J'entendz que le Sr de Quilegrey s'apreste pour aller sollager le Sr de Valsingam, qui a mandé se vouloir faire curer de certaine difficulté d'uryne qui le travaille fort, où il dict avoir besoing d'ung séjour de trois moys; et semble qu'avec l'ocasion de ce voyage l'on en dresse ung aultre, pour le dict Sr de Quillegrey, d'aller, au partir de France, devers les princes protestans en Allemaigne, dont ne sera que bon de l'observer ung peu sur ce qu'il négociera, pendant qu'il sera en vostre court. Il est venu responce de Bruxelles comme le Sr Thomas Fiesque estoit arrivé devers le duc d'Alve le xve de septembre, et qu'on espéroit qu'il seroit bientost remandé par deçà avec ample pouvoir et ratiffication sur tout ce qui a esté tretté de l'accord des merchandises; dont sera besoing, Sire, qu'à ceste heure vous soyez adverty du dict Bruxelles de ce que pourrez desirer entendre de plus en ceste affaire. L'admyral de Flandres, avec bon nombre de navyres de guerre, est venu combattre et chasser, par deux foys, les vaysseaulx du prince d'Orange jusques à la bouche du port de Douvre, et, sans l'artillerye du chasteau et du balouvart du dict Douvre, qui a tiré contre luy, il les eust poursuyviz jusques dans le mesmes port. L'on me vient de dire tout présentement que ceulx d'Esterlin en Escoce ont mandé, de toutes partz, à ceulx de leur party qu'ilz les viennent trouver, ce premier jour d'octobre, avec leurs armes et vivres pour quarante jours, affin d'aller assiéger Lillebourg. Sur ce, etc.

Ce xxxe jour de septembre 1571.

CCIXe DÉPESCHE

—du vie jour d'octobre 1571.—

(Envoyée exprès jusques à la court par le Sr Bernardo Gary.)

Procédure contre le duc de Norfolk.—Arrestation du comte d'Arondel.—Lord de Lumley mis à la Tour.—Nouvelles d'Écosse.—Nécessité d'envoyer des secours dans ce pays.

Au Roy.

Sire, il n'y a rien en quoy la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil facent, à ceste heure, plus grande dilligence que de s'esclarcyr des souspeçons qu'ilz ont conceues contre le duc de Norfolc et contre d'aultres seigneurs de ce royaulme, et, pour cest effect, ilz en ont faict appeller aulcuns des principaulx en ceste court, où ayantz desjà le comte d'Arondel et milord de Lomeley, son beau filz, compareu des premiers, l'arrest a esté commandé au dict comte avec gardes en sa mayson, et l'on a miz son beau filz dedans la Tour. Il se présume qu'il en prendra de mesmes à ceulx qui s'atandent icy bientost, car la dicte Dame est fort animée contre eulx, et milord de Burgley s'y monstre bien ardent; mais le comte de Lestre a trouvé moyen, sur ceste première fureur, de s'absanter en sa mayson de Quilingourt, où il est encores de présent, et n'y a chose qui se monstre plus aparantment à ceste heure en ce royaulme que la division pleyne de peur et de dangier. La dicte Dame faict haster la cuillette des deniers qui luy ont esté ottroyez par son parlement, et, oultre cella, elle faict, despuys huict jours, travailler secrectement à la monoye pour convertyr les réalles d'Espaigne, qui sont dans la Tour, en monoye d'Angleterre. Elle persévère toutjour en ung apparant desir de conclurre, par ung ou aultre moyen, une bien estroicte intelligence avec Vostre Majesté; et quant, sur la première vostre dépesche que je recepvray, je l'yray trouver, je vous manderay incontinent, Sire, ce que j'en auray plus expressément cogneu. Cependant le Sr de Quillegrey s'apreste pour aller sollager le Sr de Valsingam, et l'adviz, qu'on m'avoit desjà donné, qu'il passeroit puys après en Allemaigne m'a esté de rechef confirmé, et qu'il a charge de pratiquer en l'ung et l'aultre pays des intelligences, et qu'il porte procuration en forme pour conclurre la ligue avec le comte Pallatin, le marquis de Brandebourg, le Lansgrave et aultres princes protestans: en quoy sera bon, Sire, que Vostre Majesté face prendre garde comme les choses passeront.

Au surplus, Sire, les choses d'Escoce sont aulx termes que je vous ay escript du dernier du passé, que ceulx d'Esterlin ont mandé toutz ceulx de leur party pour aller assiéger, au premier du présent, ceulx de Lillebourg, lesquelz ilz ont desjà envoyé sommer. L'on est après icy à faire une dépesche aus dicts d'Esterling, et y a aparance qu'il leur sera promptement envoyé de l'argent, et encores ay je quelque adviz, de fort bon lieu, qu'on prépare d'y envoyer des forces par prétexte de revencher la mort du comte de Lenoz: à quoy semble, Sire, qu'il est temps d'y remédier. La Royne d'Angleterre, au commancement de septembre, avoit escript au comte de Lenoz de faire en sorte que ceulx de son party vollussent adresser une remonstrance à elle, signée de leurs mains, par laquelle ilz luy signifiassent que les grandz troubles et divisions, qui continuoient en leur pays, et ceulx qui aparoissoient en Angleterre, procédoient de l'opinion en quoy elle entretenoit le monde de vouloir restituer la Royne d'Escoce, et que, tant qu'elle la tiendroit en son royaulme, la dicte opinion ne cesseroit, et en demeureroient ceulx qui s'esforcent de relever son authorité toutjour en quelque espérance, chose qui estoit de très grand préjudice aulx deux royaulmes; et, de tant qu'il y avoit desjà ung Roy légitimement estably en la place d'elle, par la propre dimission qu'elle en avoit faict, qu'ilz la vollussent suplier de remettre la personne de la Royne d'Escoce en leurs mains pour ordonner d'elle, et de son entretennement, sellon que les Estatz du pays estimeroient se debvoir faire, soubz bonne seurté qu'ilz donroient ordre qu'elle ne peult mouvoir aulcune chose, en l'ung ny l'aultre royaulme, au préjudice du repos public. Lesquelles lettres estant arrivées à Esterling après la mort du comte de Lenoz, elles ont esté leues en l'assemblée des aultres seigneurs qui s'y sont trouvez, et leur responce est meintenant arrivée; mais je ne sçay encores ce qu'elle contient. Sur ce, etc. Ce vie jour d'octobre 1571.