Je viens tout présentement de recepvoir par ung mesmes pacquet deux dépesches de Vostre Majesté, du dernier du passé et du premier d'estuy cy. Je verray bientost ceste princesse sur le contenu d'icelles, lesquelles me semblent très convenables à ce qui est besoing de négocier meintenant avec elle, et que Voz Majestez et Monseigneur avez très prudemment et vertueusement usé en tout ce qu'avez dict et faict en l'endroict du Sr de Quillegrey. Sur ce, etc. Ce xvie jour de décembre 1571.

La présente estoit desjà dattée et signée, quant milord de Burgley m'a envoyé le Sr Cavalcanty pour me saluer de sa part, et me dire que la Royne, sa Mestresse, et les seigneurs de son conseil s'estoient enfin résoluz de ce qu'ilz avoient à faire en l'endroict de l'ambassadeur d'Espaigne, et que, ceste après dinée, l'on l'avoit mandé dans le conseil, où, après plusieurs choses débattues, il luy avoit esté enjoinct de vuyder d'Angleterre dans lundy prochain par tout le jour. Qui est une résolution, Sire, que ceste princesse a prinse sur la ferme asseurance, qu'il vous a pleu que je luy aye donné de vostre bonne et parfaicte et perdurable amytié. J'estime que, pour cella, l'on ne layssera de passer oultre à l'exécution des accordz touchant la restitution des merchandises.

CCXXVe DÉPESCHE

—du xxiie jour de décembre 1571.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Confidences faites par Élisabeth à l'ambassadeur de ses plaintes contre le roi d'Espagne.—Affaires d'Écosse.—Sursis accordé à l'ambassadeur d'Espagne, à qui ont été donnés des gardes.—Résultat de la mission de Mr de Montgommery en Angleterre.—Nouveaux détails sur divers mariages faits à Londres et sur les affaires d'Écosse.

Au Roy.

Sire, j'ay esté, mardy dernier, devers la Royne d'Angleterre, et, le mècredy, elle m'a faict convyer à diner avec elle chez milord de Burgley, qui luy a faict le festin des nopces de sa fille avec le comte d'Oxfort; et le Sr de Sueneguem, depputé de Flandres, y a esté toutes les deux foys.

J'ai heu assés d'argumentz, prins des lettres de Vostre Majesté, du dernier du passé et premier d'estuy cy, pour entretenir ceste princesse, laquelle a monstré de demeurer merveilleusement contante de ce que je l'ay fort asseurée que vous persévériez, de plus en plus, Sire, au ferme propos d'establyr une bonne et perdurable amytié avec elle; et que c'estoit sur la mutuelle bonne estime, que toutz deux avez de la vertu l'ung de l'aultre, que vous entendiez la fonder principallement de vostre costé, sellon que vous aviez en beaucoup d'honneur ses vertuz, ainsy qu'elle louoit souvent celles qui sont en Vostre Majesté; et que vous espériez que d'une si saincte confédération, comme ceste cy, qui seroit toute posée en vertu, vous parviendriez à toutz les aultres bons, et utilles, et desirables effectz qu'auriez à desirer l'ung de l'aultre, ou pour voz personnes ou pour voz estatz, ou pour voz subjectz. Et luy a semblé que c'estoit desjà ung commancement de procéder, bien ouvert et franc de vostre costé, Sire, que de luy faire entendre ce qui estoit advenu de dom Francès d'Alava[20], et luy toucher aussi de l'entreprinse, que Mr de Mondocet vous a escript, qui estoit entendue à Bruxelles sur ce royaulme, laquelle avoit esté interrompue; de quoy vous estiez bien fort ayse: et pareillement que vous n'estimiez la guerre de Levant si achevée que le Roy d'Espaigne fût pour entreprendre encores rien en la mer de deçà, avec les aultres particullaritez de la première audience qu'avez donnée au Sr de Quillegrey. Qui ont esté toutz propos ès quelz j'ay bien vollu, Sire, y aller assés réservé, affin qu'en cerchant de satisfaire à la dicte Dame, je peusse comprendre de ses propos comme elle y estoit disposée.