Ce xxie jour de septembre 1571.

CCVIIe DÉPESCHE

—du xxvie jour de septembre 1571.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Claude.)

Refus d'audience.—Explications données par Burleigh à l'ambassadeur sur les affaires d'Écosse.—Acceptation de la régence par le comte de Mar.—Assemblée de Stirling.—Accusations portées contre le duc de Norfolk et contre Marie Stuart.

Au Roy.

Sire, ayant envoyé demander audience à la Royne d'Angleterre sur l'ocasion des choses que, le xe de ce moys, Vostre Majesté m'a mandé de tretter avec elle concernans la Royne d'Escoce et son royaulme, et ayant, par mesmes moyen, escript à milord de Burgley, icelluy de Burgley, de soy, m'a respondu plusieurs choses assez gracieusement, et a curieusement leu l'extraict d'une aultre lettre que la Royne d'Escoce m'avoit escripte; lequel j'ay desiré qu'il le vît bien au long, parce que les raysons et justiffications de tout ce qu'on impute à ceste pouvre princesse y sont fort bien et fort sagement déduictes, et a communiqué, à mon instance, le dict extrêt à sa Mestresse, et luy a aussi monstré ma lettre avec les poinctz raysonnables que je y requiers.

Laquelle a esté longtemps à dellibérer sur le tout avecques luy, et puys m'a faict mander par luy mesmes qu'elle se trouvoit de longtemps si offancée de la Royne d'Escoce, et les récentes injures, qu'elle vériffioit à ceste heure contre elle, luy renouvelloient si fort la playe, qu'elle en avoit au cueur, qu'elle ne pouvoit plus comporter qu'on luy parlât, en façon que ce fût, ny d'elle ny de ses affaires, et s'esbahyssoit assez comme je les voulois mesler avec ceulx de Vostre Majesté; et de tant qu'elle jugeoit bien que le pacquet, que vous m'aviez dépesché du xe de ce mois, ne pouvoit estre d'aulcune chose, qui eust esté négociée pendant que Mr de Foix estoit icy, parce qu'il estoit encores en chemin, affin de n'en ouyr point parler d'aultre, elle me prioit de temporiser mon audience jusques à ce que j'eusse encores receu ung aultre pacquet, et qu'elle avoit mandé à son ambassadeur vous dire, Sire, qu'elle n'avoit rien faict en l'endroict de la Royne d'Escoce, ny des siens, qui ne fût avecques honneur, avec debvoir et avec rayson, et qu'après que vous l'auriez ouy là dessus, elle espéroit que vous demeureriez bien contant: me voulant bien dire icelluy de Burgley, comme de luy mesmes, que de rien, que je sceusse proposer à ceste heure pour la dicte Royne d'Escoce ny pour les Escouçoys, je n'en raporterois aulcune meilleure responce que celle là; et qu'au regard des dicts Escouçoys, toutz les principaulx d'entre eulx se trouvoient desjà si unys à recognoistre l'authorité de leur jeune Roy que ce seroit troubler leur estat, si l'on s'y opposoit, et que, si Vostre Majesté vouloit, à ceste heure, soubstenir le duc de Chastellerault et le comte d'Honteley, qui seuls meintennoient le party de la Royne d'Escoce, vous vous monstreriez ennemy du repoz public du pays.

Il ne me deffault, Sire, que leur pouvoir bien répliquer à toutes ces responces; mais, parce que je ne serois ouy bien à ceste heure, encor que je parlasse en vostre nom, je ne veulx tant préjudicier à la grandeur et dignité d'icelluy que de l'employer en vain, et pourtant je ne m'advanceray de plus en parler, jusques à ce que Vostre Majesté, après avoir ouy le Sr de Valsingam, m'ayt commandé sa plus ample vollonté là dessus.

Cependant, Sire, j'entendz que le comte de Mar, par le confort de ceste princesse, a accepté la régence du pays, et qu'il a esté confirmé à icelle par l'assemblée du parlement qui estoit lors à Esterlin, dont, incontinent après, il a faict exécuter à mort deux de ceulx qui se sont trouvez coulpables de l'entreprinse du dict Esterlin; lesquelz ayant confessé qu'ilz avoient esté à ce induictz par les Amilthons pour faire mourir le comte de Lenoz, en revenche de l'archevesque de St André, icelle assemblée, tout d'ung consentz, a renouvellé leur sèrement de vanger, contre les Amilthons et contre le comte d'Honteley, la mort du feu Roy d'Escoce et des deux derniers régentz. Et suys adverty, Sire, que la Royne d'Angleterre a envoyé faire de fort grandes offres au dict de Mar, jusques à luy promettre armée pour assiéger Lillebourg, et que cependant elle luy fornyra la soulde de cinq cens hommes, et que mesmes il semble qu'elle fera couler iceulx cinq centz hommes de Barvyc à Esterlin à la file, affin qu'elle employe son argent à la soulde des siens, et que ce luy soit aultant de pied en l'Escoce, ne faisant doubte que ceulx de Lillebourg, s'ilz ne sentent bientost quelque rafreschissement, qu'ilz ne se trouvent en une fort grande extrémité. Et de tant que, par la déposition du filz du comte Dherby et de ceulx qui sont prisonniers avecques luy, il semble qu'on tire quelque indice de certaine dellibération qui avoit esté faicte d'enlever la Royne d'Escoce hors des mains du comte de Cherosbery, et de la conduyre en Galles pour la proclamer Royne d'Angleterre, et qu'à cella le duc de Norfolc ayt esté consentant, il n'est pas à croyre combien la Royne d'Angleterre s'esforce de le faire meintennant bien sentyr à toutz deux; mais l'ung et l'aultre, à ce qu'on dict, s'en justiffient fort bien, et croy qu'à ceste heure ce qui nuict le plus au dict duc est la privaulté qu'on se souvient que Ridolfy a heue en sa mayson et en celle du comte d'Arondel, pendant qu'il a esté par deçà; duquel Ridolfy l'on a fort suspect son voyage de Rome à Madry, et le séjour qu'il faict, de présent, en la cour d'Espaigne. Sur ce, etc.