Que, ayant la Majesté de la Royne, à l'instance du dict ambassadeur, faict publier une proclamation, du xxvıȷe d'avril, pour le révoquement de toutz les pirates, dedans laquelle le dict ambassadeur, comme il se peult veoir par sa responce, vouldroit qu'il y eust déclaration plus expécialle pour les subjectz du Roy et qu'il y fût faicte expresse mencion des Françoys;

Si la dicte proclamation a esté bien considérée, il y a suffizante provision ordonnée pour la seureté tant des subjectz du Roy de France que des aultres princes, trafficans et hantans les mers, tellement qu'on ne peult penser comme le dict ambassadeur vouldroit que en cella on pourveût mieulx, si ce n'est qu'on réytérât de nouveau la dicte proclamation en aultre forme de langaige et parolles, chose qui pourroit causer argument de négligence, et qui contreviendroit nomméement aulx coustumes et usaige de ce royaulme, où on n'a de coutume de publier toutz les jours de nouvelles proclamations, comme on faict en aultres pays, où, pour l'usage, cella est trouvé bon; et toutesfoys, quelque deffault que le dict ambassadeur trouve estre en la dicte proclamation, si est ce que, estant suffizante et l'intention de Sa Majesté bonne et droicte, comme elle est, il trouvera, par exécution, prompt remède à toutes les particullières complainctes qu'il fera.

Le second poinct auquel il veult estre respondu, c'est en ce qu'il demande qu'on choysisse deux personnes pour aller d'icy en Normandie, et que deux aultres viennent de dellà icy, pour procurer la délivrance des biens des subjectz arrestez et dettenuz de toutz les deux costés, laquelle chose a toutjour esté trouvée raysonnable; mais les troubles, qui sont en France, sont manifestement cogneuz estre si dangereux pour les Anglois, mesmement pour fère séjour en Normandie et aultres lieux, où journelle persécution est faicte, que, jusques icy, on n'a sceu induyre deux personnes, propres pour ce faict, à prendre ceste charge, pour craincte de leurs vies et deffiance de prompte justice. Néantmoins on esprouvera de nouveau, sur l'asseurance que le dict ambassadeur offre bailler pour leur seureté, s'il se pourra recouvrer deux personnes, encores qu'ilz ne soyent telz comme ilz doibvent estre, mais telz qu'on les pourra trouver, qui puissent estre persuadez d'aller en Normandie exposer les plainctes des subjectz de la Royne à ce que, ainsy qu'ilz feront raport de la justice et restitution qui se fera en Normandie et aulx aultres endroicts de France, on face le semblable en ce royaulme à ceulx qui y seront envoyez de la part du Roy; et incontinent qu'on pourra trouver les dictz personnaiges, le dict ambassadeur en sera adverty. Cependant il seroit bon que le dict ambassadeur considérât, comme on luy a souvantes foys dict, la différence des griefs et plainctes des deux costez, car la complaincte, de la part d'Angleterre, est que, journellement, les marchans anglois, leurs navyres et biens, sont prins et arrestez en France par les gouverneurs des places où ilz arrivent, et, de l'aultre costé, les plainctes des Françoys sont des navyres et merchandises qui ont esté prinses sur mer, partie par les Françoys, de leur propre nation, à cause de leurs guerres civilles, et partie, ainsy que l'on dict, par quelques Anglois, adhérans aus dictz Françoys, d'ung costé ou d'aultre. Pour à quoy obvier, la Majesté de la Royne, tant par sa proclamation que aultrement, a deffandu à toutz ses subjectz de se mettre en mer, excepté ceulx qui sont advouhez d'elle mesme, et les merchans et pescheurs; et est notoire au dict ambassadeur en combien de places de ce royaulme, à sa requeste, on a faict, despuys naguières, restitution de grande quantité de biens, qui ont esté trouvez aulx portz et hâvres, ou de la valleur d'iceulx, sur les preuves qui ont esté faictes comme ilz appartenoient aulx Françoys. Il y a heu si facille et prompte restitution que, sur l'arrest des navyres des subjectz du Roy d'Espaigne, y en ayant heu quelques ungs que les Françoys disoient estre à eulx, encores qu'ilz eussent esté premièrement arrestez comme apartenans aulx Espaignolz, ilz leurs ont esté toutesfoys promptement délivrez, combien [que] despuys il ayt [été] trouvé qu'ilz apartenoient aulx subjectz du Roy d'Espaigne. Et aussi le dict ambassadeur entendra qu'il n'y a aulcuns biens des subjectz du Roy de France qui soient détenuz ou arrestez en tout ce royaulme par le commandement de Sa Majesté, ny de la cognoissance de son conseil, ny par authorité advouhée d'aulcun officier, excepté seulement en une petite place, où il y a eu séquestration de certains vins, à la requeste de Thomas Baker de Brighthempton, ce qui est notoire au dict ambassadeur par les plainctes que le dict Baker luy a faictes d'une manifeste injustice qu'on luy fit, l'an passé, en Bretaigne; là où, d'autre part, il y a tant de complaincte des subjectz d'Angleterre pour leurs navyres et biens, arrestez tant à Bourdeaulx que à Brest, Roan et Calais, qu'il semble qu'on ne doibve avoir aulcune espérance d'esgalle et franche restitution; et n'y a ordre qui peult tant contanter les subjectz d'Angleterre, comme une mutuelle restitution des deux costez, en quoy le travail du dict ambassadeur ne pourroit estre que bien loué, et y sera faict le semblable de la part de la Majesté de la Royne et de son conseil.

Le dernier article de l'escript du dict ambassadeur est que les merchans anglois qui ressortent à la Rochelle présentement, pour leurs commoditez desquelles ilz ont desjà faict marché, soyent divertiz de leur traffic pour l'exercer en aultres lieux de la France, à cause de quoy le dict ambassadeur a requis d'avoir communication du marché que les dictz merchans anglois ont faict avecques ceulx de la Rochelle, affin qu'on peult veoir et penser de pourvoir pour le semblable, s'il estoit possible, en aultres places pour la commodité des dictz Anglois.

Pour responce à cella, l'ambassadeur ne doit ignorer que la nature des merchans ne soit telle de fère leur traffic, d'eulx mesmes, sans persuasion ny commandement, aulx places où ilz peuvent trouver les commoditez qu'ilz desirent, et à meilleur marché. Par ainsy, d'aultant qu'il a esté toutjour trouvé que nulle part de la France a jamais sceu accommoder les Anglois de sel, sinon la Rochelle et aultres places circonvoysines, les dictz merchans anglois y ressortent, seulement pour ceste commodité, comme ilz ont dict, quant on les en a enquis. Et n'y a aultre remède en cella, sinon que, si le Roy peult trouver aultre place, commode pour la trafficque d'eulx et leurs navyres, et où les dictz Anglois puissent estre bien trettez, et avoir le sel à moindre et pareil priz qu'à la Rochelle, il n'y a nul doubte que, le marché qu'ilz ont faict pour ceste année finy, ilz ne soyent contantz d'y aller, et pour plus grand contantement du Roy, si aultrement ilz ne le veulent fère, ilz y seront induictz par les bons et raysonnables moyens qu'il convient à chacun prince d'uzer envers ses subjectz merchans.


XLIIe DÉPESCHE

—du XXIe de juing 1569.—

(Envoyée jusques à la Court par le Sr. de Sabran.)