Nouvelles de la guerre de France.—Retraite de l'amiral de Coligni sur Montauban.—Réduction de plusieurs places fortes de Guyenne sous l'obéissance du roi.—Siège de Saint-Jean-d'Angely.—Capitulation proposée aux habitants.—Entrevue de l'ambassadeur et de la reine d'Angleterre.—Déclaration de l'ambassadeur, que tout secours donné par les Anglais aux protestants de la Rochelle sera pris pour un acte de guerre.—Protestation d'Élisabeth qu'elle veut maintenir la paix, qu'elle interdira à ses sujets de fournir aucun secours à ceux de la Rochelle, et qu'elle est fermement résolue à ne prendre les armes que pour la défense de sa religion, si elle était attaquée.—Sollicitations qui sont faites auprès d'elle par les princes protestants d'Allemagne, pour l'engager à entreprendre une guerre générale.—Déclaration de l'ambassadeur, que le roi ne serait pas éloigné d'accepter la médiation d'Élisabeth, et qu'il est toujours prêt à recevoir en grâce ses sujets révoltés.—Conversation entre la reine et l'ambassadeur sur les troubles du Nord.—Offre faite par l'ambassadeur des bons offices du roi.—Ses instances pour que l'Angleterre consente à la réunion des deux églises.—Assurance donnée par la reine que la révolte du Nord lui cause peu d'inquiétude, et qu'elle ne se refuse pas à négocier pour la réunion des églises.—Promesse qu'elle fait de bien traiter Marie Stuart et d'assurer une bonne issue à ses affaires.—Efforts des Espagnols pour renouer les négociations au sujet des Pays-Bas.—Nouvelles du Nord.—Un grand nombre des révoltés sont rentrés dans leurs foyers.—Le reste a mis le siége devant Castelbar.—Ils se sont rendus maîtres de Hartlepool.—Lord Heries, sorti de prison, a pris les armes avec le projet de se joindre à ceux du Nord.—Mouvements en Écosse contre le comte de Murray.—Pardon offert par Élisabeth aux révoltés.—Réunion des troupes de la reine.—Une bataille générale devient imminente.—Apprêts de guerre faits par le duc d'Albe dans les Pays-Bas.—Craintes qu'ils inspirent à la reine d'Angleterre.—Mesures qui sont prises par Élisabeth pour arrêter les entreprises des Espagnols.—Armements de plusieurs vaisseaux de guerre dans la Tamise.—Plainte des Anglais au sujet de quelques uns de leurs navires qui ont été arrêtés en Bretagne.—Vives instances pour que la restitution des prises soit faite au jour marqué.

Au Roy.

Sire, parce que vostre dépesche du xxe du passé, laquelle le Sr. de Vassal m'a apportée, n'a guières miz à venir après celle, que peu auparavant j'avoys receue par le Sr. de La Croix, je n'ay faict pour les deux qu'ung seul voyage devers la Royne d'Angleterre, affin de tant moins l'ennuyer sur le commancement de ces troubles, et ayant esté bien receu d'elle ainsy que toutjour, je luy ay faict ung sommaire récit de la retrette de monsieur l'Admyral vers Montauban assés en effroy, avec ce qui luy restoit de cavallerye; et comme les communes, en passant, s'estoient eslevées contre luy, et avoient assailly et deffaict aulcuns des siens aulx passaiges des rivières; néantmoins qu'il avoit passé oultre jusques à la Garonne pour se joindre aulx Viscomtes, qui estoient de dellà, ou leur donner moyen à eulx de passer devers luy, ce qui n'importoit guières que l'ung ou l'aultre advînt, car les deux forces ensemble n'estoient pour faire grand effect; et que cependant vous estiez après à recouvrer les places qu'il avoit occupées en Guyenne, dont la plus part s'estoient desjà réduictes, ès quelles vous aviez faict uzer d'une si grande clémence qu'il n'avoit esté touché ny à la vye ny à la personne d'ung seul des habitans; et [que] meintennant vous estiez devant St. Jehan d'Angely, là où ceulx de dedans avoient expérimenté la mesmes clémence de Vostre Majesté par une capitulation la plus gracieuse qui se pourroit ottroyer de nul prince à ses subjectz, laquelle néantmoins ilz avoient contre leur foy et promesse, reffuzé despuys d'accomplir; priant la dicte Dame vouloir prendre la peyne de la veoir; ce que tant plus curieusement elle fit qu'elle desiroit sçavoir si vous leur aviés concédé la liberté de leurs consciences. Et après l'avoir leue, je suyviz à luy dire que, pour faire retourner le monde en son ordre accoustumé de l'obéyssance deuhe aulx princes, avec quelques exemples notables pour aprendre aulx subjectz de ne plus désobeyr, vous la requériez, comme princesse souveraine, constituée entre les aultres grandz princes de la terre sur cest ordre de commander, et comme ayant grand intérest qu'il ne fût parverty, ains s'il l'estoit qu'il fût fermement restably, qu'elle vous vollût sur la dicte capitulation accorder deux choses;—l'une, de croyre fermement que Voz Majestez Très Chrestiennes n'ont jamais eu que bonne et droicte intention à la conservation de leurs subjectz, et au contraire que les aultres ne l'ont heue ny bonne ny droicte envers l'obéyssance et subjection qu'ilz vous doibvent;—la seconde que, de tant que par la force, puysqu'aultrement ne pouviez, vous dellibériez recouvrer la dicte obéyssance, et qu'à cest effect vous estiez en personne en vostre camp, la dicte Dame vollût favoriser vostre juste entreprinse, et ne donner aulcune assistance, secours ny faveur, ny permettre estre donné par ses subjectz à ceulx qui ainsy s'opposent à vostre légitime authorité; aultrement vous prendriez cella pour une manifeste déclaration qu'elle ne vouldroit demeurer aulx bons termes de paix et d'amytié envers vous, que vous desiriez de bon cueur persévérer envers elle; et luy vouliez ainsy dire cella, Sire, à cause du Sr. de Lombres, gentilhomme flamant, que je sçavois estre desjà venu, de la part de ceulx de la Rochelle devers la dicte Dame, et qu'on m'avoit dict que le frère de leur comte de Mensfelt y estoit aussi fort secrectement arrivé, et qu'il se tenoit caché en une chambre à Vuyndesor.

La dicte Dame me respondit que, avec le contantement qu'il vous playsoit luy donner du récit de voz affaires, elle en recepvoit ung aultre bien fort grand d'entendre qu'ilz alloient toutjours prospérant de bien en mieulx; et que, pour vous satisfaire sur les deux choses que je luy requérois, elle vouldroit qu'ung propos, que despuys quelques jours elle avoit desiré me tenir y peust suffire: c'est qu'elle protestoit envers Dieu et Voz Majestez Très Chrestiennes qu'elle avoit fermement rejecté deux très véhémentes persuasions qu'on s'estoit esforcé de luy donner; l'une d'entreprendre la deffance de voz subjectz travaillez pour la religion, et l'aultre de nourrir et foumanter la guerre en vostre royaulme, affin qu'elle ne passât au sien; car n'avoit estimé que l'une ny l'aultre de ces deux praticques peult convenir à son honneur ny à sa conscience, jugeant en son cueur que Voz Majestez Très Chrestiennes n'avoient peu vouloir mal à leurs subjectz, et que c'estoient plustost voz subjectz qui vous avoient provoquez et irritez; lesquelz, nonobstant qu'on leur fît empeschement en leur religion, debvoient, plustost que de mouvoir les armes, s'en estre allez hors du royaulme; par quoy avoit reffuzé d'estre pour leur cause, et n'avoit non plus desiré la continuation de la guerre en vostre royaulme, ains d'y veoir de bon cueur une paciffication; et que de leur envoyer meintennant du secours elle ne le feroit ny permettroit à ses subjectz, sinon au péril de leurs testes, de le faire; que mesmes, pour avoir la flotte de leurs vins esté ceste foys bien trettée à Bourdeaulx, dont elle vous en remercyoit grandement, elle avoit obtenu de ses merchantz qu'ilz continueroient dorsenavant leurs trafficz au dict Bourdeaulx, ainsy qu'il vous playsoit le leur offrir, et ne retourneroient plus à la Rochelle; et qu'elle estimeroit les choses succitées en son pays du North estre advenues par juste punition de Dieu, si elle n'avoit ainsy droictement procédé envers vous, comme elle avoit [fait]. Une chose me vouloit tout librement dire, qu'elle n'avoit reffuzé d'entendre fort volontiers à ce qui luy avoit esté proposé pour résister aulx conseilz et entreprinses de ceulx qui aspiroient à la généralle ruyne de ceulx de sa religion, et que, quant il luy a apareu ou aparoistroit rien de cella, qu'on la tînt hardyment pour toute déclairée et pour estre d'une partie si bien faicte et si forte, qu'elle estimoit n'avoir à se doubter de rien, et n'estoit marrye, sinon qu'il sembloit qu'on eust descouvert, par aulcunes démonstrations de Voz Majestez, que vous y dressiez voz entreprinses; de quoy ayantz beaulcoup souffert pour cella, vous fussiez pour en souffrir encores davantaige.

Sur quoy j'ay à vous dire, Sire, qu'on m'a asseuré estre naguières venu ung adviz à la dicte Dame, comme, despuys le retour du prince d'Orange en Allemaigne, luy et sa femme ont tant sollicité les princes protestans qu'ilz les ont faictz résouldre de se mouvoir toutz conjoinctement pour ceste cause, et qu'ilz n'attendent plus que la responce de la dicte Dame, dont je crains assés que le dict frère du comte de Mensfelt et icelluy de Lombres, avec Quillegrey, ne soyent bien tost dépeschez pour l'aller apporter; mais, affin d'empescher ou retarder la matière, j'ay dict à la dicte Dame que Voz Majestez avoient prins de fort bonne part ce qu'elle m'avoit prié vous escripre du bon desir qu'elle avoit à la pacification des troubles de vostre royaulme, et de se vouloir employer à mettre en avant quelque bon expédiant pour cella, qui vous fût aultant agréable comme elle le vous desiroit advantaigeux, et qu'avec le mercyement que vous luy faisiez de sa bonne volonté, vous me commandiez luy dire que, quoy que voz subjectz vous eussent extrêmement offancé, vous n'aviez jamais reffuzé et ne reffuseriez encores de les recepvoir en vostre bonne grâce, quant ilz s'y vouldroient retirer et se remettre en vostre obéyssance; et ay adjouxté que, quant par l'exortation de la dicte Dame, ou meuz de leur propre repentance, ce qui seroit encores mieulx, ilz vouldroient retourner à ce debvoir, Voz Majestez Très Chrestiennes promettoient de les y recepvoir avec toute l'humanité qui se pourroit espérer de princes très clémentz et benings; au reste, que vous n'aviez rien entendu des choses sucitées au North, quant mes gens ont esté dépeschez, dont ne m'en aviez encores rien escript; mais je m'asseurois que la preuve de vostre propre mal, et la désolation que vous voyez devant voz yeulx de vostre propre royaulme par l'opiniastreté d'aulcuns de voz subjectz, vous feroient estre marrys que les sciens eussent suyvy leur exemple; dont, attendant que m'eussiez commandé de faire là dessus de vostre part quelque bon office envers elle, je ne voulois faillyr de luy offrir tout ce qu'en vostre nom je pourroys servyr à la paix de son royaulme et à la conservation de son authorité. Bien la suplioys ne prendre en mauvaise part ce que j'entreprenoys de luy dire là dessus, que pour le peu de compte qu'elle et les autres princes protestans avoient tenu d'entendre à l'accord de la religion et à la réunyon de l'esglize de Dieu, lorsque Voz Majestez Très Chrestiennes avoient procuré, au commancement des troubles de vostre royaulme, qu'elle se fît par le Concille de Trante, auquel elle et eulx avoient esté semons, qu'ilz estoient cause que la division avoit despuys grandement travaillé la France, et commançoyt de travailler meintennant l'Angleterre, et seroit pour getter eulx mesmes de leurs estatz, s'ilz ne prènent expédiant de retourner à l'unyon de l'esglize catholique, laquelle les y recepvroit toutjours.

A quoy la dicte Dame avec grand affection m'a respondu qu'elle estoit très ayse d'entendre une si bonne intention de Voz Majestez sur le faict de voz subjectz, et que, si je luy pouvois donner quelque notice de vostre desir en cella, qu'elle mettroit bonne peyne de les y faire condescendre; que quant à l'entreprinse des siens ce n'estoit que témérité, et qu'elle avoit layssé tout exprès déborder ces deux comtes, sans s'oposer beaulcoup à eulx du commancement, pour l'espérance de ce qui est despuys advenu, que eulx et toutz ceulx qui les favorisent sont desjà bien fort laz de leurs follyes, et s'en vont rompuz d'eulx mesmes; et si n'estoit pour son honneur qu'elle n'y envoyeroit ung seul homme de guerre pour les deffaire, bien que, à toutes advantures, elle y avoit desjà dépesché de si bonnes forces que, dans quatre jours, elle espéroit en avoir sa rayson; et, quant à cercher l'unyon de l'esglize, Dieu sçavoit qu'elle avoit souvent envoyé devers l'Empereur pour l'en solliciter, et qu'elle ne s'y randroit jamais opiniastre, mesmes avoit dict à monsieur le cardinal de Chatillon que, quoyqu'on tînt en leur religion pour une grande abomination d'aller à la messe, qu'elle aymeroit mieulx en avoir ouy mille, que d'avoir esté cause de là moindre meschancetté d'ung million qui s'estoient commises par ces troubles.

Au surplus, Sire, sur aulcunes grandes contrariétez, que nous avons heues pour les affaires de la Royne d'Escoce, elle m'a promiz qu'elle la feroit bien tretter, et luy feroit avoir toute honneste liberté; et qu'aussi tost que ces troubles seroient ung peu passez, lesquelz sembloient en partie estre suscitez pour l'amour d'elle, qu'elle prendroit ung si bon et honneste expédiant en ses affaires que Voz Majestez Très Chrestiennes en demeureriez raysonnablement satisfaictes, et qu'elle n'estoit en termes de la dellivrer en aulcune mauvaise sorte au comte de Mora, ny en lieu où ne fut bien asseurée de son bon trettement, et de la seurté et liberté de la dicte Dame.

Quant aulx différandz des Pays Bas, la responce du duc d'Alve est arrivée, et l'ambassadeur d'Espaigne est allé trouver le marquis de Chetona pour adviser ensemble comme ilz pourront remettre en quelques bons termes les choses de l'accord, mais n'ont grand espérance qu'ilz le puyssent faire; et j'ay opinion que ceste Royne se résouldra d'envoyer ung des siens en Espaigne, pour ne vouloir en façon du monde entrer en aulcun tretté avec le duc d'Alve ny avec pas ung envoyé de sa part.

Les nouvelles de ceulx du North seront en la lettre de la Royne, parce que ceste cy est desjà trop longue, et je prieray Dieu, après avoir très humblement baysé les mains de Vostre Majesté, qu'il vous doinct, etc.