux conseillers ne m'ayent rien mandé de cecy, ny sinon force parolles généralles et de bonne espérance là dessus, j'ay néantmoins aprins, de lieu fort certain, que leurs remonstrances ont esté telles; et que la dicte Dame dez lors a incliné de vouloir promettre beaucoup de choses par Mr de Larchant, de qui la dépesche s'entendoit desjà par deçà. Lequel estant peu après arrivé, il s'est descouvert incontinent que les empeschemens, les simultez, les artiffices et les malices estoient encores plus vifves que ne les avions pensées, de ceulx qui aspirent tout oultre à ruyner ce propos, en façon qu'il a esté très asprement débattu en ce conseil; et j'ay esté en grand incertitude du passaige de monsieur de Montmorency et de messieurs de Foix et de Chiverny par deçà. Mais enfin l'affaire a esté ramené à ce que les depputez de Voz Majestez seront les bien venuz, et que nous avons promesse que, pourveu qu'il ne soit plus touché au point de la religion, ilz ne s'en retourneront, quant à tout le reste, sans une honneste conclusion. Sur ce, etc.