Ce ixe jour de juillet 1571.
CXCIe DÉPESCHE
—du xie jour de juillet 1571.—
(Envoyée exprès jusques à la court par Mr de Larchant.)
Réponse faite par Élisabeth à Mr de Larchant.—État de la négociation.—Explications données sur l'article concernant la religion.—Nouvelles d'Écosse; succès remporté par les partisans de Marie Stuart.—Lettre secrète à la reine-mère. Détails sur le véritable état de la négociation du mariage.—Avis sur la conduite que l'on doit tenir en France.
Au Roy.
Sire, n'ayant Mr de Larchant trouvé le passaige de la mer bien à propos, il n'a peu arriver icy jusques au dernier du mois passé, sur le point que la Royne d'Angleterre, la nuict auparavant, en se déshabillant pour aller au lict, s'estoit donnée une entorse, au costé droict, avec tant de dolleur qu'elle en avoit pasmé plus de deux heures, non sans beaucoup d'estonnement de ceulx de sa court; et se sentoit encores si mal que, jusques au lundy ensuyvant, elle n'a peu donner lieu au dict Sr de Larchant, ny à moy, de la veoir, mais elle s'est esforcée, ce jour là, de se lever, et l'a honnorablement et fort favorablement receu, luy donnant bénigne audience sur tout ce que fort dignement et de bonne façon il luy a faict entendre de la part de Voz Majestez et de Monseigneur. En quoy, de tant que la dicte Dame, d'elle mesmes et hors de nostre propos, et contre nostre desir, a remiz sur la difficulté de la religion pour en vouloir estre satisfaicte, premier que nulz depputez peussent estre envoyez, la responce a esté différée jusques au vendredy ensuyvant que ceulx de son conseil, après l'avoir longuement digérée, ont advisé qu'elle la nous feroit en substance comme s'en suyt:
«Qu'elle remercye Voz Majestez Très Chrestiennes et Monseigneur de la visite, qu'il vous a pleu envoyer luy faire par ung si notable gentilhomme des vostres, comme est monsieur de Larchant, et des bonnes parolles que toutz luy avez mandées par luy; qu'elle a bien fort agréable l'ellection qu'avez faicte de monsieur de Montmorency, de monsieur de Foix et de monsieur de Chiverny pour venir par deçà conclurre ce propos, rendant plusieurs grandz et dignes tesmoignages des deux premiers, comme les cognoissantz très bien, et du troisiesme comme ayant ouy bien parler de luy, et qu'ilz seront très bien venuz; qu'elle vous supplie, Sire, premier qu'ilz passent, et affin qu'il ne vous viegne puys après aulcun malcontantement, s'ilz s'en retournoient sans rien faire, sellon qu'elle desire de persévérer en bonne paix et amytié avecques vous jusques à la mort, de leur donner ample pouvoir d'accorder de ce point de la religion, parce qu'elle n'est encore bien résolue comme en user, et qu'elle pense ne pouvoir en façon du monde consentyr que Mon dict Seigneur ayt l'exercice de la sienne par deçà; que, au reste, elle ne voyt qu'il y puysse, en toutes les aultres condicions et demandes, rien intervenir qui donne empeschement à la conclusion de leur mariage.»
Et a adjouxté, Sire, plusieurs aultres parolles et démonstrations de sa bonne et droicte intention, voyre affection vers Mon dict Seigneur, lesquelles je laysse à Mr de Larchant et au Sr Cavalcanty de les vous représanter, ensemble les répliques que nous luy avons faictes, desquelles, et des dilligences que nous y avons usé, ilz vous auront à dire que la dicte Dame et les siens, ayantz comprins que nous ne demeurions bien contantz de sa dicte responce, en ce mesmement qu'elle requéroit estre donné charge à voz depputez de la satisfaire du point de la religion, comme pour tirer d'eulx une déclaration et promesse, par où aparust que Monsieur heust à quicter l'exercice de sa religion, et estre obligé de demeurer sans icelluy, et que malayséement, sur une si dure condicion, nous auserions vous conseiller d'envoyer voz depputez, ilz ont advisé, Sire, de la modérer. Et, le jour après, nous ayant le comte de Lestre conviez avec toutz les principaulx du conseil en son logis, luy et milord Burlay nous ont dict qu'elle n'entendoit les choses ainsy comme nous les prenions, (qu'il fallût que voz depputez eussent à luy faire la déclaration que nous disions), mais bien que, pour ceste heure, elle ne pensoit, si eulx, estant icy, continuoient luy demander pour Monsieur l'exercice de sa religion, qu'elle le leur peust accorder; et que eulx deux, ses conseillers, jugeoient estre bon qu'on en layssât l'article aux termes qu'il estoit ez premières responces, sans capituler d'un costé ni d'aultre rien plus en cela, parce que la dicte Dame n'en sçauroit si peu accorder davantaige que les Protestans ne criassent que c'estoit trop, ny nous en obtenir si largement que les Catholiques peussent jamais estimer que ce fût assés.