CCXXIIe DÉPESCHE
—du ve jour de décembre 1571.—
(Envoyée jusques à Calais par le sire Guillem Quincayt, escoussois.)
Accueil fait par Élisabeth à Mr de Montgommery.—Nouvelles d'Écosse.—Négociation des Pays-Bas.—Bruit répandu à Londres que l'on se prépare en France à envahir la Flandre.—Départ de Me Smith désigné pour passer en France.—Libelle publié à Londres contre la reine d'Écosse.
Au Roy.
Sire, il a faict ung si contraire temps, l'espace de dix jours, à passer par deçà, que, jusques au premier de ce moys, le Sr de Vassal n'a peu arriver icy, lequel m'a rendu les lettres du xve du passé, et avec icelles m'a informé d'aulcunes choses, que Voz Majestez luy avoient donné charge de me dire; sur lesquelles j'envoye présentement devers la Royne d'Angleterre pour luy demander audience, et, incontinent après que j'auray parlé à elle, je ne fauldray, Sire, de vous mander tout ce qu'elle m'aura respondu. Cependant je diray à Vostre Majesté qu'elle a faict une fort bonne et fort favorable réception à Mr le comte de Mongomery, et a heu de longs et privez propos avecques luy, et l'a faict fort caresser et bien tretter en sa court, et veult, à ce que j'entendz, avoir sa fille avec elle, et que le filz de sir Arthur Chambernant, qui l'a espousée, aille résider quelque temps en France pour aprendre la langue et les honnestes meurs du pays. Le dict sieur comte est venu conférer avecques moy, premier que d'aller trouver la dicte Dame, avec grande démonstration de bonne affection au service de Vostre Majesté, et m'a prié de luy monstrer en quoy il se pourroit employer icy pour vous en faire; qui ay esté bien ayse, Sire, qu'il en ayt usé ainsy, affin que ceulx cy cognoissent que toutz voz subjectz se vont de plus en plus réunissant, et se rangent à l'affection et obéyssance de Vostre Majesté; et n'ay poinct reffuzé de luy monstrer comme il pourroit mieulx dresser ses propos pour les faire servyr au bien de voz affaires. Lequel, au retour de Grenvich, m'est venu racompter aulcunes particullaritez que la dicte Dame et ceulx de son conseil luy ont dictes, qui tendent à faire une fort estroicte amytié avecques Vostre Majesté, nonobstant qu'ilz soient, à ce qu'ilz disent, meintenant recerchez, aultant qu'il est possible, du costé d'Espaigne; mais c'est o[17] condition que ne les pressiez de se dessaysir jamais de la personne de la Royne d'Escoce, car ne pourroient espérer qu'il y eût une seulle heure de repos en ce royaulme, aussitost qu'elle seroit restituée au sien, et qu'ilz craignent qu'en ce poinct je leur soys fort contraire. Le dict Sr de Mongomery s'en retourne aujourd'huy, et va repasser à Dièpe, dont je mettray peyne, cy après, d'entendre s'il aura rien plus négocié par deçà.
La dellibération continue bien toutjour d'envoyer maistre Smith en France, mais cella n'est encores ni bien conclud ny bien arresté. J'en tretteray avec la dicte Dame, pour vous en pouvoir, par mes premières, mander quelque certitude, avec ses aultres responces qu'elle me fera.
Il se dict icy plusieurs choses d'Escoce, néantmoins je n'adjouxteray rien à ce que Vostre Majesté en pourra veoir par l'extrêt d'une lettre que le Sr de Vérac m'a escripte, du xiie du passé, sur laquelle je diray seulement deux choses à Vostre Majesté: l'une est que je n'ay point forny les deux mil deux centz escuz à l'homme qu'il me mandoit, parce que je n'en ay ny le moyen ny vostre commandement de le faire, mais je l'ay renvoyé le mieulx satisfaict de parolle que j'ay peu vers Mr de Glasco et de Puiguillen; qui a monstré d'en estre contant, et est personnaige de considération, qui semble entendre assés bien l'estat du pays, et asseure que, si quelcun de grande qualité y passe, lequel veuille bien tretter en vostre nom la paciffication entre les seigneurs des deux partys, qu'ilz s'y rangeront; la segonde est que la principalle importance de tout le faict de vostre service par dellà semble estre à bien conserver le capitaine Granges, qui a le chasteau et la ville de Lillebourg entre mains; et pourtant je desire, Sire, que renvoyez son frère le mieulx expédié et le plus contant que Vostre Majesté le pourra faire.
Le Sr Fiesque est arrivé, lequel donne toute espérance de l'accord, et encores des aultres accommodemens qui doibvent suyvre le dict accord; l'on verra dans peu de jours ce qui en réuscyra. Il semble que le Sr de Valsingam ayt escript que Vostre Majesté envoye des gens de guerre en Picardie, et que l'ambassadeur d'Espaigne s'est retiré en Flandres sans avoir prins congé, ce que ceulx cy présument estre ung argument de guerre; tant y a qu'on ne m'en a point encores parlé. Et sur ce, etc.