Despuys la présente escripte, est venu nouvelles que ceulx du North ont prins Castelbarne, lequel ilz tenoient assiégé, et je viens d'entendre que, pour aulcunes occasions survenues despuys hyer, le marquis de Chetona a prins résoluement son congé.
LXXXe DÉPESCHE
—du XXVIIe jour de décembre 1569.—
(Envoyée exprès jusques à la Court par le Sr. de Vassal.)
Nouvelles importantes du Nord.—Force des révoltés et situation de leurs affaires après la prise de Castelbar.—Le comte de Warwick attend, pour les attaquer, les renforts qui lui sont promis.—Tout se prépare pour une bataille décisive.—Rappel à la cour du comte de Pembroke, à qui toute faveur et autorité sont rendues.—Espoir qu'il fera mettre le duc de Norfolk en liberté.—Audience de congé a été accordée au Sr. Ciapino Vitelli, avant son départ.—Mission donnée en Allemagne par Élisabeth au jeune comte de Mansfeld.—Soupçon qu'il a été chargé de traiter de la levée de deux mille reitres.—Réclamations de l'ambassadeur à raison de diverses sommes qui lui sont dues.—Plaintes qu'il adresse à la reine-mère au sujet des promesses qui lui avaient été faites et qui sont restées oubliées.—Lettre secrète pour la reine-mère.—Vive recommandation de l'ambassadeur pour que le plus profond secret soit gardé sur les communications confidentielles contenues dans le second mémoire joint à la dépêche.—Premier mémoire.—Détails sur les affaires du Nord depuis la prise d'armes.—Motifs qui ont empêché les comtes de Northumberland et de Westmoreland de mettre à exécution leur entreprise aussi complètement qu'ils le désiraient.—Nécessité où ils se sont trouvés de devancer l'époque fixée pour la prise d'armes.—Succès qu'ils ont obtenus.—Appui qu'ils doivent espérer dans toutes les provinces du royaume.—Craintes d'Élisabeth, que plusieurs des seigneurs les plus influents de la cour, qui sont auprès d'elle, ne soient d'intelligence avec les révoltés.—Instances faites auprès du duc de Norfolk pour qu'il renonce à épouser la reine d'Écosse.—Mémoire confidentiel.—Sollicitations faites auprès de l'ambassadeur par les comtes de Northumberland et de Westmoreland, pour que le roi leur donne un secours d'argent, qui doit être remis à Calais ou à Boulogne.—Confiance qu'ils ont eue, en prenant les armes, dans l'appui de la France et de l'Espagne.—Grandes promesses qui leur ont été faites par l'Espagne avant la prise d'armes.—Refus de les accomplir, depuis qu'ils sont entrés en campagne.—Conditions que veulent imposer les Espagnols.—Ils exigent que la reine d'Écosse épouse don Juan, et lui fasse la cession du droit qu'elle prétend à la couronne d'Angleterre.—Avis qui a été donné secrètement de Londres par le Sr. Ciapino Vitelli, au duc d'Albe, d'agir sur-le-champ comme si la guerre était déclarée.—Démarches faites auprès du duc d'Albe par les comtes de Northumberland et de Westmoreland.—Déclaration de ceux du Nord qu'ils prennent les armes pour la religion;—pour assurer la succession au trône d'Angleterre après la reine;—et pour chasser les nouveaux parvenus qui se sont emparés du pouvoir.—Seconde lettre au roi.—Félicitations de l'ambassadeur pour la prise de Saint-Jean-d'Angely, et les offres de soumission faites par le prince de Navarre, le prince de Condé et l'amiral de Coligni.—Nouvelles qui viennent de lui être transmises par la reine d'Angleterre sur les affaires du Nord.—Division qui aurait éclaté entre les comtes de Northumberland et de Westmoreland.—Ils se seraient séparés, abandonnant leur infanterie et leur artillerie.—Les troupes de la reine se sont mises à leur poursuite.—Secours offerts à Élisabeth par le comte de Murray.—Incertitude de ces nouvelles.
Au Roy.
Sire, après que ceulx du North ont heu prins Castelbarne, ville et chasteau, qui n'ont tenu que huict jours par faulte de vivres, le comte de Vuesmerland a miz dedans une bonne garnyson et force vivres, avec dellibération de tenir la place, et le comte de Northomberland s'en est retourné à Arthelpoul pour y continuer, avec grand dilligence, la fortiffication qu'il y faict faire. Me. Northon est pour eulx en la ville de Durem, et d'aultres de leurs principaulx adhérans sont en d'aultres villes et chasteaulx ez envyrons. Ilz ont logé le principal de leur armée entre le dict Castelbarne et Arthelpoul, et ez villaiges qui sont le long d'une rivière tirant vers Yorc, de laquelle ilz ont faict rompre les pontz et les passaiges, et se résolvent, à ce qu'on dict, de donner la bataille, si l'armée de la Royne d'Angleterre entreprend de la passer. J'entendz que le comte de Vuarvich a escript qu'ilz sont quinze mille hommes de pied, non toutz bien armez, et deux mil chevaulx en fort bon équipage, et qu'il ne s'estime encores assez fort pour les combattre; néantmoins prie la Royne et ceulx du conseil de luy mander résoluement si, avec les huict ou neuf mil hommes et dix huict centz à deux mil chevaulx qu'il peult desjà avoir avecques luy, il entreprendra de passer la susdicte rivière sur eulx. A quoy semble qu'on luy ayt respondu que, du premier jour, l'on luy envoyera de renfort les gens du Queint, que milor Coban a levez, et ceulx de Sommercet, qui sont de la charge du comte de Pembrot, et qu'aussitost qu'il les aura receuz, qu'il ne temporise plus d'aller rencontrer les dictz ennemys. Par ainsy semble qu'on se prépare, d'ung costé et d'aultre, à la bataille.