Sur quoy estant le Sr Cavalcanty retourné despuys en court pour prandre congé de la dicte Dame, elle luy a confirmé que, pourveu qu'elle ne soit recerchée de ce poinct de la religion, sur lequel estime ne luy estre aulcunement loysible de faire, à présent, nulle déclaration ny ottroy contre les loix de son royaulme, elle ne voyt, quant à tout le reste, qu'il y puisse avoir nulle aultre difficulté. Voylà, Sire, en quoy reste l'affaire auquel Vostre Majesté donra à ceste heure l'acheminement qu'il jugera estre honnorable, ayantz, à toutes advantures, demandé le passeport pour les dicts sieurs voz depputez, qui est desjà envoyé au Sr de Valsingam, affin que ce ne soit ung aultre dilay de l'attandre, si, d'avanture, Vostre Majesté se résoult de les envoyer.

Au surplus, Sire, le capitaine Caje, lieutenant de Barvic, est freschement arrivé d'Escoce, qui raporte que, le jour de Saint Jehan, il y a heu ung aultre rencontre prez de Lillebourg, auquel ceulx du party de la Royne ont heu du meilleur, et ont prins le lair de Dronlanric et plusieurs aultres, qui compensent bien la perte de milord de Humes et la route qu'ilz avoient receue auparavant. Il a apporté aussi le cartel de deffy que ung sire Alexandre Stuart, en soubstien du comte de Lenoz, a mandé au capitaine Granges, et la responce du dict Granges, et pareillement les articles de l'abstinance d'armes, que la Royne d'Angleterre monstre de procurer entre eulx, desquels ceulx que le duc de Chastellerault et comte d'Honteley ont offert semblent fort raysonnables, et ceulx des dicts de Lenoz et Morthon hors de toute rayson; lesquelz sont toujours conseillez et estimulez d'icy de continuer le trouble et de haster la fortiffication du Petit Lith, pour enfin emporter, s'ilz peuvent, la ville et chasteau de Lillebourg: tennans cependant la Royne d'Escoce aussi estroictement, et son ambassadeur aussi resserré que jamais. Dont Vostre Majesté me commandera, par les premières, ce qui luy plairra que je y face, et ce que j'auray à remonstrer touchant la fortiffication du Petit Lith, car j'entendz que c'est contre les trettez. Sur ce, etc.

Ce xie jour de juillet 1571.

A la Royne.
(Lettre à part.)

Madame, estant le propos des petites lettres parvenu au poinct que Vostre Majesté verra par celle, que j'escriptz présentement au Roy, non sans avoir miz tout le plus loyal et dilligent service, qu'il m'a esté possible, pour faire qu'il allât mieulx sellon vostre intention, j'ose bien à ceste heure, Madame, vous descouvrir librement aulcunes choses que je puys desirer en cella, et vous suplier très humblement d'avoir agréable que j'obtienne celles que je laysse bien à Vostre Majesté de les juger si elles seront raysonnables:

C'est que Voz Majestez et Monseigneur veuillez ainsy estimer de cest affaire comme de celluy qui a esté bien fort et est encores assés plein de grandes difficultez, lesquelles on s'esforce de les tenir toutjour en vigueur, et qu'il y a plusieurs ennemys, les ungs aparantz et les aultres couvertz, personnaiges principaulx de ce royaulme, qui l'ont contradict, et plusieurs de dehors qui l'ont traversé et le traversent encores par pratiques, par promesses et par deniers contantz; que pourtant il vous playse excuser si je n'ay peu et si ne puys faire quadrer justement le tout au poinct que desireriez, mesmes que je n'ay osé, ny ose encores; y faire courir de l'argent, affin que ceste princesse n'en entre en souspeçon, et ay gaigné les intelligences des dames et seigneurs sans aultre coust que de quelques escuz à d'aultres moindres, que je leur ay donné comme de moy mesmes; que vous jugiez néantmoins, Madame, qu'encores n'a esté peu de conduyre les choses à ce que les condicions ne sont extraordinaires, que Monsieur n'est recerché d'estre aultre que catholique, que Calais n'est demandé, que la conférance est accordée avec voz depputez, non sans parolle donnée qu'ilz ne s'en retourneront, pourveu qu'on ne touche à la dicte religion, sinon avec une honneste conclusion de tout le reste; que j'estime avoir pratiqué tant d'amys et serviteurs à Monseigneur vostre filz, qu'il pourra venir en toute seurté par decà; que desjà la valleur, la vertu, les grâces et les belles qualitez, qui sont véritablement en luy, y sont si bien représantées qu'il y est avec amour et affection desiré de l'univers du royaulme; que pourtant il se veuille résouldre, avec le bon playsir de Voz Majestez, et avec dispence, si besoing est du Pape, mais si secrecte qu'il ne s'en puysse rien entendre de deçà, s'il dellibère donner meintenant perfection à ce propos, lequel se monstre de tant plus honnorable et grand pour luy et profitable pour la France, que ses ennemys et envyeulx s'esforcent de l'empescher;

Que si, d'avanture, il s'y résoult, il playse à Vos Majestez envoyer promptement voz depputez, pendant que le fer est chauld, et quelque présent, si ainsy vous semble bon, par monsieur de Montmorency à ceste princesse, et pareillement l'aultre pourtrect, car l'on commençoyt de prandre à mal que, en ayant esté envoyé deux d'icy, l'on n'en avoit peu encores recouvrer nul de dellà, (et celluy du créon a esté merveilleusement bien veu et trouvé fort beau); qu'il vous playse faire tout ce qu'il vous sera possible pour contanter le comte de Lestre du mariage qu'il desire, ou de quelque aultre qui soit honnorable, et avec huict ou dix mille escuz de rante pour le moins; qu'il luy soit envoyé et à milord de Burlay une lettre à chacun d'eulx, de la main de Mon dict Seigneur, et une aultre de sa mesme main, s'il luy playt, à ung aultre seigneur, dont le nom soit layssé en blanc, affin de les bien confirmer, et une aultre lettre à moy pour en confirmer d'aultres, sans expéciffication de pas ung, sinon, en général, de ceulx dont il présupposera que je luy auray escript; qu'il vous playse pareillement m'envoyer des bagues ou monstres exquises, pour faire présent à aulcunes dames et seigneurs de ceste court; que donniez charge à monsieur de Montmorency de gratiffier de parolle, et avec promesses, ceulx qu'il entendra par deçà estre bien affectionnez à ce propos; qu'il ayt charge de recommander en bonne sorte la Royne d'Escoce et ses affaires, et la liberté de son ambassadeur; et, pour la fin, en ce qui me peult concerner, si d'avanture je m'ose ramentevoir, que, suyvant ce que Vostre Majesté m'a mandé que je seroys nommé en la procuration avec voz depputez, qu'il vous playse, Madame, si d'avanture ilz viennent, m'y faire comprandre, ainsy qu'il convient à ung ambassadeur de Voz Majestez, et que, sur ceste très honnorable occasion, laquelle sera aussi pleyne de despence, Vostre Majesté n'ayt mal agréable de me faire sentyr la faveur, l'honneur et bienfaict que j'ay toutjour espéré de sa grâce; et je suplieray le Créateur, etc.

Ce xie jour de juillet 1571.

PAR POSTILLE.