Ce xxvie jour de septembre 1571.

CCVIIIe DÉPESCHE

—du dernier jour de septembre 1571.—

(Envoyée jusques à Calais par ung gentilhomme escouçoys.)

Dépêche de Walsingham.—Réception faite par le roi à l'amiral Coligni.—Mission de Quillegrey en France et en Allemagne.—Négociation des Pays-Bas.—Combat devant Douvres entre la flotte du duc d'Albe et celle du Prince d'Orange.—Nouvelles d'Écosse.

Au Roy.

Sire, arrivant la Royne d'Angleterre, le xxvie de ce moys; à Richemont, elle y a achevé son progrez de ceste année, et y est encores, et dict on qu'elle y fera assés long séjour, non sans qu'elle ayt desjà assés souvant souhayté de sçavoir si Mr de Foix estoit arrivé devers Voz Majestez Très Chrestiennes, et si elles demeuroient bien satisfaictes des responces qu'elle a faictes à luy et à moy, mais son ambassadeur luy a escript, du xve du présent, qu'il n'estoit poinct nouvelles de son retour, et mesmes luy a l'on asseuré qu'il estoit encores le xviiie à Paris, de quoy elle a monstré n'estre trop contante. Icelluy sieur ambassadeur, à ce que j'entendz, luy a fort curieusement mandé, du dict quinziesme, la réception de monsieur l'Admyral jusques à luy expéciffier que vous lui avez dict, Sire, qu'il fût aultant bien venu que gentilhomme qui soit arrivé en vostre court despuys vingt ans; et que la Royne, vostre mère, luy avoit faict l'honneur de le bayser; et que vous l'aviez mené en la chambre de Monseigneur vostre frère, qui se trouvoit ung peu mal disposé, où le mariage de Madame avec Monsieur le Prince de Navarre avoit esté conclud, et la paciffication de vostre royaulme de plus en plus confirmée; et que, incontinent après, vous aviez dépesché Mr de Biron devers la Royne de Navarre, laquelle, avec le dict Prince, son filz, estoient allez aulx beins de son pays de Béarn. Choses que les aulcuns d'icy ont heu assés agréables, mais il y en a plusieurs qui n'en ont monstré aulcun semblant de plésir, et ont dict tout hault qu'il estoit à craindre que l'accommodement des affaires de la France et le trop bien asseuré repoz d'icelle ne fût le travail et le trouble d'Angleterre.

A mandé davantaige le dict sieur ambassadeur que le propos du mariage de la Royne, sa Mestresse, avecques Monsieur estoit aussi bien subject à mutation par dellà comme icy, non sans qu'il l'eust assés de longtemps préveu, et qu'il n'eust descouvert d'où procédoit l'altération; néantmoins que Voz Majestez Très Chrestiennes, et Mon dict Seigneur, demeurez en la meilleure disposition du monde pour establyr une bien estroicte amytié et intelligence avec la Royne, sa Mestresse; et que, mesmes le dernier escript, qui avoit esté envoyé d'icy, vous avoit assés contantez, et qu'à cest effect il desiroit que quelcun de ce costé, personnaige bien choysy, fût bientost envoyé devers Vostre Majesté.

Et semble, Sire, que la dépesche, que la dicte Dame a despuys faicte à son dict ambassadeur, du xxe de ce moys, tende à estre esclarcye qu'est ce qui aura résulté du dict escript et du rapport de Mr de Foix, et comme sera receu quelcun des siens, si elle l'envoye par dellà, et aussi pour vous toucher aulcunes choses du faict de la Royne d'Escoce et du duc de Norfolc; mais, quant à ces deux derniers poinctz, j'espère, Sire, que vous aurez esté assés préparé d'en respondre au dict ambassadeur, s'il vous en est venu parler, sellon le discours que je vous en ay faict en mes deux précédantes dépesches, sans qu'il soit besoing de vous en faire icy plus de mencion; seulement je adjouxteray à ce pacquet l'original d'une lettre et l'extrêt de deux chiffres, que j'ay receu de la Royne d'Escoce, despuys qu'elle est resserrée, par où Vostre Majesté verra ce qu'elle pense estre très nécessaire de faire promptement pour elle et pour les affaires de son royaulme.