Mècredy dernier, l'examen des dicts seigneurs prisonniers a esté miz, suyvant l'ordre du pays, devers quatre chevalliers, quatre escuyers et quatre bourgeois, lesquelz, à ce que j'entendz, ont arbitré qu'en celluy du duc se trouvent aulcuns articles qui doibvent estre proposez comme cas de lèze majesté à ceulx qui les jugeront, et qu'il n'appert encores assés clairement qu'il soit ainsy en nul des aultres. Le lundy ensuyvant, l'on a commancé, avant jour, avec les flambeaux, de travailler à dresser ung eschaffault et une potance à la place devant la Tour, et court ung bruict sourd par la ville que c'est pour y exécuter le dict duc le premier; et y en a qui disent qu'on en fera aultant de l'évesque de Roz, comme estant le principal autheur de la rébellion. J'ay desjà, au nom de Vostre Majesté, incisté à la dellivrance de ce segond, et sçay que sur cella il a esté une foys arresté en ce conseil qu'encor qu'on eust de quoy procéder criminellement contre luy, que néantmoins l'on s'en déporteroit; mais ilz sont si muables et sont tant anymez en cest affaire, et ont si peu de respect aulx qualitez du Sr de Roz, qui est ambassadeur et évesque catholique, que je ne suys sans peyne et sans quelque doubte de luy.

Milord de Housdon a de rechef escript que les seigneurs des deux partys en Escoce continuent de faire plusieurs assemblées et conférances pour parvenir à ung bon accord, et qu'il y a grand espérance qu'ilz se paciffieront. J'entendz qu'il a esté mandé aulx capitaines de Barvyc, et de la frontière du North, de faire la reveue de leurs gens, et que, si quelques ungs avoient coulé en Escoce, qu'ilz les révoquent. Et aulx recepveurs des quatre provinces, plus voysines de la dicte frontière, qui debvoient porter les deniers de ce quartier à Barvyc, a esté contremandé qu'ilz en envoyent la moytié icy, et que, de l'aultre moictié, laquelle monte à vingt six mil escuz ou envyron, ilz advisent d'en contanter la garnyson de la dicte frontière.

Le Sr Fiesque est attandant le passaige à Callais, il y a plus de dix jours, ou au moins faict l'on semblant qu'il y soit, et que la tempeste et le vent contraire l'empeschent de passer. Cela est cause qu'on n'a touché à la vante des merchandises, et se monstre icy ung fort grand et général desir que ces différans avec les Pays Bas se puyssent accorder. Sur ce, etc.

Ce xxxe jour de novembre 1571.

Par postille à la lettre précédente.

Despuys la présente escripte, j'ay adviz que milord de Housdon a escript comme les depputez de ceulx d'Esterlin sont arrivez à Barvyc, pour tretter de leurs affaires avecques luy, qui monstre qu'ilz ne tendent à s'accorder avec ceulx de Lillebourg, et qu'il est allé quelques monitions du dict Barvyc au Petit Lith, et que de Lillebourg on a dépesché quelque personnaige de qualité devers Vostre Majesté. Le comte de Montgomery est arrivé, despuys au soir bien tard, en ceste ville.

A la Royne.

Madame, encor qu'entre plusieurs propos, dont j'ay heu à tretter avec la Royne d'Angleterre du faict de l'Escoce et des Escoussoys, je luy aye nomméement, et en termes bien exprès, de la part de Voz Très Chrestiennes Majestez, vifvement incisté de vouloir ordonner ung bon et honneste trettement à la Royne d'Escoce, et mettre l'évesque de Roz, son ambassadeur, en liberté, je crains néantmoins, Madame, que, de tant qu'on voyt la pouvre princesse estre toutjour fort estroictement tenue, et l'évesque en dangier de sa vie, qu'aulcuns vouldront estimer que n'avez assez fermement employé vostre authorité et crédict envers ceste princesse pour y remédier, mesmement si l'on procède contre la personne du dict évesque. En quoy, Madame, si voz Majestez estiment qu'il s'y doibve faire par elles mesmes quelque plus vif office par dellà envers l'ambassadeur d'Angleterre, ne fault doubter qu'il ne serve grandement; ou bien, si me commandez de le faire icy, je mettray peyne d'y suyvre entièrement vostre intention, et me garder, le mieulx que je pourray, de n'altérer rien en celle de la Royne d'Angleterre; me trouvant aussi en peyne comme user pour le duc de Norfolc, au cas qu'il soit jugé à mourir, car il a l'ordre du Roy, et n'est en ce dangier, où il se trouve, que pour avoir vollu ayder les affaires de la Royne d'Escoce: dont vous playrra, Madame, me commander, tout à temps, ce que jugerez estre bon là dessus, car l'on luy faict la poursuyte si vifve et si secrecte que je crains qu'on verra plus tost son exécution qu'on n'entendra qu'il ayt esté condempné. Et sur ce, etc.

Ce xxxe jour de novembre 1571.