Ce que j'ay dict cy dessus, d'avoir le consens du Pape, seroit pour dispenser Monsieur sur le mariage de ceste princesse et sur la forme des nopces, et pour la pouvoir accompaigner quelquefoys à son oratoyre, et pouvoir aussi estre quelques jours sans ouyr la messe, si la nécessité ainsy le requéroit, entrant en son royaulme, se chargeant Mon dict Seigneur, le jour qu'il l'ouyroit, d'un plus grand service de prières catholiques; car, au reste, nul ne faict difficulté qu'estant icy il n'obtienne assés en cella, sellon que la Royne d'Angleterre mesmes et toutz ceulx de son conseil sçavent et permettent que plusieurs seigneurs de ce royaulme puyssent avoir la messe en leurs maisons, et elle mesmes les en dispence, et, au pis aller, l'ambassadeur du Roy, qui sera icy, accommodera toutjours Mon dict Seigneur et les siens du dict exercice de sa religion, et ne sera inconvéniant, s'il le trouve bon, qu'aulx grandes festes, il passe à Bolloigne pour y faire la solempnité; qui n'est pas plus loing que là où le Roy d'Espaigne se retire souvant en telz jours pour sa dévotion, car, pourveu qu'il se conserve et se monstre catholique, et qu'en quelque sorte il ayt l'exercice de sa religion, et qu'il ne soit obligé à la protestante, il ne luy peult, quant au reste, estre rien imputé en cest endroict ny envers Dieu, ny envers les hommes: et pourtant, Madame, il ne fauldra toucher ung seul mot au sieur de Valsingan du dict faict de la religion, ny l'admettre luy qu'il vous en parle.
CXCIIe DÉPESCHE
—du xiiiie jour de juillet 1571.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Deslandes.)
Affaires d'Écosse: nouvelle suspension d'armes.—Retour de sir Henri Coban; réponse qu'il rapporte du roi d'Espagne.—Négociation des Pays-Bas.—Destruction de la flotte des protestans par la flotte du duc d'Albe.—Avis secret sur la négociation du mariage.
Au Roy.
Sire, je m'en vays aujourduy trouver la Royne d'Angleterre à Hamptoncourt pour luy faire l'honneste mercyement que me mandez, par la vostre du iie du présent, et verray en quoy elle persévère sur la négociation que Mr de Larchant et moy avons heu avecques elle, qui n'ay, pour ceste heure, rien que vous mander de plus, ny de moins, en cella despuys qu'il est party. Mais je vous diray d'ailleurs, Sire, que le xe de ce moys, la Royne d'Angleterre a escript, par le capitaine Caje, au mareschal de Barvyc en Escoce, qu'elle desire estre bien informée de l'estat du pays, comme les partz s'y meintiennent, et quelle opinion il en a, et à quoy il juge que pourront devenir les choses, et pourtant qu'il pénètre bien ez affaires de dellà affin qu'elle ne s'y trouve trompée; et qu'il dye aulx comtes de Lenoz et de Morthon que, pour ceste heure, elle ne les peult contanter de ce qu'ilz desirent, parce que toutz ceulx de son conseil luy remonstrent que cella enfraindroit les bons trettez qu'elle a avec ses alliez, lesquelz ont l'œil si ouvert en cest endroict qu'il n'est possible d'y aller si couvertement qu'ilz ne le descouvrent; et qu'il leur dye aussi qu'elle ne trouve bon qu'ilz reffuzent la suspencion de guerre pour demeurer ainsy obstinez qu'ilz sont, les armes à la main; ce qui ne peult estre qu'avec grandz fraiz, et qu'il seroit trop meilleur qu'ilz se missent, pour ung temps, en quelque neultralité, mais, s'ilz demeurent résoluz de non, qu'ilz advisent d'employer en leurs affaires les deniers qu'ilz ont tiré en grande somme des confisquations et forfaictures du pays, ausquelz n'a esté encores rien touché, premier que de presser par trop leurs amys, lesquelz ilz trouveront toutjour prestz de leur ayder, quant il en sera besoing; qui est tout le subject de la lettre, laquelle elle luy mande de la communiquer aus dicts de Lenoz et Morthon, et qu'après il se retire à Barvyc. Despuys laquelle dépesche, j'entendz, Sire, que la dicte Dame a receu des nouvelles du dict mareschal, du iiiie du présent, qui luy mande que, oultre le navyre, chargé d'armes et de monitions qui venoit de Flandres, où y avoit douze mil escuz en réalles et jocondales, lequel Morthon a naguières arresté, il estoit tout freschement arrivé ung aultre petit vaysseau de France, chargé d'armes et pouldres, envoyé à ceulx du party de la Royne d'Escoce, qui, ne sachant le Petit Lith estre ez mains du susdict de Lenoz, y estoit allé aborder tout droict; et que le comte de Morthon l'avoit incontinent saysy, et faict mettre les monitions au magasin du jeune Prince, et l'escouçoys qui les conduysoit en estroicte pryson, et qu'après beaucoup de grandes difficultez, icelluy mareschal enfin avoit heu parolle et promesse des deux partiz pour la suspencion d'armes; mais je n'ay encores entendu, Sire, pour combien de temps. C'est dont mettray peine de vériffier encores mieulx, s'il m'est possible, toutes ces choses, et adviseray d'en toucher ung mot à ceste princesse, ensemble de la continuation du tretté, et de la liberté de l'évesque de Roz, pour, puys après, vous en mander plus grand certitude.
Le jeune Coban a remercyé l'ambassadeur d'Espaigne du bon recueil qu'on luy a faict, et de la seurté qu'il a trouvé en Espaigne, soubz la faveur de ses lettres, et ne luy a rien plus touché de la négociation qu'il a faicte par dellà, mais j'ay sceu d'ailleurs que la lettre qu'il a apportée du Roy d'Espaigne à la Royne, sa Mestresse, laquelle est en latin, contient en substance:—«Qu'il ne desire rien tant que de demeurer en bonne amytié et intelligence avecques elle, et que les différans des prinses et de la suspencion du commerce d'entre leurs pays, soyent accommodez avec une bonne réconcilliation entre leurs communs subjectz, et qu'il sera prest d'aprouver et ratiffier tout ce que ses depputez en accorderont, ne s'estant jamais persuadé qu'elle n'ayt toutjour desiré d'entretenir la bonne amytié et alliance, qui a duré plusieurs siècles entre la mayson d'Autriche et la couronne d'Angleterre si inséparablement, qu'à toutes occasions et à toutz momentz elles ont esté toutjour prestes de prendre les armes pour la deffance l'une de l'aultre, et qu'estant son desir de persévérer en cella bien fort fermement de son costé, il espère qu'elle et toute la noblesse de son royaulme n'y seront moins disposez du leur, pour estre chose utille et très nécessaire à toutz deux.»
Je ne sçay encores ce qu'il a raporté davantaige en secrect; tant y a que le dict accord des prinses ne monstre, pour son arrivée, de prandre plus grand advancement, bien qu'il semble que le Sr Thomas Fiesque s'esforce de le conduyre, sans le sceu ny de l'ambassadeur ny du Sr de Sueveguem, qui est l'aultre depputé des Pays Bas; et néantmoins le Sr Quillegrey a esté encores freschement envoyé pour ouvrir et visiter aulcunes balles des dictes prinses affin de veoir s'il y a de l'argent dedans, ce qui n'est prins pour bon signe. Je metz peyne de m'y comporter ainsy que m'ayez cy devant mandé en chiffre. Icelluy Coban se loue d'avoir esté fort bien tretté et caressé par dellà, et que le Roy d'Espaigne l'a paysiblement ouy et bénignement respondu, et que le prince d'Evoly luy a donné plusieurs bonnes parolles, mais qu'il s'en est retourné sans qu'on luy ayt faict de présent. Les vaysseaulx flamans, qui se souloient tenir en ceste estroicte mer, ont esté escartez par l'admyral de Flandres qui en a prins ou miz à fondz quatorze, et jetté en la mer ou bien exécuté six centz hommes qui estoient dessus, et le reste s'est retiré à la Rochelle. Fitz Maurice a combattu en Yrlande, et dict on qu'il a tué cent cinquante hommes de la garnison de la Royne d'Angleterre, qui est beaucoup, veu le petit nombre de gens de guerre qu'elle y entretient. Il s'entend icy que le cardinal Alexandrin vient trouver Vostre Majesté; sur quoy l'on faict de bien diverses interprétations. Sur ce, etc. Ce xive jour de juillet 1571.
J'adjouxteray à ce pacquet un adviz qui me vient d'arriver tout à ceste heure, lequel j'ay extraict, mot à mot, de son original, et vous supplie très humblement me le renvoyer, ou commander qu'il soit miz au feu, et que Mr de Valsingam n'en entende en façon du monde rien.