Et, quant aulx différans des Pays Bas, il semble, Sire, que la victoyre contre le Turcq soit cause que ceulx cy attendent avec plus de pacience les longueurs du duc d'Alve; car, sans cella, il est sans doubte qu'ilz eussent desjà vandu les merchandises qui sont icy en arrest, mais ilz temporiseront encores jusques à lundy prochain, sur l'asseurance que les depputez de Flandres leur donnent que, le trésiesme de ce moys, le Sr Fiesque a esté dépesché pour apporter la ratiffication des articles.
Les merchantz de Londres se pleignent infinyement d'aulcunes visites, impositions, coustumes et contrainctes, qu'on a de nouveau exigées sur eulx à Roan, et de ce qu'on va icelles exécutant, à ce qu'ilz disent, avec grand rigueur, et avec beaucoup d'arrogance et de viollance, contre leurs facteurs et contre leurs merchandises; de quoy tout ce royaulme commance fort à se dégouster du traffic de la France, et avoir ung fort grand regrect à celluy d'Envers; et la pluspart des merchans, ayans délayssé la dicte ville de Roan, essayent pour ung temps de s'accommoder à Dieppe, et y envoyent descharger leurs navyres, attandant que l'accord des Pays Bas se puysse conclurre, qui sera de tant plus vollontiers accepté. Ceulx de Roan aussi se pleignent bien fort des gravesses qu'on leur faict par deçà, dont, s'il vous playsoit, Sire, qu'il y eust quelque modération entre les deux villes, je procureroys que ceste icy ordonnast des depputez pour en convenir avec ceulx que la ville de Roan y vouldroit ordonner. Qui est tout ce que, pour ceste heure, j'ay à adjouster à la présente, laquelle encores, s'il vous playt, Sire, servyra de responce à celle qu'il vous a pleu m'escripre du iie du présent. Et sur ce, etc.
Ce xxe jour de novembre 1571.
CCXXe DÉPESCHE
—du xxvie jour de novembre 1571.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par le maréchal de Vitré.)
Procédure contre le duc de Norfolk.—Gravité que prend l'accusation.—Lettre écrite par le duc à Élisabeth pour accuser Leicester.—Irritation de Leicester.—Plaintes de la reine d'Écosse.
Au Roy.
Sire, sellon que la Royne d'Angleterre a desiré d'estre advertye de l'estat des choses d'Escoce et du faict des Pays Bas, premier que de résouldre le partement de celluy qu'elle dellibère d'envoyer devers Vostre Majesté, il est advenu que, d'un costé, milord de Housdon luy a escript que les seigneurs escouçoys des deux partys sont en très bons termes de s'accorder ensemble, et qu'il ne reste guières à présent chose entre eulx qui ne se puysse facillement accommoder, mais ne mande les particullaritez; et, de l'aultre costé, elle a sceu que le Sr Fiesque est desjà deçà la mer avec tout pouvoir et ample ratiffication des articles. Je ne sçay si, sur le poinct que la restitution se debvra faire, il aparoistra encore quelque chose de nouveau.
Le faict seulement de ceulx qui sont dans la Tour retient ung peu les choses en suspens, néantmoins il se poursuyt avec grand dilligence, despuys que milord de Burgley est relevé de sa goutte; et dict on que, de la confession de eulx, et mesmement de celle de l'évesque de Roz, résulte desjà assés qui suffit pour faire voir à Vostre Majesté, et à toute la Chrestienté, que ceste princesse a heu grande occasion de procéder ainsy rigoureusement qu'elle a faict contre eulx; dont je m'en raporte bien à ce qui en est. J'espère que, dans bien peu de jours, le voyage de mestre Smith se résouldra, et que je sçauray le jour que luy, ou bien quelque aultre, si, d'avanture, l'on change encores une foys d'ambassadeur, debvra partyr.