De Londres ce xxȷe de décembre 1569.
A la Royne.
Madame, sur ce que j'escriptz en la lettre du Roy de l'instance que font ceulx de la Rochelle pour tirer des rafreschissemens de ce royaulme, je m'opposeray aultant qu'il me sera possible qu'ilz n'en ayent, et croy que je leur y feray trouver assés de difficultez; mais, quant à ce qui peult succéder du passaige du jeune comte de Mensfelt en Allemaigne, Vostre Majesté y fera, s'il luy playt, prendre garde de dellà, car je n'y puys rien plus veoir d'icy, sinon qu'il s'y feyt quelque advance d'une partie de ces deniers, qu'on continue toutz les jours mettre ez mains de Me. Grassan, qui montent desjà plus de quatre centz mil escuz, de quoy j'ay bien grand souspeçon, parce que l'argent, qu'on a à distribuer dans ce royaulme, se mect ordinairement ez mains des trésoriers et recepveurs, et non ez mains des facteurs ou merchantz. Toutesfoys je n'ay entendu qu'il y ayt mandement d'aulcune nouvelle somme encores expédiée pour Allemaigne.
Des différantz des Pays Bas, il semble qu'on y procède, des deux costez, avec très grande deffiance; sçavoir, les ungs, de n'espérer tirer une digne satisfaction ny des biens déprédez, ny de l'offance receue; et les aultres, de ne se pouvoir, après qu'ilz l'auroient faicte, aulcunement asseurer de la paix. Je ne sçay si, après une si manifeste ropture qu'il y a heu en la conférance, les choses se remettront à ceste heure en meilleurs termes par la reprise que le marquis de Chetona en a faicte, ce qui se verra en peu de jours.
Touchant les affaires du North, j'ay opinion qu'on les faict plus petitz et moins dangereux à la Royne d'Angleterre qu'ilz ne sont, car j'entendz que les eslevez ne monstrent aulcun signe de repentance ny de craincte, et qu'ilz procèdent avec grand asseurance, et par bon ordre, et en grand confiance d'ung bon succez de leur entreprinse.
Les choses de la Royne d'Escoce demeurent en suspens, et bien qu'on luy attribue la principalle occasion de ces troubles, l'on n'estime toutesfoys que ce soit proprement elle qui les ayt succitez, mais que ce sont ceulx, qui ont cogneu les tortz qu'on luy faisoit, qui se sont ainsy meuz d'eulx mesmes pour les remédier. Et de tant que la Royne d'Angleterre, en son cueur, ne luy veult ny luy peult vouloir mal, et que l'auctorité de ses ennemys (si n'estoit ce, qu'ilz proposent quelque aparance de bien et de repoz pour ce royaulme par la détention de la dicte Dame), n'aproche de celle de ses amys et serviteurs, je ne puys encores désespérer de l'yssue de ses affaires, et croy que, pour l'honneur et respect de Voz Majestez, l'on n'usera au moins dorsenavant que dignement en l'endroict de sa personne.
Et quant à la prison du duc de Norfolc, elle luy sera, à mon adviz, plus longue pour ne se vouloir librement despartyr du mariage de la dicte Royne d'Escoce, bien que, ez aultres choses, ceste grande obéyssance d'estre venu au mandement de la Royne, sa Mestresse, et d'avoir quasi voluntairement accepté la prison pour la contanter, luy sert d'une grande justiffication envers elle, et la rend elle moins offancée envers luy. Tant y a qu'il se cognoist que des choses du North ont à sortir les principalles déterminations de toutz ses affaires, et de la plus part des aultres qui sont à présent en ce royaulme. Je bayse très humblement les mains de Vostre Majesté et prie Dieu qu'il vous doinct, Madame, en parfaite santé, très longue vie et toute la prospérité que vous desire.
De Londres ce xxȷe de décembre 1569.
Par postille à la lettre précédente.