Et, pour le regard du comte d'Arondel, que, à la vérité, il estoit fort offancé contre luy de ce qu'estant le plus noble et ancien seigneur du royaulme, personnaige de toute intégrité, il sçavoit que le dict Cecille faisoit avoir à mespriz à la dicte Dame ses conseilz et opinions, et faisoit résouldre les affaires tout au contraire d'icelles; par ainsy, qu'il en uzât dorsenavant en toute aultre sorte, et qu'il commançât, dez ceste heure, sur l'occasion des affaires du Roy d'Espaigne, d'en faire commettre la matière à celluy que le dict comte luy avoit nommé.

Et ainsy, le dict Cecille, ayant commencé de se démesler de ceste prinse, s'est despuys si bien confirmé, pour ne luy avoir le comte de Lestre vollu nuyre, qu'il semble qu'il n'est pour estre déboutté de son lieu, et n'a layssé de renvoyer de sa part (mais croy que c'est avec le sceu de la Royne) le susdict Eschiata et Paulo Fortigny en Flandres, avec quelques additions et modérations sur les dictz quatre articles pour veoir si le dict accord pourra réuscyr par son entremise.

Et les dictz seigneurs qui sont à présent quatre concorans en une opinion, sçavoir, le dict duc et les comtes d'Arondel, de Lestre et de Pembrot, ont trouvé moyen, en absence du dict Cecille, d'envoyer le dict Ridolfy devers l'ambassadeur d'Espaigne, pour luy mettre en avant, comme de luy mesmes, aulcuns moyens d'accord, lesquelz despuys ont esté réduictz en cinq articles qui contiennent en substance:

Que les deniers, personnes, navyres, merchandises et biens, arrestez et prins, soyent, en ung mesmes jour, d'une part et d'aultre, entièrement et sans fraulde randuz;—qu'il soit pourveu aulx déprédations et à récompenser ceulx à qui elles ont esté faictes sellon le contenu des trettez, et miz meilleur ordre pour l'advenir;—que le commerce et traffic soyent restituez en la mesme liberté et condicion qu'auparavant;—qu'il soit député commissaires, et à iceulx assigné jour et lieu, pour renouveller les anciens trettez d'entre l'Angleterre et la Mayson de Bourgoigne, et pourvoir à toutz les différans qui restent à vuyder sur iceulx;—que tout ce que les dictz commissaires accorderont ayt, par sèrement des deux princes à estre ratiffié et aprouvé, et par eulx et leurs subjectz inviolablement observé.

Lesquelz articles ont despuys esté monstrez au dict Cecille, qui y a faict aulcunes difficultez, tantost de l'ordre d'iceulx, voulant qu'on commançât par députer les commissaires et non par rendre, tantost pour requérir qu'il y eust quelque chose plus à l'honneur et advantaige de ceste coronne, et ainsy a prolongé l'affaire quelques jours, attandant la responce de Flandres, laquelle ne venant poinct, par ce, à mon adviz, que les dictz seigneurs ont miz ordre que le duc d'Alve n'entende en aultre négociation qu'à celle qui partira de leur main, le dict Cecille a esté contrainct de passer oultre.

Et j'entendz qu'il a, ce jourdhuy, baillé par escript aulcunes considérations sur les dictz cinq derniers articles, lesquelles, si elles sont telles qu'on me les a sommairement récitées, elles n'empescheront, à mon adviz, l'effect de l'accord; mais bien le pourront ung peu prolonger. Je mettray peyne de sçavoir plus certainement ce qu'elles contiennent.

Cependant, il semble que les choses ont prins beaulcoup de modération par la liberté qu'on a donné à ce nombre de marinyers espaignolz, dont en ma précédante dépesche j'ay faict mencion, et que je suys adverty que, dans deux jours, monsieur l'ambassadeur d'Espaigne, sous prétexte de changer de logis, yra sans garde, avec ceulx de sa famille, seul par la ville, et arrivé qu'il sera à l'aultre logis, ne sera plus tenu resserré.

DU FAICT DE LA ROYNE D'ESCOCE.

Poursuyvant monsieur l'évesque de Roz, envers la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil, le secours promiz à sa Mestresse pour estre remise en son estat, ou bien luy estre permiz de passer en France pour aller requérir celluy du Roy et des aultres princes chrestiens, il a eu la responce, dont cy devant j'ay faict mencion, qu'il failloit esclarcyr premièrement le doubte, où la dicte Royne d'Angleterre estoit, de la cession, qu'elle a entendu que sa dicte Mestresse avoit faict, du tiltre de ce royaulme à Monseigneur, frère du Roy, et suyvant la dicte responce la Royne d'Escoce a faict là dessus une déclaration, par lettre escripte et signée de sa main, qui pouvoit suffire, la copie de laquelle lettre j'ay desjà envoyée.

Néantmoins la Royne d'Angleterre a respondu à la dicte lettre en la façon qu'on verra par la coppie de la sienne, du xxve de may dernier, suyvant laquelle la dicte Royne d'Escoce a dépesché le Sr de Bortyc, son escuyer d'escuerye, et Rolle, son secrétaire, devers leurs Majestez Très Chrestiennes et devers Mon dict Seigneur pour avoir leur plus ample déclaration là dessus affin de satisfaire et contanter la dicte Royne d'Angleterre.