J'entendz que le duc de Norfolc a escript une lettre de son faict à la Royne d'Angleterre, en laquelle il allègue le comte de Lestre, qui en reste si offancé que, là où auparavant il monstroit de luy estre amy, il semble, à ceste heure, qu'il luy veuille estre bien fort adversayre; ce qui luy pourra beaucoup nuire.

La Royne d'Escoce m'a faict, à grand difficulté, entendre de ses nouvelles, et me mande qu'elle a beaucoup à faire à se meintenir en santé, pour les grandz ennuys qu'elle sent, et par faulte d'exercice, et aussi qu'on ne cesse, toutz les jours, d'excogiter nouvelles rudesses contre elle; ce qui lui faict, après Dieu, invoquer à toute heure la faveur et protection de Vostre Majesté, et vous adresser toutes ses larmes comme à son seul reffuge, affin qu'il vous playse avoir compassion de ses misères et de celles de ses bons subjectz; et qu'au reste elle trouvera moyen de m'escripre encores plus amplement par aultre voye. J'entendz qu'elle a envoyé une lettre à ceste Royne, et qu'on a dépesché, sur l'audition de l'évesque de Roz, un secrétaire devers elle, pour avoir la vériffication de quelque faict.

L'on dict que le comte de Montgomery est arrivé à Plemue, ou qu'il y doibt bientost descendre, et qu'on l'attand en la mayson de sir Arthus Chambernant, visadmyral du Ouest, de quoy se fait divers discours en ceste court; tant y a que j'entendz que c'est pour faire quelque mutuel parantaige entre ses enfans et ceulx du dict Chambernant. Sur ce, etc. Ce xxvie jour de novembre 1571.

CCXXIe DÉPESCHE

—du dernier jour de novembre 1571.—

(Envoyée jusques à Calais par Richard Jary de Beaumont.)

Déclaration qu'il y a lieu de poursuivre le duc de Norfolk comme criminel de lèze-majesté.—Appareil dressé pour son exécution, avant même qu'il ait pu être jugé.—Crainte que l'évêque de Ross ne coure également péril de la vie.—Nouvelles d'Écosse.—Négociation des Pays-Bas.—Arrivée à Londres du comte de Montgommery.—Nécessité de faire quelque démonstration en faveur de Marie Stuart et du duc de Norfolk.

Au Roy.

Sire, voyant que la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil estoient merveilleusement occupez à faire parachever, sur la fin de ce terme, le procès contre les seigneurs qui sont dans la Tour, je me suys, pour sept ou huict jours, fort vollontiers déporté d'aller rien négocier avec elle ny avec eulx, mesmes que je n'ay heu guières grand argument pour le faire, et qu'il m'a semblé qu'ilz vouloient voyr le fondz de ce faict, premier que d'en entamer ung nouveau; et aussi que j'ay bien vollu, Sire, vous réserver l'advantaige de ne les aller requérir de ce dont j'estime qu'ilz doibvent venir recercher Vostre Majesté, qui est de vostre amytié et de vostre intelligence. Et cependant j'ay sceu que, voulantz par trop aproffondir le dict affaire d'iceulx seigneurs, ilz ont faict que les partz, qui aspirent à la succession de ceste couronne, se sont ressucitées plus vifves que jamais, et que les principaulx s'esforcent en ceste court, par toutz les moyens qu'ilz peuvent et sans y espargner aulcune sorte d'artiffice, d'y faire incliner les choses, chacun sellon qu'il estime pouvoir servyr à fortiffier et advancer sa prétention; en quoy ilz meslent encores et la France et l'Espaigne, et tiennent ceste princesse si irrésolue entre les deux, sans toutesfoys le luy donner à cognoistre, qu'elle ne sçayt auquel se debvoir bonnement résouldre, d'où vient qu'elle va ainsy, dilayant de jour en jour, et changeant souvant d'ellection de celluy qu'elle veult envoyer; et croy encores que quelquefoys ilz la rendent incertaine si elle vous en doibt envoyer pas ung: tant y a que le mieulx que je pourray, sans indignité, luy recorder sa promesse, j'essayeray de la conduyre à l'acomplir.